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Là où on ne l?attend pas

28 novembre 2007, 00:00

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D?où ses prises de position récentes par rapport à l?industrie sucrière et à la question énergétique. «Je n?aurais pas été un bon humain si je ne faisais rien. Ayant moi même côtoyé la misère durant mon enfance, je ne peux être complice d?une société où d?un côté, une poignée de personnes vivent bien et de l?autre, une majorité a du mal à joindre les deux bouts». C?est en ces termes que Somduth Dulthumun, le président de la MSDTF explique aussi sa décision de constituer le Front Commun National regroupant 26 associations socioculturelles et religieuses devant animer des réunions de soutien aux demandes du gouvernement à l?industrie sucrière. Réclamations tournant autour de l?obtention de 2 000 arpents de terres, de même qu?autour d?une renégociation du contrat sur la production énergétique.

La misère, ce natif de Poudre-d?Or-Hamlet, né d?une famille de 11 enfants, l?a connue. Son père est sirdar sur la sucrerie de Mon-Loisir et cultive aussi la canne sur trois arpents de terre. Sa mère élève ses nombreux enfants et nourrit des vaches. Somduth Dulthumun n?oubliera jamais qu?à l?école primaire, il fut la risée de ses petits camarades en raison d?un uniforme fait maison, faute de moyens de recourir au tailleur.

C?est au Grammar School et au Port-Louis High School qu?il poursuit son éducation secondaire jusqu?à la Form V. Il ne peut malheureusement pas aller au-delà en raison de l?incapacité familiale à payer ses frais de scolarité. Son premier emploi est comme gangman au conseil de district du nord. Emploi qui lui rapporte un salaire de Rs 100. Pour Rs 25. de plus, il se laisse débaucher un an plus tard par le Shanti Niketan College où il enseigne l?anglais et la littérature en Forms I et II.

Mais comme les salaires ne sont versés que par à coups, Somduth Dulthumum cherche ailleurs, notamment dans la fonction publique où il est embauché comme Valuation Assistant au ministère des Administrations régionales. Il y reste 38 ans, et avant de se retirer en mars dernier en tant que Chief Valuation Technician, il contrôle un personnel de 200. Passionné par la photographie, il collabore à la rédaction sportive de l?express pendant plusieurs années.

«S?il est vrai que nous sommes là pour collaborer avec le gouver_ nement du jour, quel qu?il soit, cela ne veut pas dire que nous devons plaire aux politiciens au pouvoir. Nous n?allons pas déclarer la guerre au gouvernement du jour.»

Son engagement social remonte au début de son entrée dans la vie active. Vu que les jeunes de Poudre-d?Or-Hamlet n?ont pas d?activités, il fonde le Young Boys? Club. Et, comme il croit dans les valeurs de l?hindouisme qui, précise-t-il sont des valeurs humaines, après ça, il fonde le Hindutva Movement qui offre des bourses aux enfants qui ont eu d?excellents résultats en hindi au Certificate of Primary Education, de même qu?aux élèves brillants du secondaire qui n?ont pas la possibilité de poursuivre des études supérieures. Grâce à ses contacts, il leur obtient des bourses auprès d?universités indiennes. Il préside encore le conseil d?administration du Hindutva Movement. C?est sur l?insistance du président du Nageshwarnath Mandhir dont il est membre qu?il se présente comme candidat à l?exécutif de la MSDTF. Il est élu en 1989 et assume les fonctions de président depuis l?an 2000.

En sus d?organiser toutes les fêtes religieuses hindoues, la MSDTF redistribue la plus grosse part de la subvention gouvernementale qu?elle reçoit mensuellement de l?Etat, soit Rs 1.2 million, aux 270 mandirs qui lui sont affiliés. «Le gouvernement recommande que 80 % de la subvention revienne aux mandirs. Je n?ai pas attendu qu?on me le dise pour le faire. Avant que je prenne la présidence de la MSDTF, le comité partageait 50 % des subventions reçues. Moi, j?ai augmenté ces subventions à quatre reprises et aujourd?hui, elles représentent 85 % de la somme que nous recevons mensuellement de l?Etat.»

Par sa façon de faire, Somduth Dulthumun a essuyé de nombreuses critiques et s?est également attiré des ennemis. Il faut dire qu?il a souvent pris ses coreligionnaires à contre-pied. Considérant que son rôle ne doit pas s?arrêter qu?à la religion, il profite d?une célébration de Ganga Asnan pour mettre en garde l?assistance contre «les ravages de l?alcoolisme qui sévit chez les hindous et brise tant de familles». Il récidive au cours d?une autre de ses sorties publiques, osant dire cette fois que le VIH/SIDA n?affecte pas qu?une seule communauté mais toutes et qu?il faut s?en protéger.

Lorsqu?il décide de professionnaliser les cours que la MSDTF offre aux futurs pandits en proposant une formation calquée sur celles des universités indiennes et qu?une douzaine de femmes se montrent intéressées à devenir panditas, il les encourage. Au grand dam des orthodoxes. «Il y a un millier d?années de cela, il y avait en Inde des maitriyee et des garghee, des femmes religieuses qui officiaient. Je crois personnellement que les femmes peuvent faire aussi bien, sinon mieux que les hommes.»

