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Quand les enfants servent d?appât
Il semblerait qu?il soit plus facile d?attirer la sympathie en mettant les enfants en avant-scène, soit pour exprimer sa colère d?adulte, soit pour lancer des invectives, à l?instar de ce qui s?est produit samedi, lors d?une compétition de triathlon. Les adultes ont-ils le droit de se cacher derrière des enfants qui ne sont pas concernés par des divergences, justifiées ou non, les opposant ? En tout cas, la loi peut sévir si un enfant est utilisé pour faire du tort. Samedi à la plage publique du Morne, alors que se tiennent les championnats nationaux, une manifestation a lieu. Des pancartes sont brandies, avec des slogans peu flatteurs. Les manifestants : des enfants âgés entre huit et 17 ans. L?instigateur, Stéphano Mariette, est un ancien triathlète et entraîneur d?un club très réputé dans le Nord. Un enfant y participe sans avoir même été informé de l?objectif visé ni avoir compris le sens des mots. Sans entrer dans la polémique qui divise amateurs et professionnels du triathlon, la question est : a-t-on le droit d?utiliser des enfants pour défendre une cause, aussi juste soit-elle ? Qui plus est, il semble que certaines pancartes seraient diffamatoires.
Tout est d?abord une question d?âge et de maturité. «Le principe général par rapport à la Convention relative aux droits de l?enfant de 1989, que Maurice a signée et ratifiée est le suivant : un enfant a le droit à la participation, c?est-à-dire, il jouit des libertés d?opinion, d?expression et d?association. Mais cette participation ne peut être acceptable que si l?enfant est en âge de comprendre les enjeux et ce qu?une manifestation implique. Si un adulte impose son point de vue à un enfant pour l?impliquer dans une manifestation publique, c?est tout à fait inacceptable», explique Shirin Aumeeruddy-Cziffra, l?Ombudsperson for children.
Dans le passé, certains élèves ont manifesté leur mécontentement lorsqu?ils ont estimé que leurs droits ont été lésés, jusqu?à ce qu?ils obtiennent réparation. Et c?était en toute connaissance de cause que ces jeunes avaient manifesté. Mais de là à utiliser un enfant pour manifester, illégalement qui plus est, avec ou sans le consentement des parents, constitue un délit punissable par la loi. Le Child Protection Act précise que quiconque maltraite un enfant ou «exposes a child to harm» commet un délit sanctionné par un maximum de Rs 10 000 d?amende et deux ans de prison. Harm est défini de façon très large et comprend physical, sexual, psychological, emotional or moral injury, explique l?Ombudsperson for Children. «Je pense que cet article couvre tous les cas d?exploitation, quelle que soit sa nature. Mais il n?y a pas de poursuite à moins qu?un parent ne donne une déposition à la police. Mais si les parents eux-mêmes sont impliqués, il faut que les autorités réagissent, dépendant de la nature de l?exploitation. Il faut responsabiliser les parents, et pas nécessairement les punir du premier coup.»
Alain Saint-Louis, président de la Fédération mauricienne de triathlon, affirme ne pas être d?accord avec cette manifestation, bien que celle-ci ait été à la gloire de la fédération. «Le moment était très mal choisi pour sa tenue dont nous n?étions d?ailleurs nullement au courant.» Stéphano Mariette estime pour sa part que ce rassemblement est une «démarche personnelle» (personnelle signifie une seule personne, lui. A-t-il brandi une pancarte ?), pour défendre la fédération de ceux qui «veulent mettre des bâtons dans les roues». Qu?importe s?il faut utiliser les enfants ou non.
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