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L?Express de Kenneth Noyau
L?express perd en la personne de Kenneth Noyau, un collaborateur de longue date, dont les compétences dans les nombreux domaines où il excellait, l?efficacité, la qualité du jugement, la serviabilité, l?esprit d?équipe et de camaraderie, le sens des responsabilités, le sentiment d?appartenance à la confraternité journalistique, la fidélité, la loyauté, peuvent être cités en exemple à beaucoup, y compris ceux qui débutent dans notre noble profession, attachée au devoir d?information et de mise en exergue de ce qui, à Maurice, mérite de l?être.
C?est en simple lecteur de l?express que je fais la connaissance de Kenneth Noyau. Comme le plus grand nombre, je suis un accro de ses chroniques cinématographiques. C?est l?âge d?or des ciné-clubs, des cinémas d?art et d?essai, du cinéma d?auteurs, par réaction aux diktats des Grands Studios. Les auteurs et les réalisateurs prennent enfin le dessus sur les vedettes et les starlettes. Qui peut acheter, lire, digérer, comprendre Les Cahiers du Cinéma ont quelques longueurs d?avance sur les autres, sevrés de toute documentation cinématographique. Kenneth Noyau est alors et en ce domaine, imbattable ou presque. A la qualité de sa documentation, s?ajoutent son esprit de synthèse et la limpidité de son argumentation. C?est un Mauricien qui écrit pour des Mauriciens. Et dire que, en 2007, il suffit de savoir surfer sur le net, pour disposer de la documentation, patiemment et laborieusement amassée par Kenneth, dans les années 1970. En ce temps-là, à Maurice, la chronique cinématographique n?est pas de tout repos. Malheur à qui dit du bien du Souffle au c?ur ou pire encore du mal de Viva Maria. Si la hiérarchie feint l?ignorance, des grenouilles de bénitier ne manquent de demander, à qui de droit, s?il a perdu sa crosse.
Parallèlement à sa passion pour le cinéma et surtout pour l?audiovisuel made in Mauritius, faisant de lui un émule d?Antoine Domaingue, Kenneth poursuit une brillante carrière professorale, au collège Royal de Port Louis et au collège John Kennedy. Sa passion pour l?audiovisuel l?incite à lorgner de plus en plus du côté du cinéma éducatif. Il y fait ?uvre de pionnier, en ce sens qu?il entrevoit, mieux que d?autres, que l?audiovisuel favorise une véritable démocratisation de l?enseignement, en ce qu?il permet à un plus grand nombre d?élèves d?avoir accès aux meilleurs enseignants. Le résultat n?est pas toujours à la hauteur de ses espérances car l?audiovisuel requiert des acteurs plutôt que des professeurs. Ces derniers doivent être télégéniques, pouvoir témoigner d?un charisme cinématographique, faire montre d?une présence à l?écran pour captiver et retenir l?attention de l?apprenant. Ils doivent bien passer à l?écran. Il n?est pas toujours facile d?obtenir cela de ceux, pensant que la qualité pédagogique du contenu de leurs cours peut suppléer à la monotonie de leur voix et de son débit.
Authentique Don Quichotte mauricien, Kenneth Noyau s?épuise à vouloir combattre les moulins à vent de l?à-peu-près local, du copinage, de la protection ministérielle, du lèche-bottisme, du fonctionnarisme, de la quête de sinécure et de dolce vita (avec nos excuses à Federico Fellini).
Il en faut davantage pour décourager un Kenneth Noyau. Dans d?autres domaines, il fait preuve de la même ténacité. Pendant des décennies, il s?efforcera de mettre, dans les colonnes quotidiennes de l?express, en exergue la grille de programmes de notre MBC où abondent les «productions locales» sans titres, sans renseignements sur les sujets choisis, sur les réalisateurs, sur les participants. Les pré-visions pour la presse, connait pas. Les appels téléphoniques sont inutiles : «On ne sait pas encore ce qu?on passera. On décidera pendant la journée, précédant emission». Si par malheur, Kenneth Noyau parle d?une production locale, la MBC décide à la dernière minute de programmer autre chose, sans prendre même la peine de présenter ses excuses, ni ses explications.
Kenneth Noyau n?aura pas plus de succès avec Action Civique dont l?ambition n?est rien d?autre que d?éradiquer tous les défauts chroniques de la société mauricienne. Cela suffit pour faire d?elle la bête noire du gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam et de l?opposition de Paul Bérenger. Kenneth Noyau, me semble-t-il, en hérite la présidence des mains de Guy Lagesse, un des dix fondateurs du mouvement. Il la passera ensuite aux mains expertes de Michael Atchia et de Daniel Koenig, mais sans plus de succès.
A l?heure où l?on réserve des étals maraîchers et forains aux plus offrants et à des proches, Quatre-Bornes doit se souvenir qu?elle a jadis refusé le mairat et le conseil municipal au leadership charismatique d?un Kenneth Noyau, pour l?offrir à ses adversaires politiques plus militants mais moins compétents. Méritocratie et démagogie ne font pas forcément bon ménage.
Kenneth Noyau, les lecteurs de l?express te savent gré d?avoir si bien servi notre devoir d?information. Nous ne t?oublierons pas de sitôt. Tu es de ceux qui donnent ses lettres de noblesse à la presse mauricienne.
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