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Gula : le cafouillage

31 janvier 2008, 20:00

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«Nous étions en présence de données du Met office de Londres et du centre d?observation d?Hawaï, qui penchaient toutes pour une intensification de Gula.» Suresh Boodhoo, directeur des services météorologiques, n?en démord pas : «Si c?était à refaire, je le referais.» Et le système, tel qu?il se présentait hier matin, était «comparable à sa structure à Saint-Brandon où les rafales étaient supérieures à 140 km/h. A ce degré d?intensité, il était de mon devoir de minimiser les dégâts».

D?où la décision, hier à quatre heures du matin, de passer en alerte III. Lors d?une conférence de presse hier à Vacoas, le directeur a indiqué qu?un rapport complet sur la gestion de Gula serait rendu public aujourd?hui par la météo nationale.

Cela n?empêche, au vu du cafouillage causé par le revirement de l?alerte III au retrait pur et simple des alertes, nombreux s?interrogent sur ce qui a pu se passer entre les déclarations alarmantes de Suresh Boodhoo vers 8 heures sur une radio privée et cette décision de mettre les compteurs à zéro 40 minutes après, à un moment si fatidique du matin.

Lorsque seraient parvenues, vers sept heures du matin, les premières images satellites de Gula, les services de Vacoas, renforcés depuis trois jours, étaient sur le qui-vive. C?est l?étude de ces photos satellites, superposées à celles des mesures locales (recrudescence ou non de vents à Maurice), qui ont commencé à infléchir le jugement de la météo nationale.

C?est ce que confirmait Kishan Dhunputh, hier. «C?est une observation que nous devons étaler sur plusieurs tranches de 15 minutes. Nous ne pouvons nous baser que sur une seule photo pour nous déterminer.»

<B>Effondrement Rapide</B>

L?affaiblissement et la désagrégation de Gula n?auraient pas été aussi visibles de nuit. De même, la mesure des vents ne devenait réellement pertinente que si le système était suffisamment proche, car Gula «est de petit diamètre».

Gula se serait effondré rapidement, en «moins d?une heure et demie», indique-t-on. Sur la télévision nationale, Suresh Boodhoo invoque des précédents : dans les années 80, celui de Céline, scindé en deux.

Mais tout le monde n?est pas d?accord avec cette façon de gérer le problème. Sans attaquer directement la présente gestion des alertes, Subiraj Sok Appadu, le prédécesseur de Suresh Boodhoo à la météo nationale, évoque sa propre expérience. «Il faut savoir tirer les conclusions qui s?imposent. Quand on a un système de petit diamètre comme celui-ci (de moins de 100 km), il faut qu?on redoute qu?il passe à moins de 50 km des côtes pour craindre des vents cycloniques.» Et de citer le cas de Guillaume au début de la décennie. «Cette formation, qui avait dérivé de Madagascar vers Saint-Brandon, a fait un parcours comparable. J?ai enclenché l?alerte I, uniquement pour signaler sa présence», se rappelle-t-il.

A-t-on eu tort de passer en alerte III ? Certes, comme l?indique Kishan Dunputh, «chaque cyclone a son propre fonctionnement». «Nous n?en sommes plus à l?ère de la monoculture», rétorque Subiraj Sok Appadu. «Le contexte dans lequel nous évoluons est bien plus complexe. Le passage en alerte III ressemble à l?admission d?un grand blessé aux urgences.»

De fait, l?ex-directeur invoque «la nécessité d?une National Disaster Management Authority». «Si on choisit d?immobiliser un pays, il faut entendre les voix des acteurs socio-économiques pour qu?ils puissent dire ce qui va se passer pour eux en cas d?alerte maximale.»

Pour Subiraj Sok Appadu, un panel de représentants du gouvernement, des différents partenaires économiques, doit faire ressortir le pour et le contre auprès des scientifiques de la météo pour qu?une décision soit prise à l?unanimité. «Ce système est déjà fonctionnel à La Réunion, où c?est le préfet qui prend la décision après consultation auprès d?une équipe.»

