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Cultiver l?avenir

13 janvier 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?autosuffisance alimentaire fait, ces jours-ci, figure de planche de salut. Avec l?inexorable montée du prix du pétrole, il devient urgent de réduire notre dépendance aux importations. Une illusion, lancent certains. Un objectif réalisable, assurent d?autres. Et ces derniers de faire ressortir qu?il suffit de jeter un coup d??il à la liste des produits importés (voir hors-texte) chaque année pour comprendre qu?il est « tout à fait possible » de les produire sur place. L?enjeu, clament-ils, est non seulement de limiter les importations, mais aussi de promouvoir la sécurité alimentaire.

Conscient de l?implication économique d?une dépendance à outrance à l?importation, les autorités ont décidé de réagir. Dans cette optique, la Small Enterprise and Handicraft Development Authority (SEHDA) entend bien inciter les entrepreneurs locaux à se lancer dans la production de produits spécifiques. « Il y a certains produits, comme la sauce tomate ? ketchup ? et le jus d?ananas que nous importons en grande quantité chaque année, alors qu?il serait tout à fait possible de les produire localement. Vu la demande, il s?agit là de secteurs porteurs auxquels devraient s?intéresser davantage les entrepreneurs mauriciens », explique-t-on du côté de la SEHDA.

Pour mieux comprendre le marché, jetons un coup d?oeil aux importations de confiture. Celles-ci atteignaient, en 2005, les 864 tonnes, avec un coût de Rs 34 millions. Or, ce produit peut être fabriqué à Maurice. « Si un entrepreneur se lançait dans la production de confiture par exemple, il pourrait, à coup sûr, bénéficier de ce marché important. Non seulement cela diminuerait l?importation, mais en plus, le consommateur y trouverait son compte puisque ce produit fabriqué localement serait moins cher », explique un opérateur.

Une opinion partagée par les entrepreneurs locaux, mais qui n?est pas sans poser problème. « Atteindre l?autosuffisance est certes un idéal, mais il existe de nombreuses contraintes avant de faire de cet objectif une réalité », souligne, pour sa part, le responsable du Mouvement pour l?autosuffisance alimentaire (MAA), Eric Mangar. L?une d?entre elles, explique-t-il, est que la superficie des terres fertiles diminue chaque année au profit de projets immobiliers. « On ne peut pas dire que l?on veuille atteindre l?autosuffisance sans faire de l?utilisation des terres une priorité politique », soutien Eric Mangar. Autre difficulté soulignée par la MAA : faire correspondre la demande à la production. « C?est parce qu?il n?y a aucune planification que l?on se retrouve parfois avec un excès de légumes qu?il faut liquider sur le marché », explique le responsable de la MAA.

Flairant le bon filon, certains entrepreneurs locaux n?ont pas attendu pour investir dans ces secteurs d?avenir. Nous avons rencontré trois d?entre eux. Ils ont osé parier sur l?avenir et n?ont jamais regretté leur choix.

<B>Jocelyne Laurent :

La cuisine traditionnelle passionnément</B>

Catégorique, Jocelyne Laurent, directrice de la société Eugénie Food Products basée à Bambous, soutient que la politique nationale de l?autosuffisance alimentaire souffre de nombreux handicaps. « Au moindre passage d?un cyclone, le gouvernement fait venir des choux et des carottes de l?étranger. Or, il est évident que le surplus de légumes en saison de récolte aurait pu être utilisé pour la transformation. Par exemple, le gouvernement aurait pu nous demander de mettre ces légumes en conserve. Comme il y a du gaspillage pendant l?année, comment voulez-vous de l?autosuffisance alimentaire ? », constate-t-elle.

L?autosuffisance alimentaire, Jocelyne Laurent en parle avec conviction, car elle a suivi avec attention la tendance du développement socioéconomique national et de ses effets sur les attitudes de consommation des Mauriciens. « Avec les gens qui travaillent et qui disposent de peu de temps pour la cuisine, on a investi dans le créneau de la cuisine traditionnelle. On fait de la transformation de produits locaux tels les achards, la confiture et les chutneys. Nous fournissons un produit frais, naturel et sans agents conservateurs. On a ainsi développé ce segment avec une touche artisanale (à l?exemple des produits de la marque Bonne Maman en France) et aligné aux exigences du marché. »

Et le filon a été porteur. « Nos produits sont disponibles à travers l?île. Pour me faire un nom, cela m?a pris cinq ans. La présence sur le marché local nous a permis de tester nos produits. Hormis les grandes surfaces, nous fournissons aussi la boutique duty-free de l?aéroport et les hôtels cinq-étoiles de l?île. »

Mise à part la campagne Achetez Mauricien qui avait sensibilisé le public à la nécessité d?acheter des produits locaux et d?encourager les entrepreneurs locaux, à en croire Jocelyne Laurent, il reste encore de nombreux défis que les autorités sont appelées à relever. Entre-temps, c?est le secteur de l?agro-industrie et de la transformation alimentaire qui en font les frais.

« Les autorités avaient déclaré qu?elles allaient développer la market intelligence et ainsi permettre plus de coordination entre l?Agricultural Research Extension Unit (AREU), les planteurs et les producteurs de légumes et les entrepreneurs locaux. Le networking aurait dû fonctionner, mais on ne voit pas de résultat », explique-t-elle.

