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Le plan P
C?est sur fond de pessimisme que se déroulera la rencontre annoncée pour cet après-midi entre le Premier ministre et les sucriers. Les protagonistes se montrent sceptiques sur les chances de débloquer la situation. Leurs positions respectives restent éloignées. Bien entendu, tant que la rupture n?est pas consommée, il y a de l?espoir. Mais il faudra beaucoup de bonne volonté pour parvenir à un accord.
Justement, il est permis de s?interroger sur les intentions des deux parties. Souhaitent-elles toutes deux la survie de l?industrie sucrière et, partant, le redressement de l?économie nationale ? Si c?est le cas, ce serait déjà un bon début, mais rien n?est moins sûr.
Les sucriers ont fait parvenir leurs propositions au gouvernement depuis le 19 novembre mais ce n?est que deux semaines plus tard qu?ils sont convoqués au bureau du Premier ministre. Entre-temps, le fossé s?est creusé. L?Etat ne se contente plus de ses conditions initiales sur les terres, la révision des contrats d?achat d?électricité par le CEB et l?ouverture de l?actionnariat de l?industrie. Désormais, il réclame également la gratuité des actions offertes par les centrales privées et demande aux compagnies sucrières de vendre les terrains qu?elles louent à des métayers.
Dès lors, on peut penser que le Premier ministre ne cherche pas à faire aboutir les négociations avec les sucriers. Il a peut-être d?autres objectifs, d?autres plans. On peut craindre, à cet effet que son plan B soit en fait un plan P avec des visées Politiciennes précises. En tout cas, rien dans sa manière de gérer la crise ne laisse entrevoir un Premier ministre soucieux d?apaiser les tensions, de dépasser les clivages idéologiques et de trouver une solution dans l?intérêt de l?économie nationale.
La principale préoccupation du Premier ministre aura été, tout le long du processus, la recherche de dividendes politiques. Il y a eu des tensions entretenues, un lobby agissant des snipers de l?aile radicale du PTr et un rythme délibérément lent pour faire avancer le dossier. La crise était devenue un instrument qui servait les intérêts politiques des dirigeants du pays. De Somduth Dulthumun à Krit Manohur, ils étaient nombreux à applaudir Navin Ramgoolam.
Pour le leader du PTr, l?équation se résume à un seul paramètre : les gains politiques. La parole donnée par l?Etat à l?Union européenne (UE), la cohésion du gouvernement et le sort de milliers de Mauriciens qui dépendent de l?industrie sucrière ne comptent donc pas beaucoup pour lui ? Manifestement, il n?a pas bien mesuré les conséquences économiques de sa tactique politicienne.
L?UE montre son exaspération après avoir été «flexible so far in postponing the evaluation of indicators». Elle a fait savoir que des fonds promis seront «decommitted» si le calendrier de la réforme n?est pas respecté. Les dirigeants ne bronchent pas. Dans le plan P, la clientèle électorale pèse plus lourd que les euros.
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