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Une liquidation contestée

19 novembre 2007, 00:00

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La décision de la compagnie usinière de St-Félix de se mettre en liquidation volontaire est toujours contestée. A tel point qu?on craint que d?autres compagnies usinières (qui n?ont rien à faire avec les compagnies qui possèdent les champs de cannes des barons sucriers) n?en fassent de même. Ravin Bholah, Chief Executive Officer du Sugar Investment Trust (SIT), déclare que les autorités doivent tirer la leçon de ce qui s?est passé à St-Félix. Il est allé jusqu?à demander un actionnariat de 25,1 % de la SIT dans ces compagnies usinières pour empêcher la mise en liquidation.

Cette crainte est amplifiée par le fait que bon nombre de ces compagnies usinières ne réalisent pas de profits. De fait, le SIT qui détient 20 % des actions de ces compagnies usinières n?obtient des dividendes que de deux ou trois d?entre elles.

L?opinion que la liquidation de St-Félix n?est pas justifiée est aujourd?hui largement partagée dans les milieux gouvernementaux bien que personne, de la Sugar Authority au ministre, ne veuille faire de déclaration. «J?ai reçu des consignes strictes de mon ministre de ne faire aucune déclaration», nous a lancé un haut responsable de la Sugar Authority.

La colère crescendo

La même politique de bouche cousue est appliquée par la Mauritius Sugar Producers Associaton (MSPA) alors que la compagnie usinière de St-Félix ne répond à certaines questions posées qu?à travers une agence de relations publiques.

La colère continue à monter au sein des représentants des travailleurs et des responsables du SIT qui ne cessent de faire ressortir que la compagnie soeur de St-Félix, la St-Félix Sugar Estates Company Ltd, a bénéficié en termes de Pas géométriques (terres donnant sur la plage) de l?ancien régime et les profits réalisés dans les champs restent énormes.

Si ces travailleurs obtiendront leurs salaires de novembre et de décembre ainsi que leur boni des caisses du SIT, rien n?est sûr en ce qui concerne janvier si des compensations ne sont pas payées.

Les compagnies usinières n?ont pas les mêmes libertés que les autres compagnies quand il s?agit de fermer pour des besoins de centralisation. Une telle fermeture n?est possible qu?avec l?accord du gouvernement, stipule le Sugar Industry Efficiency Act. Les conditions de la fermeture et la compensation des travailleurs sont posées dans le Blue print et doivent être suivies à la lettre.

Et elles ont été respectées par plusieurs usines fermées pour cause de centralisation depuis 1997, dont Constance qui a été la première à appliquer les conditions du Blue print.

En clair, cela veut dire que si une usine A ferme et fait envoyer ses cannes à une usine B pour broyage, l?usine B doit encourir les frais des compensations. Elles comprennent le redéploiement de tous les travailleurs qui le désirent dans l?usine B. Cette dernière doit aussi payer une compensation aux travailleurs qui ne désirent pas être reclassés et qui optent pour une retraite prématurée.

Cette compensation comprend un demi-mois par année de service et un lopin de terre variant entre huit et 16 perches, dépendant de l?ancienneté des travailleurs.

Changement de situation

St-Félix a fermé en 2006 et ses cannes envoyées à St-Aubin, usine faisant partie de la compagnie Société Usinière du Sud. Mais St-Aubin n?a pas compensé les travailleurs jusqu?ici. Pourquoi ? Simplement parce que depuis la dernière fermeture d?usine qui a respecté le Blue print, la situation a changé. La baisse du prix du sucre et des compensations, appelées mesures d?accompagnement, ont été promises par l?Union européenne (UE). Dans ce contexte, le gouvernement a accepté de payer 75 % des compensations, alors que l?usine vers laquelle est dirigée la canne de celle qui ferme ne financera que 25 % de cette compensation.

C?était le scénario qui devait être suivi pour St-Félix mais l?UE n?a pas jusqu?ici décaissé de l?argent en raison de l?absence d?accord entre le gouvernement mauricien et les producteurs, la MSPA en ce qui concerne les modalités de la réforme.

Si rien n?est fait d?ici décembre, la situation des travailleurs risque d?être catastrophique en janvier. Le SIT n?entend pas payer les salaires des employés de St-Félix au-delà de décembre.

