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La semaine où tout a basculé

25 novembre 2007, 00:00

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Les relations tendues entre l?État et les sucriers semblent avoir atteint leur point de rupture. Alors que la MSPA avait consenti à faire certaines concessions, notamment celle d?ouvrir 30 % du capital des nouvelles centrales thermiques aux actionnaires désignés de l?État, ce dernier en demande plus, soit 40 %. Ce qui fait tiquer les sucriers qui estiment avoir fait le maximum...

On est le vendredi 16 novembre. Depuis un peu plus d?une semaine, la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) a déposé une nouvelle proposition au Prime Minister?s Office (PMO) pour relancer la réforme sucre. La réponse tombe. Il est demandé à la MSPA de revoir sa copie sur ses propositions sur l?énergie. « Uniquement cela », précise-t-on à la MSPA. Les espoirs sont permis. Le Premier ministre lui-même a envoyé plusieurs signaux montrant qu?une sortie de crise est imminente.

En effet, Navin Ramgoolam a reporté son départ pour l?Ouganda prévu pour mardi. Il a annulé, dans la foulée, sa participation au Commonwealth Business Forum. Tout indique que le Premier ministre s?apprête à convoquer une grande réunion pour avaliser le nouvel accord Etat-Sucriers, avant son départ, jeudi, pour le sommet des chefs d?Etat du Commonwealth. Chez les sucriers, on affiche de l?optimisme. À la délégation de la Commission européenne, on estime qu?on est très près d?un accord. Mais les choses ne vont pas se passer comme chacun l?avait souhaité?

En remettant sa nouvelle proposition sur le volet énergie de la réforme au PMO ce lundi, la MSPA, pense pouvoir conclure rapidement un accord avec l?Etat. Elle propose notamment d?ouvrir jusqu?à 30 % du capital des nouvelles centrales thermiques aux actionnaires désignés par l?Etat. Mais aussi de surseoir à la création de toute nouvelle centrale thermique. Et de laisser au Central Electricity Board le soin de déterminer à quel moment l?implantation d?un nouvel Independent Power Producer (IPP) sera nécessaire. Mais ces propositions ne vont pas s?avérer suffisantes.

Dans l?après-midi et la matinée de mar-di, les milieux proches du Premier ministre dissèquent la proposition de la MSPA. Et certains arrivent à la conclusion que l?offre de la MSPA est au mieux, pas assez ambitieuse, ou au pire carrément insuffisante. Il faut donc en demander plus. C?est dans cet esprit que des premiers contacts officieux se nouent entre des émissaires du PMO et certains propriétaires sucriers.

Étonnamment, des acteurs importants de la réforme sont hors jeu. Arvin Boolell, le ministre de l?Agro-industrie, qui a suivi le dossier de près et négocié avec les sucriers, est au second plan. Rama Sithanen, le ministre des Finances en déplacement à l?étranger, n?est tenu au courrant que de l?essentiel de ce qui est débattu. Chez les représentants des sucriers, Patrick d?Arifat et Jean Li Yuen Fong, respectivement président et directeur de la MSPA ainsi que Cyril Mayer, président du syndicat des Sucres, ne reçoivent aucun écho du PMO.

Une approche plus conciliante

Entre-temps, des émissaires, sans mandat officiel du PMO, sondent quelques importants propriétaires sucriers. Ces entremetteurs donnent même l?impression que certains propriétaires pourraient être favorables à la contre-proposition du gouvernement qui consiste à demander que l?actionnariat des IPP sucriers soient ouvert à 40 %. Le Premier ministre, durant la journée de mercredi, semble toutefois prôner une approche plus conciliante. Le scénario idéal, à ce moment-là, consiste à organiser une réunion formelle, avant son départ de jeudi. Et d?y arrêter les points essentiels d?un nouvel accord qui relance le processus de centralisation.

Cela aurait pu être envisageable. Si seulement tout avait été dit? et compris des deux parties. En effet, l?ouverture de l?actionnariat des centrales thermiques n?est pas du tout comprise de la même manière selon qu?on se trouve dans le camp du gouvernement ou des sucriers. Chez ces derniers, on estime normal de devoir payer pour acquérir une partie de l?actionnariat d?une entreprise. Le Sugar Investment Trust (SIT) et la State Investment Corporation (SIC) ont effectivement, dans le passé, déboursé environ Rs 120 millions pour détenir, à eux deux, 22 % du capital de la Centrale thermique de Belle-Vue (CTBV).

Mais au PMO, on ne regarde pas les choses ainsi. On rétorque que les promoteurs des centrales bénéficient d?un régime spécial leur assurant des prix de vente stables et très compétitifs. Ce qui leur a permis d?enregistrer des bénéfices considérables. L?Etat n?aura donc pas à payer pour prendre une partie de l?actionnariat des centrales. On propose d?ailleurs d?en prendre 40 %. « C?est du bolchevisme? une nationalisation déguisée », s?insurge-t-on chez d?importants propriétaires usiniers. En expliquant qu?il serait impossible, en tenant compte de ces ratios, de mettre en ?uvre une structure d?actionnariat réaliste.

Bons sens et patriotisme finiront par prévaloir...

Pour la CTBV, par exemple, le promoteur détient 51 % des parts, alors que le duo SIT-SIC en conserve 22 %, et le partenaire stratégique 27 %. Ainsi, pour l?industrie, la seule formule de participation envisageable serait celle où les partis désignés par le gouvernement détiendraient entre 30 % à 22,5% ? contre paiement, on le précise des centrales dépendant des financements et des structures nécessaires.

« Nous sommes arrivés à l?étape ultime. Il n?est pas souhaitable que l?une ou l?autre partie s?engage dans de la surenchère en ce moment », s?inquiète Patrick d?Arifat. Qui confirme que les sucriers ne peuvent plus faire de « concessions importantes par rapport à l?actionnariat et l?énergie ». Mais il admet toutefois que lors d?une rencontre officielle avec le Premier ministre, dans les jours à venir, « certaines choses pourront toujours être retouchées ».

C?est avec le retour du Premier ministre au pays demain que les deux camps, qui paraissent plus que jamais irréconciliables, pourraient se rapprocher. Les plus optimistes pensent que le bon sens et le patriotisme finiront par prévaloir et forcer un accord d?ici la mi-décembre. « Le test, c?est de démontrer que d?ici le 15 décembre, nous pouvons avoir un accord et déclencher la réforme. C?est très important, notamment vis-à-vis de l?Union européenne », pense Patrick d?Arifat. Dès la fin de cette semaine, on saura si le Premier ministre partage son avis.

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