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Maltraitance : Une souffrance qui vous poursuit

18 novembre 2007, 00:00

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Il est triste et a envie de pleurer tout le temps. Il a un comportement perturbateur en classe et est même agressif. Il a des troubles de la parole et de la nutrition. Il est constamment fatigué, léthargique. Il a un intérêt excessif ou un manque d?intérêt total pour la sexualité. Il porte des pulls l?été pour cacher ses blessures.

Ce sont là des comportements d?enfants qui souffrent de maltraitance. Selon la Child Development Unit (CDU), environ 3 000 enfants sont maltraités à Maurice chaque année. Mais ce chiffre ne refléterait pas la réalité, car toutes les violences sur enfant ne sont pas répertoriées, nous explique une investigatrice de l?Ombudsperson for the Children. « On essaye d?être présent sur le terrain pour qu?il y ait moins ou pas d?abus contre les enfants. Mais notre tâche devient de plus en plus difficile, car notre société est trop affectée par des fléaux comme la drogue et l?alcool. Même si nous travaillons 24 heures sur 24, c?est impossible d?éliminer la maltraitance de moitié. » D?ailleurs, certaines associations parlent de six à sept mille victimes de violence chaque année.

La maltraitance existe sous différentes formes : les abus sexuels, la violence psychologique, les privations, le fait de taper un enfant trop fort, trop souvent, un gamin livré à lui-même. Parmi les causes de maltraitance, on constate une mauvaise éducation ou un manque d?éducation, un divorce, une séparation qui se passe mal, des problèmes psychiatriques chez les parents, mais aussi l?alcool, la drogue, la précarité, le manque d?argent, le chômage. Selon les dernières statistiques de la CDU, c?est au sein de la famille que se produisent 90 % des violences.

Phobies, dépression et échec scolaire

Mais, il est difficile de savoir si un enfant est maltraité, car il ne parle pas. Selon Govinden Maurimootoo, psychologue mauricien qui encadre des enfants maltraités à Marseille, il y a plusieurs indices pour identifier un enfant maltraité. « Par exemple, des bleus dans le dos, un enfant qui est paralysé de peur quand on s?approche de lui, un changement brusque de comportement ou des nuits hantées par les cauchemars », explique-t-il.

La maltraitance envers un enfant n?est cependant pas un épisode critique momentané dans la vie de l?enfant. Même si ce dernier est retiré d?un milieu familial violent ou prend lui-même l?initiative de quitter la maison, les effets de violences subies pendant l?enfance risquent de demeurer toute sa vie durant.

Pour Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for the Children, la maltraitance envers un enfant peut avoir des répercussions sur tous les aspects de sa vie, notamment psychologique, physique, scolaire, interpersonnel, sexuel et aussi sur la perception de soi.

Et l?enfant qui a subi des mauvais traitements présente de nombreux problèmes. Cauchemars intenses et répétitifs, anxiété, un niveau de colère exceptionnel qui le mène à devenir très agressif. Des phobies soudaines comme la crainte de l?eau ou de l?obscurité ne sont pas à écarter.

Par ailleurs, un enfant maltraité est aussi exposé à certaines maladies psychologiques, comme des symptômes dépressifs, des épisodes prolongés de tristesse et un repli sur soi, qui peuvent l?amener à commettre l?irréparable.

En outre, les enfants qui ont souffert de négligences graves sont généralement plus petits et pèsent moins. Ils ont aussi un mauvais état de santé en général.

Du côté de l?Ombudsperson for Children, on estime également que l?une des conséquences les plus dévastatrices de la maltraitance envers les enfants est son incidence sur le rendement scolaire. D?ailleurs, les recherches montrent que les enfants maltraités ont un fonctionnement intellectuel réduit et réussissent très mal dans leurs études.

Et un mauvais rendement scolaire peut avoir de graves conséquences à long terme. En effet, l?échec scolaire a été associé à des comportements antisociaux et au décrochage scolaire, lesquels ont pour conséquence d?accroître les risques suivants à long terme : baisse de la productivité, dépendance économique et niveau de satisfaction plus faible dans la vie à l?âge adulte.

