Publicité
Sortir de la bulle
Fouler le plancher des vaches. Avec ses planches sous le bras. Des bédéistes à la pelle de Maurice et de la région, des caricaturistes de la presse réunit au Caudan Waterfront pour le festival de la bande dessinée vendredi et samedi.
« Ce qui manque c?est un intermédiaire entre le dessinateur et son public. On attend trop des dessinateurs, on croit qu?ils doivent tout faire eux-mêmes.» Constat de Laval Ng, sans doute le dessinateur le plus connu, parce qu?il a percé. Que son coup de crayon a séduit la maison Glénat. Lui valant pour le coup d?aller faire plusieurs Balades au bout du monde. Sauf que pour le lecteur moyen, cela équivaut pratiquement à aller se faire voir chez les Grecs. Car combien d?entre nous ont pu se permettre le luxe de lire les albums scénarisés par Pierre Makyo et dessinés par Laval Ng ? Et voilà, on en revient toujours là. Money. A la question du prix. Car à moins d?être abonné à une médiathèque bien achalandée, les albums, il faut bien les acheter. A Maurice, les BD sont importées. La faute aussi ? mais c?est un autre débat ? à l?absence quasi-totale de production locale. A moins de Rs 200 ? Rs 250, impossible de se procurer le moindre Tintin, la plus petite blague signée Titeuf. Pour moins cher, restent les mangas. Mais là encore on est loin du compte. Loin de ce Japon où le manga est ancré dans le quotidien, où il est lu dans le bus ou dans les cours de récré. Où il fait partie de la culture.Sous notre soleil à nous, le levant se situe désormais côté A+. Et pourtant combien de petits garçons et petites filles détestant la lecture, totalement rebutés par les pages imprimées, en sont venus à lire des livres par le biais de la BD. Exemple tout bête ( et qui ne nous rajeunit pas ), ces jeunes lecteurs qui sont tombés en arrêt devant un «Club des cinq» signé Enid Blyton. Pourquoi ? Tout simplement parce que la moitié du livre était une bande dessinée et l?autre de l?imprimé. Combien se sont jetés comme des perdus sur la partie BD d?abord ? Attirés par l?image, passerelle vers l?écrit. Alors pourquoi est-ce que les BD sont presque totalement absentes des bibliothèques scolaires ? Alors que ce médium ? tout art qu?il est peut devenir un outil tout ce qu?il y a de plus scientifique pour l?alphabétisation. Pour cultiver ce goût de la lecture dont on ne cesse de pleurer la mort lente.
Question lancinante qui nous ramène à nos attitudes. A nos mentalités. Car qui ne connaît pas au moins un parent qui pense que pour réussir, son enfant doit lire. Certes. Mais des lectures sérieuses. Style dictionnaire et manuel scolaire. Parent qui pense que tout ce ne tombe pas dans cette catégorie est perte de temps. Que la lecture plaisir et le plus sûr moyen de rater un A+. Qui va jusqu?à réprimandé un enfant attrapé en train de lire une BD. En lui conseillant fortement de prendre garde qu?on le reprenne à ce type de lecture. Il n?existe alors plus que deux voies possibles : ceux qui sont effectivement découragés, et ceux ? nous ne pouvons espérer que nous sommes les plus nombreux (!!!) qui liront en cachette. Car pour tout mal en point qu?elle est, la BD a un espace d?expression non négligeable dans les journaux locaux. L?occasion pour nous d?accueillir l?initiative du présent festival d?ouvrir sa plateforme aux caricaturistes de la presse. Preuve que le dessin est passé du mode décoratif pour être une opinion, une prise de position. L?équivalent d?un éditorial. A charge pour ces dessinateurs de ? il n?est pas interdit d?extrapoler ? de devenir des locomotives qui tireront la BD locale vers le haut.
Publicité
Publicité
Les plus récents