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L?Express d?Yvan Achille et de Baby Harris

17 décembre 2007, 00:00

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Au départ de Kenneth Noyau (voir l?express de vendredi dernier) s?ajoutent ceux, également attristants, d?Yvan Achille et de Baby Harris.Yvan nous rejoint au terme d?une carrière professionnelle qui l?a tenu loin des salles de rédaction qui enchantèrent, jadis, sa jeunesse au milieu du Ward IV. Il nous porte toute cette camaraderie littéraire, soudée autour de Marcel Cabon et qui paraît si prometteuse. Les années 1950 sont d?ailleurs la décennie de tous les espoirs. D?abord sur le plan politique. L?oligarchie, qui coupe et tranche, à Maurice, depuis Adrien d?Epinay, ne survit pas au séisme de la Seconde Guerre mondiale, qui disloque l?empire britannique, fait plier les genoux du Blanc devant le Jaune, ouvre, à la Grande Péninsule, les portes de l?Indépendance et de la Liberté, un grand souffle dont bénéficiera bientôt l?Afrique, tant francophone qu?anglophone.

Tous les rêves sont alors permis y compris ceux d?aller brouter ailleurs l?herbe, peut-être pas plus verte, mais en tout cas plus littéraire, plus intellectuelle, à Paris, à Londres ou ailleurs. Cette élite intellectuelle créole et portlouisienne, que cimente Marcel Cabon, se sépare désormais entre deux tiges s?urs, autrement dit la communauté des exilés volontaires et celle composée de ceux qui veulent rester à Maurice pour mieux la servir sur place et constamment.

Yvan Achille nous apporte donc le souvenir des soirées littéraires interminables mais inoubliables, passées sur les pavés du parvis de l?église Immaculée-Conception, à disputer les mérites et les limites de tel ou tel écrivain, de tel ou tel poète, de tel ou tel cinéaste, de tel ou tel pays. Il y a là, bien sûr, le mentor Marcel Cabon, les frères Maunick, Moutou, Achille, Balancy, Rivaltz Quenette et tant d?autres.

Bientôt le Cercle Rémy-Ollier structurera cette jeunesse, si bien disposée à servir, de toutes ses forces, de tout son esprit, la culture sous toutes ses formes. Pour avoir montré trop d?irrévérence à l?égard de ses aînées, dont le Cercle Littéraire de Port Louis, il ne connaîtra pas de longévité plus grande. Mais comment ne pas applaudir quand René Noyau dégonfle avec tant d?insolence les vessies se prenant pour des lanternes.

Le Cabon, qui sert de gourou à Yvan Achille, est aussi le biographe de Rémy- Ollier. L?arrivée d?Yvan, au 3, rue Brown-Sequard, où siège alors le journal l?express, rappelle que ce quotidien voulut s?appeler, au départ, La Sentinelle, pour mieux ressusciter l??uvre journalistique de Rémy Ollier. Le titre, ayant été pris par d?autres promoteurs disparus, depuis, dans l?oubli, La Sentinelle II s?appela donc et s?appelle toujours L?express. Yvan retrouve, entre autres, Jean Balancy qui fut également des folles équipées du Cercle Rémy-Ollier.

Le départ d?Yvan nous rappelle combien il est souhaitable que toute jeunesse puisse disposer de balises et autres repères pour l?aider à discerner ce qui sert et ce qui dessert le bien commun. Yvan apporte, à la correction des épreuves de l?express, tout l?esprit d?excellence et de perfection qui caractérise le Cercle Rémy-Ollier. Il a appris de Marcel Cabon qu?une seule place est digne de tout Mauricien, digne de ce nom, la première, en toutes choses. Ceux, qui ont eu le privilège de le côtoyer, pendant ces interminables soirées où se prépare le journal du lendemain matin, n?oublieront pas de sitôt la gentillesse avec laquelle il incarnait parmi nous l?âge or du Cercle Rémy-Ollier.

Baby Harris incarne l?autre face du Ward IV. Celle de cette fraternité portlouisienne habitant au pied de Marie Reine de la Paix et de la Montagne des Signaux. Ici, nulle barrière ethnique, religieuse ou sociale. Les habitants du Ward IV forment un seul bloc, au sein duquel chacun connaît tout le monde et tout le monde se préoccupe de chacun. Baby Harris est le prototype des habitants-frères du Ward IV. Au volant de sa fidèle Austin 1100, il sillonne quotidiennement les rues de ce Ward IV qu?il connaît comme sa poche. Quand il n?est pas au volant, c?est mieux encore. Il se multiplie davantage. Va de l?un à l?autre. Les bras toujours ouverts, en signe de bienvenue, le sourire illuminant un visage qui respire la fraternité et la sociabilité. Le rencontrer suffit pour illuminer une journée et métamorphoser les moments de stress en instants de convivialité et d?espoir.

Baby Harris connaît aussi son Champ de Mars comme sa poche. Rien de ce qui concerne les chevaux et le monde hippique ne lui est étranger. Il est au courant de tout, avant tout le monde. Il est l?oreille et les yeux de la rédaction sportive de l?express que dirige alors son ami, Jean Balancy. Rarement voit-on quelqu?un incarner autant que lui cette certitude que tout homme, étant forcément enfant d?un même Dieu, est incontestablement notre frère puisque nous avons le même Père. Le rayonnement, qui émanera du souvenir de Baby Harris, continuera à nous réchauffer le c?ur pendant longtemps.

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