<B>Olivier MASSON</B>

<B>Le PM a demandé des comptes</B>

■ Le public n?a pas été le seul pris de court. Il semble que même le Premier ministre ait été surpris par la tournure des évènements d?hier. Il a convoqué le directeur de la météo dans la journée. «Ses éclaircissements sont plausibles et je lui ai d?ailleurs demandé de s?expliquer au public. Il m?a démontré qu?il se base sur ses propres données de même que sur les bulletins de certains autres pays. J?ai pu comprendre sur la base de ce que m?a dit Monsieur Boodhoo que ce qui s?est passé était un phénomène rare et imprévisible et qu?il n?a pas voulu prendre de risques», nous a affirmé Navin Ramgoolam. Il ne cache cependant pas son agacement par rapport à la tournure des évènements qui a chamboulé ses activités du jour. Par ailleurs, le Premier ministre récuse toute allégation «d?ordres venus d?en haut». «Que veut dire cela ? Je n?ai rien à voir avec la météo.»

<B>SERVICES PUBLICS</B>

●<B> FONCTIONNAIRES. </B>

Le taux de présence chez les fonctionnaires travaillant à Port-Louis a été d?une moyenne de 75 %, jugé assez élevé.

Le ministère du Service civil a procédé à un pointage à partir de 14 heures hier, et a constaté une présence de 88 % à l?Audit, 76 % à l?Infrastructure publique, 80 % aux Services publics, 75 % à l?Agro-industrie, 87 % au Trésor, et 70 % au quartier général du ministère de la Santé.

● <B>HOPITAUX. </B>

Si les scénarios ont varié dans les hôpitaux, les administrateurs parlent de situation quasi-normale. A l?hôpital Jeetoo, à Port-Louis, on évoque une affluence habituelle. «Nous n?avons pas eu de blessés graves. Et par rapport aux rendez-vous, beaucoup de gens sont venus comme il était convenu», souligne le Dr Ahad Abdool, «Regional Health Director». Il explique que l?on s?était aussi organisé au niveau du personnel.

A l?hôpital Victoria, «tout s?est déroulé normalement», insiste le Dr Gooroodeo Bauljeewon, «Regional Health Director». «Beaucoup de patients ont renvoyé leur rendez-vouspar téléphone.»

A Flacq, la situation d?hier est aussi qualifiée de «normale». «Presque tous les médecins habitent les environs et ils n?ont pas tardé à venir aussitôt l?alerte levée», explique Chand Domah, «Regional Health Director». Par contre, de nombreux patients ne se sont pas présentés aux rendez-vous.

● <B>AEROPORT. </B>

L?aéroport a été fermé de 7 h 30 à 10 h 30.

«A midi, nous avons pu reprogrammer un certain nombre de vols», explique un porte-parole d?«Airports of Mauritius Ltd». «Le planning a évolué au fur et à mesure.»Air Mauritius, transporteur national, a pu faire décoller deux avions hier matin, à destination de l?Afrique du Sud. Dans les arrivées prévues, un vol a été retenu à Londres et un autre, en provenance de Paris, a été redirigé sur les Seychelles.

«Il a aussi fallu faire bouger deux avions, un sur La Réunionet un sur Tananarive», explique Donald Payen, porte-parole d?«Air Mauritius». Les deux avions sont déjà revenus. Les vols d?«Air Mauritius» ont hier repris à 14 heures. Même en l?absence de chiffres, il semble évident que les changements du programme des vols ont entraîné des coûts importants.

● <B>PORT. </B>

Dès que l?avis de cyclone a été levé,la «Mauritius Ports Authority» (MPA) a pris les dispositions pour faire accoster les navires à quai. Le «Mauritius Pride», qui avait dû quitter la rade mercredi, a été un des premiers navires à commencer ses opérations, mouillant au quai E vers 10 h 05. Un porte-conteneurs a, lui, démarré son déchargement au «Mauritius Container Terminal» (MCT) à Mer-Rouge vers 11 h 30. Il était prévu lever l?ancre hier. «La mer au MCT était un peu houleuse, mais cela n?a pas empêché le travail de se dérouler normalement», dit le capitaine Premananda Ponambalum, Port Master. «Un autre bateau a accosté au quai n°4 vers midi pour charger les conteneurs destinés à des ports de la région. A la capitainerie, nous sommes toujours restés vigilants.»

