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Le cinéma de Stina
L?envie d?échapper à la réalité. L?envie de chercher une nouvelle dimension. «Sans que cela fasse prétentieux.» Un besoin de s?évader. Alimenté par des films.
Chez Stina Becherel, entre ses mots qui se cherchent, au creux du flot qu?il ne faut pas interrompre au risque de le voir se tarir, on sent surtout la nécessité de plus en plus fréquente de se réfugier dans une bulle. De faire reculer le bruit au dehors.
Alors, «j?allume la télé», explique Stina Becherel, peintre d?origine suédoise arrivée à Maurice dans les années 60. Et voilà l?inspiration qui s?en vient. Tiens, mais c?est «300», film de Zack Snyder qui retient son attention. Stina est frappée par les fréquentes allusions aux «portes chaudes». D?où la présence d?une porte rouge dans «Caught».
«Caught», justement, s?est être pris et se laisser prendre dans une juxtaposition d?images. Dans l?angle, un requin emprisonné dan un tube. Stina Becherel évoque Abyss. L?absurde à son comble. L?éclatement a priori aussi. Plus loin l??il suit une série d?arches qui s?étire à l?infinie façon grande muraille de Chine.
Même jeu au niveau des couleurs. La fièvre des rouges orangé partage l?espace avec des transparences vert et bleutées. «Avec l?âge, on a l?impression de devenir transparent.» Constat d?une femme qui porte fièrement sa soixantaine d?années. Qui avoue sans faux semblant qu?elle aime bien être vue. Comme nous tous. Humainement.
Pour concilier du bout de ses pinceaux ce paradoxe qui nous tient dans le monde physique pendant que l?esprit veut s?évader dans le monde mystique. Transposé sur papier, les effets de transparences sont de plus en visibles. «Faut pas se prendre au sérieux.» Car Stina «essaye de garder le naturel».
Sortir de l?enfermement
Elle est de celles qui, par exemple, aiment la rouille. Sa couleur, sa texture. L??il de Stina sera attiré par des chantiers où des vieux bateaux rouillent à leur aise. Une préférence parce que «c?est tranquille. On veut un monde de silence». Une sérénité qui lui rappelle le temps où enfant «là-bas en Suède», elle allait jouer près des usines désaffectées.
Sentiment de liberté. Notamment dans «Breaking free». Un arbre dans un fuchsia nucléaire. Un bassin en marbre vert comme rempli de magma. Une femme avec de longs cheveux noirs, à l?expression indescriptible. Des mains enchaînées. Et tout en bas, comme sans raison apparente, une créature mi-homme mi-cheval qui passe, «parce que l?on ne peut pas tout expliquer». Breaking free c?est autant de questions posées. Sur ceux qui s?enferment, qui enferment d?autres. Sur ceux qui ne veulent pas sortir de leur enfermement craignant que sans cette prison, leur vie ne soit vide.
L?univers de Stina lui déborde de détails. «Je deviens de plus en plus microscopique», explique-t-elle. La faute à son diabète, le moment où elle a vu ces dessins qui montrent comment l?insuline va jusqu?au c?ur des cellules. «On a tellement envie d?aller au dehors que parfois, c?est bon de regarder en dedans.» Si le c?ur vous en dit.
Exposition à la galerie du Moulin cassé du jeudi 28 novembre au lundi 3 décembre de 10 heures à 18 heures, excepté le dimanche.
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