LES AVOIRS DE ST-FELIX

Après sa mise en liquidation, on s?interroge sur les avoirs de la compagnie usinière de St-Félix (CUSF), dans laquelle le SIT détient 20 % d?actions. Interrogée à ce sujet, ainsi que sur ses déficits, la direction de St-Félix n?a pas voulu répondre directement et a remis certains détails à une agence de relations publiques. Selon ces renseignements, la compagnie usinière de St-Félix, créée en 1995, a un capital de Rs 48 millions. Le déficit total cumulé est de Rs 146,5 millions. Le capital négatif est de Rs 97,8 millions. Les avoirs «assets» de cette compagnie sont estimés à Rs 72 millions au 31 juillet 2007 alors que les dettes totales, à la même période, étaient de Rs 170 millions. Cependant la CUSF maintient qu?elle ne doit rien à ses employés et que ces derniers obtiendront des compensations selon le «Blue print». Des compensations qui s?élèvent à Rs 125 millions en termes de «cash compensation» en sus des lopins de terres, précise la compagnie. La direction de CUSF a catégoriquement refusé de dévoiler les avoirs de sa compagnie soeur, la «Saint Félix Sugar Estates Company Limited». «Cela n?a rien à faire avec la liquidation de la CUSF», indique-t-on à travers l?agence de relations publiques. Du coup, silence total sur les développements touristiques de St-Félix, de sa carrière de sable - l?unique de Maurice - de ce qu?elle a obtenu en termes de Pas géométriques et de la valorisation de ses terres avec la déviation de la route côtière et la construction d?une nouvelle route.

RAVIN BHOLAH : «LA LIQUIDATION N?EST PAS JUSTIFIEE»

Le «Chief Executive officer» (CEO) du «Sugar Investment Trust» (SIT) est catégorique : la mise en liquidation de la compagnie usinière de St-Félix n?est pas justifiée. «Je remets en cause le ?chairman? de St-Félix de s?être caché derrière des délégués du SIT, de leur avoir remis les documents pour l?assemblée générale la veille au soir et de n?avoir pas informé la direction du SIT de sa décision d?aller en liquidation.» Le CEO du SIT, qui détient 20 % des actions de la CUSF, rappelle aussi qu?il avait objecté à cette fermeture lors de l?assemblée générale parce qu?il estime que St-Félix n?est pas en faillite. «Il ne faut pas prendre St-Félix, la compagnie qui produit du sucre en broyant la canne en isolation de sa compagnie soeur, celle qui possède les terres et qui détient 80 % des actions de l?usine. Cette compagnie est prospère, on comprend qu?il a bénéficié de plusieurs arpents de pas géométriques ainsi que de la déviation et la construction d?une route de Rs 125 millions. Ce qui a énormément valorisé les terres qu?elle possède sur le littoral. Elle s?est lancée dans l?hôtellerie. Dans ce contexte, c?est inadmissible que St-Félix traite ainsi ces travailleurs à l?approche des périodes festives. J?ai dit au responsable qu?il pouvait payer ces employés en vendant seulement un ou deux arpents des terres qu?il possède et qui ont été valorisées sur le littoral. Il n?a pas voulu.» Le CEO du SIT explique aussi que les autorités doivent tirer leçon de ce qu?a fait St-Félix parce que n'importe quelle compagnie usinière peut faire de même demain. «Le SIT n?a que 20 % d?actions dans ces compagnies usinières. Si on avait un minimum 25,1 % d?actions, on aurait pu empêcher la liquidation et sauver les employés. Les compagnies ont besoin d?une majorité de trois quarts pour faire adopter une motion de mise en liquidation volontaire.» Quoi qu?il en soit, la partie ne semble pas terminée. Le SIT n?a aucune obligation de payer ces travailleurs, mais il a pris en considération une telle éventualité pour les salaires de novembre, de décembre et le bonus de fin d?année. Le paiement des salaires mensuels coûtera environ Rs 1,2 million. Qu?adviendra-t-il en janvier si la situation n?est pas encore réglée ? C?est la question qui reste posée?

QUESTIONS A? LALL DEWNATH SYNDICALISTE

D?après vous, les 125 artisans que la Compagnie usinière de St-Félix (CUSF), mise sous liquidation volontaire, ont-ils perdu leur emploi à la suite de la faillite de la CUSF ou de la centralisation ? En d?autres termes, sont-ils éligibles aux compensations que préconise le «Blue print» ?

Ecoutez, il ne faut pas compliquer les choses. Cette affaire est simple. Les 125 artisans sont éligibles à une compensation en argent et en lopins de terre, selon le Blue print. Pourquoi ? Simplement parce que St-Félix a fermé après avoir obtenu l?accord du gouvernement dans le cadre d?une politique de centralisation. La CUSF, c?est-à-dire la Milling Company, avait fait une demande de fermeture en 2005 dans le cadre d?une politique de centralisation parce que le Sugar Industry Efficiency Act ne permet pas à une usine de fermer dans le cadre d?une centralisation sans l?accord du gouvernement.

En octobre 2006, le ministère de l?Agro-industrie donne son accord à St. Félix pour la fermeture de son usine à condition qu?elle respecte le Blue print qui pose des conditions qui doivent être respectées par l?usine qui ferme mais aussi celle qui va recevoir la canne de l?usine fermée. Ces conditions concernent le reclassement des travailleurs qui veulent continuer à travailler, la compensation (argent et terres) et de ceux qui veulent prendre une retraite prématurée à la suite de cette fermeture. Il n?y a pas eu de roulaison à St-Félix en 2006 et 2007.