● <B>CEB. </B>

«Au CEB, tout va bien», nous assure Patrick Assirvaden, président du conseil d?administration du «Central Electricity Board». Il nous affirmait hier que la journée avait été plus ou moins normale, sans retard ni absentéisme excessifs. Le conseil d?administration a aussi siégé hier après-midi. «Il n?y a aucun cyclone.» Le cyclone n?a pas provoqué de coupures de courant, comme c?est le cas en périodes d?alertes cycloniques.

● <B>CWA.</B>

Les inquiétudes quant à la sécheresse perdurent. La «Central Water Authority» (CWA) gère au plus près la fourniture d?eau. «Un peu de pluie est tombée mais les effets ne s?en ressentent pas immédiatement», soutient Harry Booluck, directeur de l?organisme. Un bilan sera établi la semaine prochaine. Un seul problème a été constaté à Pailles. «Nou finn bizin ferm in pe delo dan treatment plant a Pailles a coz ti ena delo labou».

CIRCULATION

Port-Louis surchargée</B>

La traffic branch de la police affirme qu?il n?y a eu aucun incident. «L?affluence vers Port-Louis a commencé vers 10 heures et s?est poursuivie jusqu?à 12 h 30», dit le chef inspecteur Buntipilly. La troisième voie de l?autoroute vers Port-Louis a dû être ouverte exceptionnellement pour tenter de décongestionner les accès à la capitale. Habituellement, elle n?est ouverte qu?aux heures de pointe, de 7 h 30 à 9 heures. Sandiana, qui habite Rose-Hill, a quitté son domicile vers 11 heures, exprès, pour éviter le rush. «J?écoutais la radio. Puisqu?on parlait d?embouteillages, j?ai voulu les éviter et j?ai travaillé un peu de chez moi», dit-elle. Mais elle s?est retrouvée bloquée en route. A midi, le flot de voitures rentrait toujours au ralenti dans Port-Louis, où les autobus déversaient encore des foules de passagers. Pour les employeurs, la journée évoque surtout des heures perdues.

SECTEUR PRIVE

MEF. Désorganisation totale</B>

«La météo aurait dû consulter d?autres stations avant de faire des prévisions», dit Mookeshwar Gopal, président de la «Mauritius Employers Federation». La levée d?alerte cyclonique à 8 h 40 a causé une désorganisation totale, dit-il, estimant que le taux d?absentéisme a dû être élevé. Il explique que cette période de fin de mois est délicate, notamment pour les salaires des employés. «Les banques ont ouvert tard, et de plus, demain (NdlR : aujourd?hui) est jour férié», dit-il.

<B>JEC. Meilleure coordination public-privé</B>

Le «Joint Economic Council» (JEC), principal porte-parole du monde des affaires, souhaite une meilleure coordination entre les autorités publiques et le secteur privé. «Je pense qu?il faut une bonne communication lorsqu?il y a un changement aussi rapide dans les conditions climatiques», soutient Raj Makoond, directeur du JEC. Le redémarrage des activités s?est déroulé dans la confusion. «Il y a eu beaucoup de retards dans la reprise de la vie économique durant la journée», souligne-t-il.

<B>ECONOMIE. Pertes énormes</B>

L?économiste Eric Ng Ping Cheun évoque les implications financières. «Trois heures de travail ont été perdues et cela devrait coûter entre Rs 500 millions et Rs 1 milliard», estime-t-il. «Le service météo n?a pas été à la hauteur de sa tâche», dit-il.

<B>MEXA. Manque à gagner de Rs 40 millions</B>

La «Mauritius Export Association» (MEXA) estime le manque à gagner à Rs 40 millions. «Cette mise en alerte cyclonique et son retrait ont beaucoup perturbé le système, surtout par rapport aux ?shifts?», explique Danielle Wong, directrice de la MEXA. Elle estime que le secteur a perdu hier une demi-journée de travail et que le taux d?absentéisme était de 18 %.

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