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Jean Clément Cangy l?écrit contre l?oubli
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Jean Clément Cangy l?écrit contre l?oubli
Et si un article de presse, un éditorial n?était plus condamné à mourir. Denrée périssable par essence. Des mots qui marquent quand ils frôlent l?excellence. Du Bloc-Notes (titre de sa rubrique quotidienne dans Le Mauricien), Jean Clément Cangy passe au livre.
Il a donc compilé et remanié ses écrits journaliers pour en faire Le makanbo du Morne, Esclavage, négritude et créolité, ouvrage publié aux Editions Marye Pike, lancé à l?issue de la messe du 1er-Février, à l?église Notre-Dame de l?Assomption à Roche-Bois.
Une vingtaine de chroniques, exemples type que le journaliste convaincu, vingt fois, remet son sujet sur le tapis. Qu?il en explore tous les recoins. Qu?il prend sa plume pour tenter de déloger l?oubli. Accomplissant sur deux colonnes son devoir de mémoire à lui.
«Il y a eu une chape de silence qui est tombée sur l?esclavage après l?abolition, ce qui constitue un refoulé profond, tant chez les victimes que les bourreaux», explique Jean Clément Cangy. «Il y a aussi eu une volonté physique de l?occulter. Où sont les chaînes des esclaves, pourquoi ne les a-t-on pas retrouvées ? Où sont les cimetières d?esclaves ? A part celui de Pamplemousses, je n?en connais aucun.»
Au-delà du seul souvenir, ces chroniques s?intéressent et remettent en question divers aspects de cet épisode de notre histoire. Notamment celui de la célébration de la mémoire. De son aspect figé, rituel. Limité au 1er-Février. Date nécessaire, mais «allons-nous nous en contenter ?» se demande Jean Clément Cangy.
Vient aussi l?enjeu de la réparation. Dans «Réparation et compensation», le journaliste est d?avis que, «on peut imaginer à Maurice la poursuite en justice des entreprises locales qui ont prospéré grâce à l?esclavage (...) Il faudra bien un jour réparer ? la compensation est une forme de réparation ? ce qui a été cassé (...) Il faudra bien un jour réparer et compenser au même titre, et même davantage, que les victimes et leurs descendants de l?holocauste juif». Au fil des chroniques se pose aussi la question des droits humains. D?un système qui exista sur le déni de l?Homme.
Le déclic chez ce journaliste entré chez Le Mauricien en 1975, se produit il y a dix ans. Quand il est invité par Dany Bébel-Gisler (aujourd?hui disparue), militante, sociologue, linguiste, chercheur au centre national de la recherche scientifique (CNRS) à assister à un colloque ayant trait au projet de l?Unesco, La route de l?esclave. Un colloque qui a lieu en Guadeloupe.
C?est là que «les problématiques qui m?habitaient» trouvent des ponts. Des mots pour se dire. L?année suivante, Jean Clément Cangy participe à l?organisation d?une conférence ayant les mêmes thèmes, chez nous. Un événement auquel assistera Doudou Diène, directeur du projet La route de l?esclave. Les actes de ce colloque seront publiés en 2000. «Le makanbo du Morne, c?est la suite».
Suite logique pour quelqu?un qui a par ailleurs milité au sein de Solidarité mauricienne anti-apartheid. Pour quelqu?un qui a mené la campagne anti-Outspan (du nom d?oranges en provenance d?Afrique du Sud, ce mouvement appelait au boycott des produits sud-africains) dans les années 80. un parcours qui nous ramène à la responsabilité du journaliste, celui qui pour Jean Clément Cangy, «ne jette pas un pavé dans la mare à la sauvette, mais qui persévère». Des chroniques traduites en kreol par Marjorie Desveaux, enseignante au Collège St-Esprit de Case Noyale.
LE MAKANBO DU MORNE
<B>(De l?état de non-être à celui d?Etre) </B>
C?est Victor Schoelcher qui disait : «Il y eut des marrons dès qu?il y eut des esclaves.» La découverte récente au Morne de cavernes établissant la présence d?esclaves marrons permet à l?histoire de Maurice de faire un bond en avant. La légende rejoignant la réalité, le présent. Le Morne, lieu d?une résistance passée est lieu de mémoire incontournable. A inscrire au calendrier du souvenir de l?humanité.
Le makanbo gagna Le Morne. Le marronnage tel le mazambron, appliqué à la blessure restée ouverte de l?esclavage. Notre mémoire marquée au fer rouge se rappelle aujourd?hui du Morne comme d?un haut lieu de la résistance face au pouvoir esclavagiste ; du marronnage qui s?est affirmé contre cette entreprise de dépossession de l?être des esclaves, contre cette violence inouïe et absolue. Prenant à contre-pied la rumeur, les fausses perceptions qui ont voulu faire accroire que l?esclave était une victime résignée, un être inférieur.
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