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La bonne attitude

24 novembre 2007, 00:00

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Anu Samputh approche de la trentaine et a beau dire que depuis qu?elle a accouché de son fils Shaun il y a six mois, elle n?a pas perdu son ventre, elle nous apparaît aussi fine qu?une liane et aussi jeune qu?une adolescente. Pour être dans le vent, elle l?est mais pas de façon tapageuse. La tunique en polyester à ramages qu?elle porte et qui est en vogue, sort de son atelier de confection. Ses ballerines bronze sont très tendance de même que les mèches couleur de blé qu?elle a fait mettre dans ses cheveux à hauteur de la nuque. Et elle ne ment pas lorsqu?elle dit qu?il ne faut pas la forcer pour qu?elle se raconte.

Il n?est guère surprenant qu?elle ait choisi le métier de styliste car il s?agit du métier de son père Mahadeo, ressortissant indien originaire de Mumbhai. En fait, c?est par hasard qu?Anu est née à Maurice car sa mère, Maljul, est aussi Indienne et les trois s?urs aînées de la jeune fille sont nées dans la Grande Péninsule. C?est en venant travailler pour une usine de textile que Mahadeo Singh et sa famille déposent leurs bagages à Maurice. L?escale s?est prolongée indéfiniment et Mahadeo Singh a ouvert son usine, la MG Garments, qui ne fabriquait que des pantalons en denim et en gabardine. Il s?est ensuite associé à un Britannique pour la fabrication pour l?exportation de vêtements de la marque George, renommant pour l?occasion son usine GM Industries.

Depuis qu?elle est toute petite, Anu entend non seulement son père parler chiffon mais lorsque l?usine déborde de commandes, il lui arrive d?emmener des emballages à la maison et de demander à sa fille d?y apposer des étiquettes. Celle-ci ne se fait pas prier, trouvant cela amusant. Tout comme elle tire énormément de plaisir à mettre une table devant la porte de sa voisine et vendre les vêtements qui lui ont été offerts et qu?elle n?aime pas. «L?argent que je récoltais, je le donnais à ma bonne», raconte Anu.

Son père, qui a une idée précise sur l?éducation des filles, est strict sur ses sorties. Avec recul, Anu déclare ne pas regretter cette éducation. «Je ne le regrette pas car autrement, je me serais retrouvée avec 10 000 piercings et des mèches multicolores dans les cheveux car j?aime tout ce qui est mode.»

Contrairement à ses s?urs qui sont plus portées pour l?économie et la comptabilité, Anu se voit davantage se spécialisant dans une filière artistique. «De plus, je voulais me faire un nom à moi et ne pas être la fille de M. Singh.» Et bien qu?elle ait pris comme matières principales d?études en Form VI l?économie, la comptabilité et le Food and Nutrition, à la fin de son parcours secondaire au collège de Lorette de Curepipe, Anu hésite entre la décoration intérieure et le stylisme. La première filière a ses préférences mais elle abandonne la partie lorsqu?elle apprend que celle-ci requiert des connaissances solides en mathématique, matière qu?elle déteste. Va donc pour le stylisme et qui plus est au Leeds College en Grande Bretagne où elle obtient son diplôme qu?elle fait suivre par une licence décrochée à l?université de Leeds.

Cette nouvelle vie est pour elle synonyme de liberté, mais contrôlée. «Car j?ai toujours voulu préserver ma réputation de même que celle de mes parents.» Si Anu étudie énormément, elle s?amuse beaucoup également avec ses copines, notamment en cédant à ses impulsions de coloration capillaire. Si elle a de bonnes notes en design, elle excelle cependant dans la présentation de ses portfolios que ses professeurs trouvent très créatifs.

Anu revient à Maurice annuellement durant les vacances et retrouve son petit ami de l?époque, Sharris Sumputh. Il est de trois ans son aîné et passionné par l?animation de nuit puisqu?il a repris la discothèque Xindix. Il est séduit par cette Anu qui a gagné en assurance et en maturité. Si bien que lorsqu?elle repart pour terminer ses études, il l?abreuve de coups de téléphone, faisant fi du fait que ses factures sont par la suite lourdes. Il veut absolument l?épouser et Anu est pour. «Dans ma tête, c?était très clair que ce serait lui et personne d?autre.» Si bien que lorsqu?elle rentre pour de bon au pays en juillet 2004, elle en parle à ses parents. «J?étais impatiente de me marier car quelque part, cela signifiait également une forme de liberté. De toutes les façons, quand je décide quelque chose, je vais de l?avant.»

