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Danielle Palmyre, Du malaise à la reconstruction
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Danielle Palmyre, Du malaise à la reconstruction
Thèse?témoin. Pour panser le malaise. Pour penser plus loin. Sortir des récriminations, se faire écho des revendications. Et reconnaître la part du sacré dans le populaire. Tout en articulant cette sacrée identité créole.
Au-delà des questionnements, c?est à un aboutissement que nous convie Danielle Palmyre. Directrice depuis cette année de l?Institut catholique de l?île Maurice, elle publie Culture créole et foi chrétienne, soutenu conjointement par Maye Pike et Lumen Vitae. Version remaniée de sa thèse soutenue en juin 2004 à l?université catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique.
Malaise créole il y a eu. Fait indiscutable. Tout comme le fait que les créoles sont à grande majorité chrétiens et catholiques. Quinze ans plus tard, il s?agit de dépasser le malaise. Où plutôt de tâter le pouls des initiatives de dépassement survenues après les prises de positions de prêtres tels que Roger Cerveaux, en 1993.
C?est en cela que Danielle Palmyre contribue au débat. Nous aider à ne plus ressasser l?état de malaise, les stéréotypes pour faire partie de cette « mémoire créole (qui) émerge du naufrage de l?histoire ».
Car depuis, il y a eu la mort de Kaya en cellule. Chanteur qui écrivait ? comme le relève Danielle Palmyre ? «Inn ler ousi aret koz malez kreol, kreol so malez zot pa ti ankor a lez».
Depuis, il y a eu «la lutte contre la discrimination, l?égalité des chances dans l?éducation et l?emploi, ainsi que la promotion de la justice sociale me sont alors apparues comme des éléments incontournables liés à la question créole, car la culture n?est pas un objet exotique ou purement esthétique, la culture inclut les dimensions socioéconomiques et politiques».
Après l?aspect purement historique, l?auteur s?attache à la construction de l?identité créole, n?occultant rien des traumatismes. Faisant notamment le grand saut entre esclavage et corps meurtri jusqu?à l?insupportable et « le corps de tous les dangers ». Investissant dans sa démarche d?aller jusqu?au bout de l?analyse, le monde de l?occulte.
Sans opposer Eglise et longaniste, l?auteur nous balade dans les croyances populaires créoles. Jusqu?à voir l?ambivalence du Bondie. « Le Dieu des créoles est toujours qualifié de «bon» mais son ambivalence est source de crainte, écrit-elle. ?Qu?ai-je fait au Bon Dieu ?? est une question lancinante dans le monde populaire mauricien ».
Enfin, Culture créole et foi chrétienne, c?est se chauffer au soleil de la créolité des Chamoiseau, Glissant, Confiant. Sans avoir jamais renoncé à «l?expérience spirituelle bouleversante : la découverte du Christ et de son Evangile» vécue en 1968. Sans avoir jamais oublié que la même année, le sergent Palmyre? son père ? était l?officier qui faisait flotter pour la première fois au Champ de Mars le drapeau de l?indépendance.
EXTRAIT
Le «treter» du monde invisible
Ces recours sont suffisants dans la mesure où le mal ne se prolonge pas et que le corps n?en pâtit pas démesurément. La durée ou la forme des maux jugés non naturels conduisent ? en tous cas bien des créoles mauriciens ? à recourir à des intermédiaires autrement plus efficaces qui sont entre le monde visible et le monde invisible. Ces frontières sont supervisées par des spécialistes qui connaissent le territoire et qui sont expérimentés dans l?art de les franchir et d?en revenir sains et saufs. Le treter ( traiteur) est un personnage central dans la pratique de la religion populaire créole. En général, selon la pratique courante de la dissimulation, on évite de prononcer son nom ni même le mot de traiteur qui le désigne. Ainsi, nommé parce qu?il «traite» avec les forces invisibles, il est un autorité reconnue, respectée et crainte. On l?appelle «enn dimounn» ( quelqu?un) et il fait un «travail». C?est en lui que la crainte du mal et des maux trouve son principe de régulation, car il est habilité à regarder dans les affaires des gens et on le considère comme un technicien du surnaturel. Il est important de distinguer les différents types de personnages qui font autorité.
Il faut distinguer le traiteur des «marqueurs» et des «passeurs». Ces derniers sont des personnes qui sont reconnues comme possédant un don pour traiter certaines maladies.
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