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Police : l?offensive?de la communication
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Police : l?offensive?de la communication
Les Mauriciens ont peur, constatant chaque jour des agressions et au-tres délits relayés dans les médias, et un sentiment d?insécurité plane dans le pays. À cela, il faut ajouter un autre élément : le sentiment de ne pas être protégé. Et pour cause, le pays a même vu des cas où des policiers se sont fait battre comme plâtre, alors qu?ils sont censés garder la population des citoyens dits « déviants ».
Ainsi, récemment, le poste de police d?Abercrombie a été pris d?assaut par quatre hommes encagoulés et armés de sabres ? qui n?ont toujours pas été retrouvés. Dans un autre cas, en plein centre de Port Louis, deux policiers qui poursuivaient des fugitifs se sont fait taillader à coups de cutter, sous les yeux médusés des passants, restés impuissants.
Aujourd?hui, les Mauriciens nourrissent une angoisse, bien que les chiffres, comme nous l?avions démontré dans notre édition de la semaine dernière, montrent qu?il n?y a pas d?« explosion de la violence ». Mais face à la perception du public, la réponse ne s?est pas fait atten-dre, et le commissaire de police est sorti de son mutisme. À défaut de pouvoir combattre le feu par le feu, la stratégie des autorités semble être de combattre la perception par? la communication.
Rassurer la population : tel était le leitmotiv du commissaire de police au cours d?une conférence de presse mercredi dernier. En résumé, ces mesures consistent en une plus grande présence et visibilité des agents ? 225 officiers ont été transférés des bureaux pour rejoindre la force régulière ? dans certaines zones du pays. En outre, une sentinelle armée sera en faction dans chaque poste de police de l?île. Des mesures, annoncées dans un discours ponctué de phrases telles que « la situation est sous contrôle » ou « on va tout faire pour prévenir d?autres incidents », comme pour convaincre la population.
Mais cette campagne de communication ne se limite pas à ces quelques mesures. Les autorités semblent avoir compris que de simples mots n?apaiseront pas la population qui attend une réaction aussi prompte que ferme. C?est ainsi que suite aux événements de la semaine dernière à Abercrombie, les quatre policiers affectés au poste de police de la localité ont été? arrêtés pour non-assistance à personne en danger.
Ne pouvant cacher son indignation, l?un d?entre eux n?a toutefois pas manqué de s?exprimer en cour lors de sa comparution, se disant « dégoûté par la police », vu le traitement qu?il a subi.
Ces inculpations ont d?ailleurs été dénoncées par Satish Bulgeeon, président de la Fédération de la police. « Lors d?une réunion du comité de la fédération, nous avons soulevé ce point et nous attendons maintenant la réaction du commissaire de police pour décider de la marche à suivre », a-t-il déclaré. De plus, il explique les implications qui accompagnent l?utilisation d?une arme de service de la police. « Même pour avoir utilisé un bâton tonfa, il faut que l?officier consigne une déposition. L?arme est alors saisie pour les besoins de l?enquête. Pour les armes à feu, c?est pire. Alors on ne sait plus quoi faire ou quoi penser de ces inculpations. Ces agents auraient-ils dû faire usage de leur arme de service ou pas ? »
Les autorités ne veulent plus d?excuses
Reprocher aux policiers de ne pas avoir riposté devient d?autant plus aberrant pour certains, car, comme le souligne Satish Bulgeeon, « les policiers n?ont pas souvent des exercices d?entraînement au tir. D?ailleurs, lors de notre dernière réunion, nous avons aussi demandé à l?armurerie de faire un inventaire des armes défectueuses que nous avons dans les postes de police. Vous vous rendez compte que nous avons des armes dont les pièces ne tiennent pas bien et qui tirent à côté ? Comment peut-on imaginer riposter dans de telles circonstances ? »
Mais les autorités ne veulent plus d?excuses. Car auparavant, le ministre de la Justice, Rama Valayden, a, au cours d?une brève apparition à la télévision nationale, exprimé son intention d?introduire un « principe de proportionnalité ». À en croire plusieurs juristes, il s?agirait d?une riposte à une agression, soit ce que l?on appelle communément la légitime défense.
« Ce n?est finalement que du bluff, explique Me Sanjeev Teeluckdharry. Les autorités essaient simplement de rassurer le public en affirmant qu?elles sont en train d?amender les lois pour améliorer la situation. Mais elles ne font que réinventer la roue, car le principe de proportionnalité est déjà inscrit dans le code pénal. »
En effet, l?article 246 du code pénal définit clairement les paramètres de la légitime défense. Ainsi, les diverses observations faites dans les jugements ayant fait jurisprudence en la matière concluent que : « Pour constituer l?état de légitime défense, il faut le concours de trois conditions : la défense de soi-même ou d?autrui, la nécessité actuelle de cette défense et une agression injuste. » « Il faut rajouter la notion de proportionnalité, explique Me. Sanjeev Teeluckdharry. Si une personne en agresse une autre à mains nues, la victime ne peut réagir en tirant une dizaine de fois avec un fusil par exemple. Ce n?est pas là de la légitime défense. » Si ces éléments existent déjà, pourquoi en parler comme de décisions actuelles ?
« Il s?agit d?effets d?annonces du gouvernement, rien de plus. Le problème n?est pas dans les textes de loi, mais dans l?application de ces derniers. Les rédacteurs du code pénal ont déjà pensé à tout », conclut l?avocat. Pour renforcer ses dires, il mentionne aussi l?amendement « prochain » du Bail Act, le système de liberté sous caution. D?ailleurs, ce point mentionné par le commissaire de police lors de sa conférence de presse de mercredi a été repris par le Premier ministre lui-même lors des festivités commémorant l?abolition de l?esclavage au Morne vendredi.
Une solution subtile
Réagissant aux questions de la presse, il a déclaré que le judiciaire a une « mauvaise interprétation » du Bail Act, accordant les remises en liberté sous caution trop facilement dans certains cas. Mais Me Teeluckdharry réfute ce changement au-quel veulent faire croire les autorités. « La section V de la Constitution garantit le droit à la liberté pour chaque individu. De toute façon, la question d?absence de caution pour les délits de drogue a été jugée anticonstitutionnelle par la Cour suprême. » Ainsi, une fois de plus, une décision annoncée par les autorités semble sombrer dans la rhétorique de la communication.
Peut-on blâmer les autorités de tenter une telle stratégie sur les citoyens mauriciens ? Cette population a de plus en plus peur. Et les autorités semblent avoir compris cela. Une bonne communication pour informer et rassurer les citoyens veut aussi dire toucher ceux dont la peur et la violence sont le fonds de commerce. C?est là une solution subtile et moins lourde de conséquences financières ou logistiques pour essayer de ramener une forme de confiance à Maurice.
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