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L?honneur des gazettes
● <B> Vous venez d?être élu à la tête de l?Association des journalistes mauriciens et c?est un peu une surprise dans la mesure où le président sortant M. Henri Marimootoo a décidé assez tardivement de ne pas se présenter à la présidence??</B>
Henri Marimootoo s?est désisté à la dernière minute. En fait, je crois que quand un journaliste lui a posé une question sur les bourses allouées, prétendant qu?il y avait eu des magouilles, Henri n?a pas accepté cela. Surtout que celui qui avait soulevé la question faisait partie du comité de sélection des bourses. Pour en revenir à l?élection, de l?association il y a eu des élections et j?ai été élu haut la main comme président. Henri voulait être candidat d?abord et ensuite voir si les journalistes allaient voter pour lui pour la présidence. Mais comme je vous le disais, il s?est désisté à la dernière minute. Moi j?avais souhaité qu?il soit candidat ne serait-ce que pour être sur le comité, même s?il n?est pas président.
● <B>Vous en avez discuté avec lui ?</B>
Oui. Il m?a expliqué que, comme le journaliste qui le mettait en question sur l?affaire des bourses allouées était aussi candidat, il ne voulait pas l?être. Finalement ce journaliste qui l?avait « questioned » a été battu et ne fais pas partie du comité.
Finalement je vous écoute et je me dis : Nous journalistes, écrivons des articles sur les tractations qui se passent dans des organisations, mais finalement nous faisons la même chose dans nos organisations ?
Nous faisons la même chose? Le même schéma, les guerres de pouvoirs? Des problèmes internes? Aucune solidarité?
● <B>Est-ce nécessaire pour un corps de métier d?être solidaire en tant que tel, sans voir la valeur intrinsèque de chaque individu ?</B>
Oui, il faut être solidaire et dépasser ce clivage des guerres intestines et penser d?abord au corps de métier que nous défendons. Nous ne sommes pas des chiffonniers. Nous ne sommes assujettis à personne.
● <B>La grande confusion, depuis 30 ans, vient du fait que l?on a confondu une association de journalistes d?une association de journaux?</B>
Exactement. Mais depuis quelques mois, vient de prendre naissance l?association des patrons de presse. Et c?est une bonne chose que ce soit complètement à part d?une association de journaliste. Les patrons s?occupent de leur entreprise, tandis que nous nous occupons des journalistes, de leur formation notamment. Par exemple prendre position dans des événements touchant à la presse, comme en ce moment sur l?arrestation de nos confrères. Quand je prends position, c?est par rapport au métier de journaliste pas en tant que journaliste du « Défi Média Group ». C?est important. Mais ce qui est sûr c?est que nous aurons à travailler avec l?association des patrons de presse. Concernant nos conditions de travail par exemple.
● <B>Etes vous un syndicat ?</B>
Non. Nous sommes une association. Pour défendre et protéger les intérêts de ses membres. Et nos membres sont des journalistes. Nous les défendons contre l?exploitation, et Dieu sait s?il y en a dans les journaux. Par exemple, je trouve inacceptable qu?un groupe de presse se contente de payer comme salaires à ses journalistes ce qui est recommandé par le N.R.B. Cet organisme donne le salaire minimum. Par exemple un stagiaire qui a son HSC et qui est à l?université touchant Rs 6,000 par mois c?est inacceptable. J?ai une stagiaire chez moi en ce moment qui abat un travail considérable et qui touche Rs 6,000. Ce n?est pas normal. Il va falloir avoir des discussions avec les patrons.
● <B>Membre de l?AJM vous allez protester contre les conditions d?emploi dans Le «Défi Média Group» où vous travaillez?Tout cela ne risque pas d?être un peu compliqué ?</B>
Nous allons discuter avec tous les patrons de presse y compris le mien, qui est lui aussi membre de l?association. Et je crois que c?est un homme qui a l?esprit ouvert. Il va falloir que l?on trouve un consensus. Ce n?est pas possible que l?on paye un journaliste comme un ouvrier de la Zone Franche. Nous ne sommes pas des salariés qui travaillent de 9 heures à 4 heures. Nous travaillons 24 heures sur 24, car on est journaliste tout le temps. Et en plus nous ne touchons pas d?overtime. Les patrons, je ne dis pas tous, mais certains ne prennent pas cela en considération. Notre commitment à ce métier n?est pas toujours reconnu, selon moi. Nous avons des salaires d?ouvriers de Zone Franche, mais sans heures supplémentaires.