Elle et Sharris se marient quatre mois plus tard. Leur rêve est d?avoir une maison à Tamarin. Finalement, ils trouvent un terrain de rêve à Petite- Rivière-Noire qu?ils achètent et décident de faire construire leur maison. En attendant, ils en louent une dans la même localité. Au début de leur vie commune, Anu supporte mal les obligations professionnelles de son mari qui amènent celui-ci à aller travailler trois fois la semaine à 22 heures pour ne regagner le domicile conjugal que vers 8 heures le lendemain. «Je me montrais exigeante mais je me suis calmée depuis. Je lui fais confiance.» Sharris a d?ailleurs repris la discothèque Enigma.

«Lorsque je traite avec mon père, j?agis comme n?importe quel autre client. Je l?appelle M. Singh et je le paie pour ses prestations.»

Pour s?occuper, Anu meuble ses intérieurs. Une fois l?exercice terminé, elle fait de la consultation d?image au domicile des personnes intéressées mais le concept n?accroche pas. «A Maurice, on est en retard sur tout. Le relooking n?est pas encore entré dans les m?urs», dit-elle. Lorsqu?elle passe pour la première fois devant le complexe Ruisseau Créole à Rivière-Noire, Anu est sous le charme. C?est là qu?elle entrevoit son futur magasin. Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle prend un local, dessine des modèles de pantalons pour jeunes qu?elle a en tête et fait son père les fabriquer pour elle. «Lorsque je traite avec lui professionnellement, j?agis comme n?importe quel autre client. Je l?appelle M. Singh et je le paie pour ses prestations. Quand nous sommes à la maison, c?est différent.»

Les mises en garde à propos du fait que le Ruisseau Créole soit excentré ne la dérangent pas. Anu lance sa marque Attitude et dont le slogan est «Le modèle d?un style séduisant». Elle ne tarde pas à se faire un nom grâce à son design qui est jeune et sage, à son budget publicitaire mais aussi à sa stratégie de marketing. En effet, en sus de cibler les 15 à 30 ans, elle va toujours créer quelques modèles qui siéront aux plus âgées. «J?essaie de plaire à la clientèle et de lui offrir ce qu?elle veut. C?est ainsi qu?aux pantalons, j?ai ajouté des jupes et des robes. L?idéal est que chacun y trouve son compte.»

La boulimie d?entreprendre

En trois ans, Attitude a fait des petits puisque Anu a ouvert une branche à Port-Louis en face du bâtiment d?Air Mauritius. Mais la jeune femme est découragée par le type de clientèle qui fréquente sa boutique. «Les gens sont à chichi et n?arrêtent pas de marchander. Je compte fermer boutique en janvier et voir si je peux par exemple, prendre un local à Quatre-Bornes.»

Elle et son mari ont repris en location l?étage de Lake Point à Curepipe. Une partie a été transformée en bureaux. Une autre en café-bar, qu?ils ont décorée selon leurs goûts et baptisée Koffeekat. L?affaire qui a ouvert, il y a un mois, connaît un gros succès.

C?est également dans ce complexe qu?elle a aménagé une autre boutique Attitude. Pour faire plaisir à sa clientèle qui ne cesse de réclamer des t-shirts pour aller avec les vêtements qu?elle leur propose déjà, dans un mois, elle mettra des t-shirts de son cru en magasin. Depuis qu?elle est dans la restauration, Anu a moins le temps de s?occuper de ses boutiques, de ses collections et même de son fils. «Dès la fin du festival, je prends des vacances en famille», affirme-t-elle.

Elle a beau se plaindre mais il faut croire que cette vie mouvementée a un côté plaisant puisqu?elle et son mari comptent transformer la patinoire de Lake Point en salle de conférences et de fêtes l?an prochain. C?est ce qu?on appelle avoir la boulimie d?entreprendre?

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