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Mémoires Déchaînées

28 janvier 2008, 00:00

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Mémoires Déchaînées

D?abord des repères. Car il s?agit d?Histoire. C?est en 2001 que le 1er-Février a été décrété jour férié. Sept ans après, est-ce que pour autant, toutes les chaînes sont tombées ?

Depuis 2001, le temps faisant son ?uvre, les repères se multiplient. Deux éditions du Festival Kreol ont vu le jour. La commission Justice et vérité, elle, entre dans sa phase de définition. Les noms des membres du Task force chargé de délimiter son champ d?action ont été rendus public vendredi.

Sept ans et des poussières. Il y a des réflexes qui ont la dent dure. Et des changements qui commencent à trouver le temps long. Mais au fait, évolution y a-t-il eu au cours de ces années ? Notamment quand elles sont placées dans la perspective de 173 ans d?histoire depuis que l?esclavage a été aboli.

Pour Jocelyn Chan Low, historien, chargé de cours à l?université de Maurice, il y a eu évolution positive depuis les années 90. «Avant l?esclavage était une histoire négligée, c?était une histoire du silence. Il a fallu un long combat des associations, des politiques et des universitaires pour la reconnaissance de la place de l?esclave dans le développement de Maurice».

Une lutte que l?historien place dans une perspective locale mais aussi internationale, avec le projet de la Route des esclaves de l?Unesco démarré en 1994 ( voir hors texte). Jocelyn Chan Low est d?avis que la prise de conscience a aussi pris la forme du malaise créole, «quand des groupes qui se sont sentis marginalisés ont chercher à se réapproprier leur histoire, à la revaloriser».

Malaise créole

Il est rejoint en cela par Benjamin Moutou, historien et président de l?Union chrétienne. Quand il évoque le malaise créole, notre interlocuteur dit préférer la tournure anglaise, «creole consciousness». «Les créoles vivaient dans le silence, car pas suffisamment instruits pour connaître leur histoire».

Benjamin Moutou salue pour cela le rôle catalyseur d?une «nouvelle génération d?historiens, notamment à l?université de Maurice, qui a écrit l?histoire sans larmes. Parmi ceux de la vieille école, on disait par exemple que l?abolition de l?esclavage ferait la perte de la colonie.»

Selon l?historien, les choses ne seront plus jamais comme avant. Car la «bataille des mentalités» est engagée. Transition d?une attitude de «pa kas la tet» à celle où l?on se préoccupe effectivement de son histoire.

Jocelyn Chan Low, lui, rappelle que lors d?un colloque sur l?enseignement de l?esclavage, où il avait exposé la situation locale (l?esclavage traité dans un chapitre du manuel de Social studies, par exemple), «Maurice avait à l?époque était cité en exemple par Doudou Diène, alors directeur de La route de l?esclave.»

Avant d?affirmer que le traitement accordé aux séquelles de l?esclavage est un tout autre débat. «La première chose c?est qu?il faut faire le deuil de cette histoire». Un processus auquel nuit, à son avis, le fait que «l?histoire, de la mauvaise histoire est utilisée sur les plate-formes politiciennes. On en a fait l?histoire du Blanc contre le Noir», en oubliant la complexité de ce système de travail. «Il faut aller au-delà de la perception que l?esclavage n?a été que souffrance, pour montrer qu?il a aussi été résistance et créativité».

Enfin, pour Alain Romaine, prêtre, auteur de Les noms de la honte et Les souliers de la liberté, «l?instrumentalisation politique est dommageable à la cause. Il arrive un moment où il faut laisser l?initiative aux organisations, aux personnalités».

CELEBRATIONS OFFICIELLES

De Pointe-Canon au Morne, logique ?

Cette année, les festivités officielles (protocole et tamtam populaire) se déplacent de Pointe Canon à Mahébourg, où se trouve le Monument aux Esclaves vers la plage publique du Morne. En 2005, déjà, la reconnaissance de l?Etat pour le Morne avait été canalisée vers Trou-Chenille, un ancien village d?esclave à flanc de montagne. Certes, l?Etat n?oublie pas de déposer une gerbe à Pointe-Canon. Avant de situer son déplacement dans la perspective de demande d?inscription du Morne sur la liste du patrimoine mondial de l?Unesco. Une demande dont l?issue sera connue en juillet de cette année.

Alors, est-ce un déplacement logique ? Jocelyn Chan Low avoue «ne pas avoir trop compris pourquoi Pointe-Canon». Car les esclaves ont débarqué du côté de Vieux Grand-Port. Et de rappeler qu?un colloque organisé à l?université en 1998 avait parmi ses résolutions demandé que le Morne soit décrété monument national de l?esclavage. « c?est l?expert Baker de l?ICOMOS qui a identifié le Morne comme site plus approprié». Alors qu?Alain Romaine se dit contre au nom de «la permanence institutionnelle», Benjamin Moutou précise que bien que les esclaves ont débarqué à Vieux Grand-Port, entre 1721 et 1731, le chef lieu était Mahébourg. « Mais le plus gros du débarquement s?est fait à Port-Louis ». le monument de Pointe-Canon a été dévoilé le 1er février 1985 à l?occasion des 150 ans de l?abolition de l?esclavage.

PROJET DE L?UNESCO

La route de l?esclave

Parmi les temps des célébrations cette année, le dévoilement d?une plaque. Elle signalera qu?une stèle est à venir. Une stèle faisant de Maurice une étape dans la Route de l?esclave, projet de l?Unesco.Pareille stèle existe déjà à Fort Dauphin à Madagascar, à Saint Paul de La Réunion et au Mozambique. Après Maurice, une stèle devrait être installée à Pondichéry en Inde et à terme, demande devrait être faite pour que ces stèles soient inscrites au patrimoine mondial. Mais qu?est-ce que la Route de l?esclave ? C?est en 1993 que l?Unesco approuve la mise en ?uvre de ce projet. Ses objectifs : briser le silence en faisant connaître universellement la question de la traite négrière transatlantique et de l?esclavage, dans l?océan Indien et en Méditerranée, ses causes profondes, les faites historiques et les modalités d?exécution par des travaux scientifiques. Il cherche aussi à mettre en lumière, de manière objective ses conséquences, et contribuer à l?instauration d?une culture de la tolérance et de coexistence pacifique des peuples.

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