● <B>Le journalisme reste un métier mal payé pour vous ?</B>
Oui je le pense. Je ne parle pas des seniors qui ont beaucoup d?expérience et qui sont reconnus. J?aimerais que ceux qui rentrent dans le métier reçoivent un minimum de salaire de Rs 15,000. Quand on est jeune on travaille beaucoup. Les anciens, paradoxalement travaillent moins. Ils ont beaucoup de contact, ils téléphonent ; tandis que les nouveaux sont sur le terrain matin et soir. Ils mettent beaucoup d?ardeur au travail.
● <B>Comment êtes vous arrivé au métier de journaliste ?</B>
J?ai commencé comme secrétaire de rédaction pendant quelques années au Sun avec Subash Gobine. Puis j?ai commencé à collaborer dans certaines rubriques. Mais je demandais souvent à Subash de descendre dans la rédaction. Un jour il m?a dit que c?était mon tour. Mon premier assignment a été de couvrir les travaux parlementaires. Ce n?était vraiment pas évident. Je suis resté au Sun pendant un long moment et je suis ensuite parti à 5-Plus ou je suis resté pendant dix ans. J?ai eu une très bonne formation à 5-plus avec Finlay Salesse. Si je suis ce que je suis, c?est un peu grâce à lui. Il m?a montré qu?il fallait être fonceur. Ne jamais arrondir les angles. Appeler un chat un chat. Les choses doivent être noires ou blanches. Pas gris. Et puis cette volonté d?avoir une grande gueule au niveau de l?écriture. Et dire les choses comme elles sont.
● <B>A ceux qui pensent que le niveau général de la presse a baissé que répondez-vous ? </B>
Il y avait une époque ou les jeunes qui entraient dans les rédactions avec leur HSC avaient un certain bagage et écrivaient correctement le français. Ceux qui arrivent aujourd?hui ne peuvent pas aligner deux ou trois lignes sans faire des fautes élémentaires. Et le plus inquiétant c?est que ce sont des personnes qui ont eu un A en français aux examens du HSC. Je me demande comment ils ont fait pour avoir un A alors qu?ils ont un niveau de Forme IV. Quand je vois le niveau des textes qui arrivent sur ma table, je suis estomaqué. On croit lire un texte d?élèves au début du secondaire. Un jour j?ai posé la question à Rookaya Kasenally de l?université de Maurice en lui disant : Mais qu?est-ce que c?est ces élèves qu?on nous envoie ? Elle m?a dit : Moi je m?occupe du contenu des cours et non pas de la grammaire et de la syntaxe. Elle m?a même ajouté que si elle s?arrêtait aux fautes elle n?en finirait plus. Nous avons des jeunes qui sortent de l?université de Maurice et qui ne sont pas capables d?aligner cinq lignes sans commettre des fautes. Et quand vous me dites que le niveau des journaux baisse, je le comprends. Nous avons un gros problème avec notre système d?éducation. Ils apprennent par c?ur. Il y avait une jeune journaliste qui travaillait chez nous qui malgré ses très bons résultats en français obtenus à l?école, faisait beaucoup de fautes. J?ai essayé de savoir comment elle avait fait pour avoir de si bons résultats. Tout simplement elle apprenait par c?ur tous ces textes de littérature française ! Elle apprenait des textes de composition par c?ur. Sans même comprendre. Et elle a eu un A? Cela fait une dizaine d?années que dure ce nivellement par le bas?