La psychologue Véronique Wan Hok Chee, note qu?« il y a un manque de ressources financière et psychologique dans les familles mauriciennes. Les parents n?arrivent pas à accomplir leurs rôles. Ils sont pris par leur travail et leurs problèmes, et délaissent ainsi les enfants », Pour elle, la violence infligée aux enfants peut les empêcher d?avoir des relations satisfaisantes et adéquates avec autrui, même une fois l?âge adulte atteint.

Les enfants victimes de mauvais traitements ou de négligence sont toujours perçus, par leurs pairs, comme ayant un comportement socialement indésirable. Ils ne sont pas sortis de l?auberge.

EN CHIFFRES

Depuis le début de l?année, c?est une véritable série noire. De janvier à septembre 2007, 76 cas d?abandon sont à déplorer contre 62 à la même période en 2006. Ce qui constitue une hausse de 14 %. De ces 76 victimes, 41 sont des garçons âgés entre deux jours et treize ans, et 35 sont des filles âgées entre deux jours et onze ans. 322 enfants ont subi des violences domestiques et privées d?affection contre 466 pour l?année 2006. 19 filles et quatre garçons ont été victimes d?inceste contre 39 l?an dernier. Le plus grand nombre de victimes se trouve dans la tranche d?âge de cinq à treize ans. 593 ont subi des violences physiques de toute forme contre 345 pour la même période en 2006.

TEMOIGNAGE

Sharonne, 19 ans :

« Je ne veux pas que mes enfants connaissent le même sort que moi »

Une enfance maltraitée. Sharonne, 19 ans, l?a connue. Elle raconte ses mésaventures. Son calvaire commence dès sa plus tendre enfance. À huit ans, l?âge auquel les petites filles jouent normalement à la poupée, Sharonne, elle, mendie dans les rues de la capitale pour subvenir aux besoins de ses proches.

À 13 ans, elle est abandonnée par les siens qui partent vivre à Rodrigues. Du coup, l?adolescente est livrée à elle-même et doit se débrouiller seule pour se nourrir. Ainsi, certains jours elle travaille comme bonne chez ses voisins pour la modique somme de Rs 25, tandis que d?autres, elle préfère se coucher l?estomac vide, car elle ne peut pas supporter les caprices de ses patrons. « Les chefs ont toujours des critiques à faire. Ils ne sont jamais satisfaits. De plus, ils savent que l?argent qu?ils me donnent est indispensable pour moi, à cause de ma situation précaire », confie Sharonne.

À 14 ans, pour s?en sortir, l?adolescente se jette dans les bras d?un jeune homme. Mais ce dernier l?abandonne un an plus tard, après l?accouchement de son premier bébé. Aujourd?hui, Sharonne est la mère de trois enfants de deux pères différents. Enfant maltraité, analphabète, ignorante? c?est en ces termes que les gens de son entourage parlent d?elle. Mais cette jeune mère solitaire n?est pas découragée. De plus, elle ne veut surtout pas que ses enfants connaissent la même vie qu?elle.

« Je me battrais jusqu?à mon dernier souffle pour mes enfants. Je ne veux pas qu?ils connaissent le même sort que moi. »

LES ACTIVITÉS

L?Ombudsperson for the Children, en collaboration avec la Child Development Unit, va consacrer la journée de demain au combat contre la maltraitance de l?enfant.

Le thème de cette journée mondiale est : « Le droit, le respect et la responsabilité ». L?événement sera marqué par une animation qui aura lieu sur l?esplanade de Port-Louis à partir de 13 heures.

Cette journée aura également pour but d?analyser les causes de la maltraitance et de coordonner davantage tous ceux qui travaillent sur l?enfance maltraitée comme les ONG, la justice, la police, les écoles ou encore les hôpitaux. Plusieurs campagnes seront ainsi faites à travers l?île afin de sensibiliser les gens à ce phénomène qui ne cesse de prendre de l?ampleur.

A.P.

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