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Réussir 2008
Au début d?une nouvelle année, on se demande tout naturellement de quoi celle-ci sera faite. En espérant qu?elle sera meilleure que l?année qui l?a précédée. En cette année où le pays célébrera les 40 ans de son accession à l?indépendance ne devrions-nous pas tous renouveler notre acte de foi dans le pays ? Et les acteurs du développement ?uvrer dans le sens des dynamiques et initiatives porteuses d?espérance pour l?ensemble de la population ?
Au-delà des défis actuels et à venir, nous Mauriciens pouvons légitimement être fiers de ce que nous avons pu accomplir pendant les 40 dernières années. D?autant plus, comme nous l?a rappelé Jean-Claude de l?Estrac dans un récent éditorial, qu?au regard des graves défis de développement national que nous avions à relever à l?époque de l?indépendance, les experts, tel le Professeur Mead, ne vendaient pas cher notre peau. Grâce à des fils du sol visionnaireset une population qui a su développer un savoir-faire dans plusieurs domaines, Maurice a pu relever avec succès ces défis.
En termes de structures socio-économiques, de ressources et richesses humaines, la république mauricienne de 2008, n?a rien à voir avec ce qu?elle était en 1968. Le monde dans lequel nous évoluons lui aussi n?est plus le même : la mondialisation avec ses menaces, contraintes et opportunités est passée par là sans oublier la révolution des nouvelles technologies de l?information et de la communication qui est en train de tout bouleverser.
Après l?indépendance, le pays a su négocier avec succès un premier tournant socio-économique axé sur un modèle de développement visant la diversification des activités économiques, toutes tournées vers l?exportation de biens et services, et l?émigration. Férocement critiqué par la force politique montante de l?époque, ce modèle a tenu la route pendant 30 ans, au point où le label mauricien est devenu une référence internationale dans les nouveaux secteurs du textile-habillement et du tourisme-hôtellerie. Dans les années 1980, aussi connues comme les « années du miracle », on a vu la consolidation de ce modèle de développement. Les analystes du FMI, entre autres, ont vu dans l?ethnic mix de la société mauricienne l?explication du miracle économique mauricien.
Aujourd?hui, le pays a pris plus d?une décennie de retard pour effectuer sa transition économique. Une absence de vision, un confort paresseux ? conséquence de l?idéologie du miracle ?, un jeu politique perverti par la guerre des places dans l?absence de différences de projets de société expliquent en grande partie cela. C?est durant cette période où se sont télescopés trois processus ? fin d?un cycle socio-économique, impact grandissant de la mondialisation et crise du politique ? que se sont développées des dynamiques sociétales mortifères, à savoir : un populisme dangereux ? pendant de la « corruption des élites » ?, des crispations identitaires renvoyant à des processus d?exclusion et de précarisation touchant les différents segments de la population. Avec pour résultat un blocage social généralisé.
Depuis maintenant trente mois, le pays s?est engagé dans une difficile, douloureuse, mais nécessaire réforme économique qui lui permettrait d?opérer dans l?environnement globalisé actuel et à venir. Durant cette période, on a pu apprécier :l le courage politique et la détermination des initiateurs de la réforme même si on peut regretter chez certains d?entre eux un penchant techno-comptable et une absence d?écoute ;
● le blocage d?une grande majorité de la classe politique, tous partis confondus, pour qui la politique consiste à se nourrir de tout en nourrissant la démagogie ;
● l?égoïsme des « nantis » et l?absence du sens de solidarité envers ceux qui sont en train de subir la « casse sociale » de la réforme et de la mondialisation ;
● la malhonnêteté de ceux qui font déraper le débat autour un projet de société visant la démocratisation de l?économie et la promotion de l?égalité des chances et d?espérances sur le terrain racial et ethnique ;
● une grande frustration allant jusqu?à la dépression chez ceux qui éprouvent de réelles difficultés à joindre les deux bouts et ceux qui voient se dégrader leur niveau de vie sans entrevoir des lendemains meilleurs ;
● la détermination d?une partie de plus en plus importante de la population décidée à « dibut lor zot prop lipie » pour saisir toutes les nouvelles opportunités.
La réforme commence à donner des résultats. Nous avons toujours soutenu qu?il fallait garder le cap de la réforme tout en faisant preuve de discernement dans les critiques pour d?éventuels aménagements. Et ce dans un souci d?efficacité et pour atténuer la casse sociale. Notre pays a de réels atouts pour la mise sur pied d?un nouveau modèle de développement qui soit efficace, durable et juste.
Encore faut-il que nos élites politiques, économiques et sociales arrivent à se ressaisir pour aider à combler le déficit de c?ur, d?intelligence et de raison dont souffre le pays depuis déjà quelques années. En 2007, l?issue du contentieux sucre a été la preuve que le bon sens peut prévaloir chez les élites tant politiques qu?économiques. À quarante ans, le pays peut-il compter sur le sens de responsabilité et la maturité de ses élites pour être à la hauteur des enjeux afin de créer les conditions nécessaires en vue d?une mobilisation de l?ensemble de la population autour d?un projet de société et de développement durable ?
Et si c?était cela le véritable défi de l?année 2008?
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