Sous une de ses présidences, Somduth Dulthumun a connu une révolution de palais, étant contesté notamment par Jugdutt Rampersad, président du Hindu Sewa Sang de Poste de Flacq. Celui-ci a été suspendu durant six mois avant d?être réintégré à la suite d?un jugement de la Cour. Jugdutt Rampersad qui a présidé la MSDTF entre 2004 et 2005, poursuit l?actuel président de la MSDTF et veut des explications à propos de reçus délivrés pour une somme de Rs 325 000 à des personnes ayant fait une donation au mandir de Mongoût.

Somduth Dulthumun a son explication. Il déclare qu?avant que le ministre des Finances n?abroge les exemptions pour les dons aux institutions charitables, la MSDTF, sous la houlette de son prédécesseur, en l?occurrence Khemlall Rampersad, «avait l?habitude de délivrer des reçus pour les donations à ce mandir en construction. Lorsque la secrétaire m?a téléphoné pour me dire qu?il y avait des personnes ayant fait des donations qui avaient besoin de reçus pour réclamer une exemption d?impôts, je lui ai demandé quelle était la procédure habituelle. Elle m?a dit que c?était une pratique courante. Comme nous sommes l?organisation mère et que ce mandir nous est affilié, j?ai dit oui, sans même savoir combien de contributeurs il y avait. C?est après que j?ai su qu?ils étaient 19. Lorsqu?il y a eu des critiques, j?ai recherché l?aval de mon comité de direction et il a approuvé. J?ai aussi soulevé la question à l?assemblée générale des délégués qui a également approuvé à l?unanimité. C?est de cette façon que nous avons émis des reçus pour Rs 325 000. Cet argent n?est jamais passé par la fédération. Pour moi, du moment que mon comité et l?assemblée générale ont approuvé sans objection, tout est clair».

Ses détracteurs allèguent qu?il profite des facilités hors-taxe dont jouit la fédération pour faire des affaires en Inde. Somduth Dulthumum nie et réplique qu?il utilise ces facilités hors-taxes non pas pour ses besoins personnels mais pour importer des murthis (statuettes religieuses), de même que des ustensiles de cuisine et des amplificateurs - objets sans valeur commerciale ? pour le compte des mandirs. Objets que les responsables de mandirs auraient payé au triple du prix s?ils les achetaient à Maurice. «J?étais révolté par les profits exorbitants faits par certains importateurs. J?ai décidé de casser les monopoles».

Il lui est également reproché de faire des misères aux mandirs qui ne seraient pas d?accord avec sa gestion. Là encore, Somduth Dulthumun réfute. Il reconnaît que deux mandirs ont été sanctionnés par le comité de direction de la MSDTF. Pour la première qui avait notamment fait une représentation publique pour l?obtention du gouvernement de deux heures de suspension du travail pour la prière, cette décision, dit-il, a été prise par le comité de direction précédent au sein duquel il n?était qu?un simple membre.

Le second mandir concerné est à Grand Bassin et appartient à la MSDTF. «A l?époque, il y avait une révolution de palais à la MSDTF et j?avais été destitué comme président. Le comité de direction d?alors a décidé de verser des subventions à une société pour la gestion du mandir. Moi, j?estime que nous ne pouvons verser de subventions à un mandir qui nous appartient. Je trouve plus simple de rétribuer un pandit et de payer pour l?entretien du mandir. C?est pour cela que ses subventions ont été coupées».

Son initiative de constituer le Front Commun National ressemble à une démarche politique. Un avis que partage Jugdutt Rampersad qui trouve qu?ainsi, la MSDTF agit comme «un agent du gouvernement. Ce qui est anormal». Opinion que ne partage cependant point le principal intéressé. «S?il est vrai que nous sommes là pour collaborer avec le gouvernement du jour, quel qu?il soit, cela ne veut pas dire que nous devons plaire aux politiciens au pouvoir. Nous n?allons pas déclarer la guerre au gouvernement du jour. Ma démarche, je vous l?assure, n?a rien de politique, ni de communale. Je trouve que la demande gouvernementale à propos des terres est justifiée. Ces terres ne seront pas offertes à une communauté, ni à la MSDTF. Elle servira aux petites gens. L?industrie sucrière est un partenaire majeur et a une responsabilité envers le peuple. Pour tous les profits que cette industrie a réalisés à travers des décennies en raison d?un accord négocié pour elle par le gouvernement et en fonction des importantes sommes d?argent qui ont été engrangées et qui n?ont pas été taxées, je trouve cela juste et logique que ces 2000 arpents de terres marginales soient données».

Tout comme ce sexagénaire estime juste de renégocier le contrat énergétique avec les Independant Power Producers afin de baisser la facture des consommateurs qu?il trouve «trop salée». «On ne peut s?occuper que de religion. Nous devons aussi penser en terme d?émancipation sociale? »

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