Aucun artisan n?a opté pour le reclassement dans la compagnie Société usinière du Sud (Suds) comme le préconise la loi ? Pourquoi ? Peuvent-ils, aujourd?hui, demander un tel redéploiement devant la nouvelle situation qui a surgi après la fermeture de la CUSF ?

Personne n?a opté pour le reclassement simplement parce que la canne de CUSF est allée à St-Aubin, l?usine la plus proche et qui fait partie de la SUDS. Or, St-Aubin va, elle, fermer l?année prochaine. La compensation d?une moyenne de Rs 700 000 et un lopin de terre d?environ 12 perches ont pesé plus lourd dans la balance entre la compensation et le reclassement dans une usine qui va fermer. Mais aujourd?hui, nous pouvons aussi demander ce redéploiement devant ce qui s?est passé, c?est-à-dire la mise en liquidation de CUSF. Je dois vous dire que les 125 artisans ont travaillé pendant les deux années que St-Félix n?a pas roulé. Il est faux de dire qu?ils étaient en chômage technique.

Vous ne souscrivez donc pas à l?affirmation de la direction de St-Félix concernant les deux années de salaires payées à ces 125 artisans alors qu?ils étaient en chômage technique ?

Absolument pas car les gens qui croient à la générosité du patronat ne connaissent pas la situation réelle. Ces artisans ont travaillé pendant ces deux années dans des conditions déplorables. Des travailleurs qualifiés, des électriciens, des spécialistes en turbo alternateur etc. se sont retrouvés dans la forêt en train de battre le béton pour la construction d?un domaine.

Je maintiens qu?il est faux de dire que ces gens ne travaillaient pas et j?ai des preuves de ce je dis. Je mets au défi le directeur de St-Félix, Didier Robert, de venir prouver le contraire. Ces artisans ont eu mille et une tâches à accomplir, dont certaines pourraient être qualifiées de dégradantes mais ils ont montré leur bonne volonté. Même quand Didier Robert a dit qu?il n?y avait plus d?argent pour les payer et qu?il allait liquider la CUSF, on a continué à leur confier des tâches chaque matin. Chômage technique veut dire que vous venez sur votre lieu de travail pour vous asseoir parce qu?il n?y a aucun travail. Ou alors vous restez à la maison et vous êtes régulièrement payé.

Vous confirmez qu?il n?y a que 125 artisans qui ont perdu leur emploi ?

Oui, mais il n?y a pas que ces artisans. Il y a aussi une dizaine de cadres qui ont été payés pendant ces deux années. Je ne sais pas pour quel travail ils ont été rétribués car ils ne sont pas dans le syndicat. Dans au moins un cas, il y a une personne qui était payée et par la CUSF et par la Compagnie St-Félix Sugar Estate appartenant aux mêmes personnes et qui sont propriétaires de champs et de terres hautement valorisés après la déviation de la route côtière et l?obtention de plus d?une quinzaine de pas géométriques.

Quand pensez-vous que ces artisans obtiendront leur compensation ?

D?ici fin décembre selon les indications que j?ai obtenues mais tout va dépendre de l?attitude du patronat de l?industrie sucrière, la MSPA vis-à-vis des demandes du gouvernement dans le cadre de la réforme globale de l?industrie sucrière. Je tiens à dire que ce n?est pas Didier Robert qui va leur donner la compensation et les lopins de terre.

Expliquez-vous?

Selon le Blue print, les 125 artisans devront obtenir un lopin de terre dans la région où ils habitaient et travaillaient, c?est-à-dire à St-Félix, et c?est l?usine St-Aubin qui doit acheter ces terres de la compagnie soeur de St-Félix Milling Company pour les distribuer aux travailleurs, artisans et quelques cadres. D?après mes calculs, 18 arpents de terre seront nécessaires et à Rs 600 000 l?arpent, nous arrivons presque à Rs 11 millions. Didier Robert, qui est propriétaire des terres de St-Félix, obtiendra ainsi Rs 11 millions.

Je tiens à réfuter certaines déclarations qui tendent à faire croire que c?est Didier Robert qui donnera la compensation en terre aux 125 artisans. Non, il vendra ces terres qui seront ensuite distribuées aux artisans.

Votre syndicat s?est toujours opposé à ces types de mise à la retraite prématurée avec compensation en argent et un lopin de terre. Vous demandez plus, pourquoi ?

Oui, quand vous offrez Rs 400 000 de compensation à un laboureur qui est chef d?une famille de quatre personnes, cet argent disparaît au bout de deux ans si la personne n?a pas réussi à trouver un autre emploi. C?est pour cela que je lutte pour une mise à la retraite prématurée à visage humain, avec un encadrement solide pour la formation et l?aide à la création de petites entreprises, de recyclage etc. Cela permettra aux bénéficiaires de créer leur propre emploi. Cela doit souvent se faire en groupe, c?est-à-dire au sein d?une compagnie créée par plusieurs retraités. Pour cela, il faut un encadrement que ces travailleurs n?ont pas actuellement.

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