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B.P.247
<B>Le Morne, symbole de quoi ?</B>
La République de Maurice a actuellement le privilège d?accueillir Daniel Maximin, écrivain et poète antillais, mais aussi et surtout penseur de la condition humaine. Nos décideurs politiques devraient le rencontrer et l?entendre, ou alors, prendre connaissance de ses observations pertinentes sur l?identité et la coexistence de personnes d?origines différentes dans cet environnement si particulier des îles. Cette nature, tour à tour paradisiaque ou infernale à laquelle Maximin attribue un rôle actif et non celui d?un simple emballage de nos activités humaines. À aucun moment le poète minimise-t-il le rôle des esclavagistes ou les blessures de l?esclavage et lors de ses conférences. Il démontre sa profonde connaissance des écrivains de la négritude, faisant un crochet par Fanon et son intransigeance, évoque la bienveillance de Sartre pour cette lutte qui aboutit forcément sur la nécessité absolue de s?entendre et de se convertir pour vivre dans ces îles qui sont autant de creusets. Ce qui me mène à une réflexion sur Le Morne, très présent dans les esprits ces jours-ci, en particulier à la veille de la commémoration de l?Abolition de l?esclavage. Un panneau, sur la route qui mène à cette région «Le Morne Cultural Heritage Landscape» veut indiquer non seulement la route qui nous amène vers Le Morne, mais aussi notre sérieux national pour le symbole social qu?est Le Morne. Mais que nous dit la montagne qui se dresse, à l?aube de la 173e célébration de l?abolition de l?esclavage ?
La réponse se trouve (hélas !) dans une magnifique et très officielle carte de souhait pour l?année 2008, soigneusement sculptée, découpée et illustrée avec les images des esclaves enchaînés, que «La montagne du Morne, tout le symbolisme de l?esclavage» et «The Morne mountain, symbol of slavery». Sans doute cette carte qui émane du plus haut de la hiérarchie gouvernementale veut-elle démontrer une attention qu?on porte à toute une section de la population issue de l?esclavage et qui souffre encore de ses séquelles. Mais, avec cette candide bonne volonté, on se trompe de message : le dossier logé à l?UNESCO stipule que
Le Morne est un symbole NON de l?esclavage, mais de la résistance, voire de la liberté. Daniel Maximin raconte avec émotion et lucidité comment les commémorations du 150e anniversaire de l?abolition dans les îles Caraïbes se sont déroulées non pas sur un ton revendicateur et de culpabilité, mais forte de l?action de l?humanisme et de la compréhension mutuelle, car c?est seulement avec des valeurs de l?humanité qu?on peut vaincre l?inhumanité.
<B>Philippe LA HAUSSE DE LALOUVIERE</B>
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