● <B>Qu?une institution qui a de l?influence comme la presse soit sur une telle pente descendante, selon vous, n?est pas un sujet de préoccupation pour votre association ?</B>
Bien sûr que je suis inquiet. Mais je vais vous dire une chose. Nous avons encore un peu de pouvoir en raison de la présence de nos anciens dans les rédactions. Ce sont eux qui donnent encore un bon niveau aux journaux. Quand ils s?en iront ce sera quelque chose d?inquiétant. Si ceux qui arrivent dans ce métier continuent à être de ce niveau, il faut vraiment craindre le pire. J?ai peur de notre crédibilité. Vous savez quand je vois ce qu?ils écrivent, cela manque de rigueur, c?est d?une légèreté, cela manque de professionnalisme. Il n?y a pas de ground work, d?enquête, de méthode. Moi je vais vous dire une chose qui me choque profondément. Il y a de ceux qui ne lisent même pas les journaux. Leurs propres journaux quelques fois. C?est impressionnant. J?ai eu des journalistes qui me proposent des sujets de reportage qui sont passés dans un autre journal deux jours auparavant ! Ils ne l?avaient même pas vu. Où va-t-on ? Je demande aux jeunes de venir une heure avant le briefing. Justement pour lire les journaux et utiliser l?internet. Ils viennent, mais ne lisent rien et l?internet pour eux, c?est chatter avec les copines et les copains. C?est incroyable. Tout est gratuit. L?information est gratuite, ils n?ont qu?à s?en servir. Ils ne sont au courant de rien. Quand je pense que quand on a commencé, nous, on allait faire des reportages par bus.
● <B>Ce constat est alarmant à plus d?un titre. Pour l?éducation, c?est certain, mais il veut aussi dire que le « Media trust », organisme destiné à la formation des journalistes a échoué?</B>
L?école est en grande partie responsable de cet état des choses. Elle n?éveille pas la curiosité. Les jeunes n?ont aucune curiosité. Je dis souvent à mon fils : écoute les radios que ce soit MBC ou les radios privées essaie d?apprendre des choses?
● <B>Vous pensez que l?on peut s?instruire en écoutant les radios mauriciennes privées et publiques ?</B>
Je pense qu?au niveau de l?information pure oui. Mais là aussi il y a des efforts énormes à faire. Je parlais de fautes, là aussi c?est pareil. C?est affreux pour l?oreille. L?autre jour sur une radio j?ai entendu un journaliste qui parlait de File ou Face il ne savait pas qu?on disait Pile ou Face. Là aussi il faut de la formation. Pour en revenir à votre question le Media trust a fait beaucoup de formation. Moi-même j?ai profité de cette formation. C?est à travers le Media Trust que j?ai pu faire un stage au journal Sud Ouest en France. Pour tout vous dire je pense que pendant deux ans et demi, la paralysie du Media Trust a causé beaucoup de mal. Il y a eu quelques séances de formation et cela grâce à la bonne volonté de quelques institutions internationales. Le Media Trust a été paralysé en raison de la non nomination d?un président. Je dis que le premier ministre aurait dû jouer son rôle et nommer le président du Media Trust. Quelles que soient ses relations avec la presse, c?est son problème. Mais le Media Trust est un organisme qui a été créé par le parlement. S?il veut vraiment que l?on ait une presse de qualité il faut une formation. Et l?on ne peut pas compter sur l?université et son diplôme de Mass Communication. C?est de la théorie, ce n?est rien. En revanche, les formations du Media Trust permettaient aux professionnels du monde entier de venir ici et de former nos journalistes. Et puis ces mêmes journalistes avaient aussi l?occasion de partir à l?étranger. De voir ailleurs, de savoir ce qui se passe ailleurs. De prendre conscience que nous ne sommes pas le nombril du monde. Je me demande pourquoi le Premier ministre ne nomme pas un président pour le Media Trust. En tout cas nous, au niveau de l?AJM on va demander une réunion avec le Premier ministre pour essayer de savoir pourquoi il ne procède pas à cette nomination. Si après cette rencontre, il ne veut toujours pas faire cette nomination, alors nous irons devant un tribunal pour qu?il vienne s?expliquer pourquoi il ne veut pas nommer un président à un organisme qui est une émanation de l?Assemblée nationale. Il nous pousse vers la confrontation. Au début de la semaine prochaine, nous demanderons à le rencontrer et nous agirons en conséquence.