« Généralement, tout le monde est encouragé à créer son entreprise. Ainsi on croit qu?on peut faire quelques pots de confiture et après on se rend compte qu?il est difficile d?intégrer le circuit commercial. À la place, les autorités auraient pu permettre l?émergence des activités intermédiaires et des fournisseurs de produits semi-finis. Quelque part, il y a un maillon qui fait défaut et c?est un manque à gagner pour tout le monde », explique Jocelyne Laurent. C?est dire qu?une meilleure synergie et un encadrement cohérent restent à être trouvés entre la politique de création d?entreprise, telle que préconisée par le gouvernement et celle de l?autosuffisance alimentaire.

Gunaseelan Vythee en pince pour les écrevisses</B>

Gunaseelan Vythee, de Chemin-Grenier, a la fibre entrepreneuriale à fleur de peau et n?a pas froid aux yeux. Après que son épouse a rencontré des difficultés dans les usines textiles, il décide de lancer une petite entreprise d?élevage d?écrevisses en 2006. « Avec le soin du Centre de recherches d?Albion, il a fallu mettre en ?uvre le projet tel que préconisé par ces experts. Il a fallu faire des fouilles sur 400 m2, compacter la terre dans les deux bassins en vue de s?assurer que ceux-ci retiennent l?eau. Après, il a fallu les remplir avec l?eau de source qui se trouve sur mon terrain et assurer qu?elle soit à une température correcte pour accueillir les premières écrevisses juvéniles », explique Gunaseelan.

Quid des risques liés à un tel projet ? « En ce qui concerne les risques, ils sont liés aux cyclones ou aux sécheresses. Au moment des premières éclosions, le marketing a dû patienter, car il s?agit d?un élevage et il a fallu évaluer la qualité des premiers produits. » Et l?autosuffisance alimentaire dans tout cela ? « J?ai effectué des études et les écrevisses sont très prisées sur le marché mauricien. Normalement, les importateurs font venir des écrevisses de l?étranger, en particulier de Madagascar. Au niveau local, il y a aussi les grandes propriétés qui font de l?élevage. Mon projet consiste à alimenter le marché local en période festive. Contrairement aux autres, les écrevisses de mon élevage sont fraîches et vivantes. Celles des fournisseurs-importateurs sont frigorifiées », commente-t-il.

Et de poursuivre avec une petite anecdote : « Un client est venu me complimenter en me disant que les écrevisses qu?il m?avait achetées en décembre avaient un très bon goût et il m?a demandé de lui en préparer cinq kilos pour Pâques.

Par ailleurs, la petite entreprise de Gunaseelan Vythee n?est pas seulement financièrement viable, mais a reçu l?appui financier et l?expertise des institutions comme la Development Bank of Mauritius (DBM) et la Small Enterprise and Handicraft Development Authority (SEHDA).

Grâce à ces premiers investissements encourageants, Gunaseelan Vythee compte poursuivre son aventure. « En décembre, j?ai pu recouvrir les frais.

Si cela continue à rapporter, je souhaite créer deux autres bassins pour alimenter les restaurants et les hôtels de l?île en écrevisses », concède-t-il.

<B>Kareema Azeegur Hossen et ses pots de lait? au soja</B>

«Avec la pénurie de lait sur le marché local, les autorités nous ont encouragés à aller de l?avant avec notre projet de production de lait de soja », explique Kareema Azeegur Hossen. Bénéficiant d?une aide financière de Rs 50 000 de la Small Entreprise and Handicraft Development Authority (SEHDA), cette petite entreprise familiale qui se trouve à Terre-Rouge se met doucement en selle pour pouvoir quitter la production à petite échelle et passer au stade industriel.

Entre-temps, la famille Hossen vend ses produits laitiers de la marque YRNA à travers les centres de femmes et autres associations féminines du quartier de Terre-Rouge. Une centaine de produits sont écoulés chaque semaine.

Et Kareema profite aussi des concerts et des courses au Champ de Mars pour vendre ses petits pots de laits. Hormis le lait soja, la gamme de produits de la famille Hossen comporte aussi la mousse noire et le fameux alouda.

La petite entreprise familiale rêve de grandir et ce ne sont pas les ambitions et les projets qui manquent. « Nous comptons placer nos produits dans les grandes surfaces. Nous voulons aussi développer toutes les filières liées au soja dont le yoghourt, le tofu, le burger et le samoussa », explique la famille Hossen. Et les bénéfices et les valeurs nutritives du soja ne sont pas étrangers aux ambitions des Hossens. « Le sojaet ses dérivés sont bénéfiques pour la santé. C?est bon pour les os, le cerveau et le grain de soja ne comporte pas de cholestérol. Les études et les recherches confortent cette idée », soutient Kareema

Par ailleurs, Kareema Hossen est convaincue de sa contribution en termes de réalisation de l?autosuffisance alimentaire. Par rapport aux produits à base de soja provenant de l?étranger, « les produits YRNA ne comptent aucun produit chimique et aucun agent de conservation et ils sont naturels », affirme-t-elle. Et de souligner qu?avec l?expansion de son business, elle pourra augmenter son personnel.

En chiffre</B>

<B>294 </B> tonnes de ketchup et de sauce piment ont été importées en 2005 pour un coût total de Rs 12,5 millions.

<B>2 %</B> du lait consommé à Maurice chaque année est produit localement.

<B>Rs 62,6</B> millions. C?est la somme dépensée en 2005 pour importer quelque 1 046 tonnes de saucisses.

143</B> tonnes de miel ont été importées l?année dernière, alors qu?il est possible de le produire localement.

<B>3 310</B> tonnes de biscuits et autres gaufrettes ont été importées durant la même période.

<B>17 %</B> de toutes les importations du pays sont composées de denrées alimentaires.

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