● <B> Les hommes politiques, le milieu des affaires, celui des intellectuels posent souvent la question de savoir si la presse a toujours cette crédibilité qu?elle dit avoir. Que répondez-vous à cela ?</B>
On va dire qu?il y a des brebis galeuses parmi nous. Les brebis galeuses on en trouve dans tous les métiers. Mais il ne faut pas généraliser. Prenons l?exemple des événements récents des journalistes qui ont été arrêtés. J?ai l?intime conviction que certains au bureau du Premier ministre qui ont voulu régler des comptes à certains journalistes sur le plan personnel. Malheureusement en réglant des comptes personnels, ces conseillers ont fait un amalgame dangereux. Ce qui a attiré toute la presse autour de cet incident. Nous avons des gens responsables, réfléchis, au sein de la presse qui ont toujours l?esprit dans ce qu?ils écrivent, le code d?éthique. Si on a des informations crédibles, il faut les sortir? Et il faut protéger ses sources.
● <B>Il y a quelques jours sur une radio, un des journalistes arrêtés pour diffusion de fausses nouvelles, divulguait à l?antenne sa source en affirmant qu?il s?agissait d?un «senior minister». C?est un peu le contraire de ce que vous dites sur la protection des sources?</B>
Je pense qu?il a voulu montrer la viabilité de son information? Il l?a fait spontanément, sans réfléchir sans rentrer au fond du problème. Je connais bien ce journaliste, je ne le vois pas aller dire sa source devant un tribunal.
«Il y avait une époque ou les jeunes qui entraient dans les rédactions avec leur HSC avaient un certain bagage et écrivaient correctement le français. Ceux qui arrivent aujourd?hui ne peuvent pas aligner deux ou trois lignes sans faire des fautes élémentaires.»
● <B>Il n?aura pas besoin de le faire, c?est déjà fait, non ?</B>
Vous avez parfaitement raison. Mais je pense qu?il voulait attester du sérieux de son information et lui donner du poids vu que cela venait d?un senior minister.
● <B>Si tant est que l?information venant d?un ministre ait forcément du poids?</B>
Peut-être? Moi je préfère ne pas avoir ce genre de sources.
Le journalisme est un des seuls corps de métier à ne pas posseder d?organisme régulateur. La question concernant la mise sur pied d?un Press Council est depuis très longtemps débattue, mais rien ne sort des discussions. Impossible d?arriver à un consensus ?
Je suis de ceux qui pensent que nous devrions arriver à une auto-régulation. Mais le problème est que l?on n?arrive pas à avoir un terrain d?entente entre les différents groupes de presse. Il y en a qui sont contre un Press Council. Moi je pense que si les médecins, les avocats, les ingénieurs, les architectes ont un organisme de contrôle ,qui sommes nous pour ne pas en avoir? J?estime que ce serait bien que les sages de la presse se mettaient ensemble pour essayer de mettre tout cela en place. Ce conseil doit se faire par nous et non imposé par le gouvernement. Mais je suis heureux de voir que de plus en plus les journaux se responsabilisent avec la mise en place des codes d?éthique. Mais il nous faut travailler sur ce Press Council.
● <B>Il y a aussi, en dehors du chap politique, l?éternelle question de l?indépendance de la presse notamment à l?égard des puissances de l?argent, des annonceurs?</B>
Je prends l?exemple du Défi media group. Même si nous avons comme partenaires minoritaires le groupe British American, cela ne nous empêche pas de parler comme on veut. C?est nous qui avons sorti les plus grosses nouvelles sur la BAI. Et sans aucune crainte. Personne n?a appelé de la BAI pour dire faites attention pour la prochaine fois. Nous ne couvrons plus les activités de la BAI que celles d?une autre boîte. Et la BAI ne nous donne pas non plus automatiquement de la pub. Pour vous dire qu?on peut dépendre de ses annonceurs sans pour autant de venir des paillassons. Et je suis sûr que dans tous les groupes c?est pareil.
● <B>Où en est l?affaire de l?arrestation des trois journalistes qui après avoir fait la Une semble se tasser?</B>
Moi je reviens à ce que je vous disais, il s?agit d?un règlement de compte entre des conseillers au bureau du PM et de certains journalistes. Et je sais que cela a embarrassé lourdement Navin Ramgoolam. Et je sais aussi, selon mes sources, qu?il n?y aurait pas dû avoir des arrestations. Il était prévu juste de prendre une déclaration des journalistes. Le Premier ministre, selon mes sources, aurait dit qu?il se serait bien passé de cet incident.
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