Publicité

La vie vue d?en haut

11 novembre 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Trente ans seulement. Et il est en passe d?entrer dans les annales. Il s?appelle Sham Seetaram. Il est le Managing Director de Seven Waterfalls Horizons, promoteur d?un projet de téléphérique pour relier, sur 3,2 kilomètres, la station de Tamarind Falls à la Montagne Simonet. A quelque 630 mètres au-dessus du niveau de la mer. Avec un resort complex.

Premier téléphérique à Maurice. Le plus long dans l?hémisphère Sud? Avouez que c?est ambitieux. Sham Seetaram ? qui préfère être appelé Sam ? vous dira même plus : «Ce n?est pas ambitieux. C?est très très très ? ambitieux! C?est un méga challenge. Mais, on va le faire», affirme-t-il avec assurance.

Par «on», il faut comprendre son papa et lui. Son père: Iswardeo Seetaram, ancien speaker de l?Assemblée nationale. C?est son rêve à lui. Que son fils va se charger de concrétiser. «C?est dans la tête de mon père qu?a germé ce projet. Il est parti partout dans le monde. Sauf en Amérique Latine. J?espère qu?il n?ira pas là-bas. Sinon, je ne sais pas ce qu?il va nous sortir encore?» et il part d?un grand éclat de rire communicatif.

?Je ne sais pas tout ce qu?il y a dans sa tête. Mon père est un puzzle. Je crois que personne n?arrivera à le résoudre, même pas ma mère.? poursuit-il. Son attachement à son père est plus qu?évident. Outre le lien de père à fils, ils ont beaucoup de points communs. Voir grand ? Mégalomanes sur les bords ? Sam préfère appeler cela la prise de risques. «Je tiens cela de mon père. Nous n?avons pas peur. Peut-être parce qu?on ne réalise pas vraiment l?envergure du projet. Car nous le vivons et nous le respirons. Il nous est arrivé, en parlant mon père et moi, que, d?un seul coup on s?arrête quelques secondes? et on se dit : wow, il est grand ce projet !»

N?a-t-il pas peur des détracteurs de son projet ? «Je ne les appellerai pas des détracteurs. Chacun son boulot. C?est important d?avoir ces gens-là. Je pense qu?il faut un débat sain. Ils n?ont pas toujours tort. On prend tous les engagements pour sauvegarder l?environnement. C?est un projet très très rodé. Ce n?est pas tombé d?un arbre comme ça. Mais, ce n?est pas comme si on montait une maison. Tout est nouveau. Si j?ai tort, il faut que je l?accepte. Mé si mo ena rezon, ou bizin asize ou ekout mwa».

«Il ne suffit pas de mettre debout le projet. Il faut que ce soit un succès jusqu?au bout. Idéalement, j?aimerais que, dans quatre, cinq ans, 800 à 1000 touristes visitent cet endroit tous les jours. Sans compter les Mauriciens».

Petit retour en arrière. C?est au collège du St Esprit que Sam fait ses études secondaires. Pour ses études supérieures, il hésite entre le droit et l?ingénierie. Mais, son frère Jim étant déjà avocat, Sam choisit alors de devenir ingénieur. Au Kingston (Upon Thames) University au Surrey. Filière choisie : génie civil. Il se spécialise en Traffic Engineering. Ensuite, il fait une maîtrise en Construction Law. Pendant ses six ans en Angleterre, il travaille pour quelques prestigieuses compagnies, notamment Try Construction, le Waterman Group, Hyder Construction, Mouchel? En 2001, il se rapproche de son rêve. Il part en Suisse pour rencontrer les plus grands fabricants de téléphériques, dont la firme suisse Garaventa Ltd qui a été chargée du projet de Tamarind Falls. Il regarde, s?informe, apprend. «Je peux fièrement dire que je suis le seul Mauricien à connaître tous les détails techniques d?un téléphérique». Malgré cela, il préfère laisser le soin aux ingénieurs de Garaventa de mettre le projet en chantier. «Parce que j?ai appris des Anglais que you only wear one hat at a time. Je ne peux pas être le client et en même temps l?ingénieur. Mais, je veille au grain pour ne pas dépenser un sou en plus, Ha ha ha ha?» !

C?est qu?il est un bon vivant, Sam ! «J?aime la vie. J?aime rire. Ena de fwa, problem pe donn bal, pa kone ki pou fer, bizin riye». Sa devise : vivre et laisser vivre. «Je crois que j?ai aussi un bon sens de l?humour». Il s?arrête net. «Peut être que c?est pas très bien de s?autoflatter», dit-il candidement. Par contre, l?hypocrisie et la malhonnêteté lui font beaucoup moins rire. «Au point que ça m?enrage». Parce que lui, il est honnête et franc. «Je n?aimerais pas que les gens disent un jour que je ne suis pas honnête. Je ne le supporterai pas. Personne ne peut m?acheter».

Mais certaines épreuves ont entamé sa bonne humeur. «Cela a été très très dur d?arriver là où nous sommes. Il y a eu beaucoup de coups bas. J?ai été choqué à plusieurs reprises. Moi, qui croyais que Maurice était un pays développé, j?ai souvent cru être dans une république bananière. On lutte quand même depuis 2001 avec ce projet» !

Mais, pas pour longtemps. Sam est incapable de se laisser aller à la morosité. Il faut bien qu?il glisse une bonne blague quelque part. «Un ami de mon père m?a dit : Gran per ti pe vwayaz dan saret, papa in vwayaz dan loto, twa to pou vwayaz dan teleferik». Et puis, comment se laisser aller à la mauvaise humeur quand il est marié à une charmante Brinda depuis quatre mois ?

Ce qu?on peut lui souhaiter : «Venez visiter le téléphérique l?année prochaine». Suivi de son éclat de rire habituel. A noter que seul l?Environmental Impact Assessment Licence manque pour que les travaux puissent commencer le mois prochain. Et de poursuivre : «Il ne suffit pas de mettre debout le projet. Il faut que ce soit un succès jusqu?au bout. Idéalement, j?aimerais que, dans quatre, cinq ans, 800 à 1000 touristes visitent cet endroit tous les jours. Sans compter les Mauriciens».

Pourquoi s?arrêter en si bon chemin ? Sam projette aussi de transformer une autre partie de son Henrietta natal : La Croisée Diolle. «A nos propres frais s?il le faut. Il faudrait que dès qu?on y pénètre, on sente le mood touristique», explique-t-il les yeux brillants.

Et la politique dans tout ça ? Sam, envisage-t-il de faire comme papa ? «Politik enn top maladi sa» Il n?en dira pas plus. Mais est-ce bien nécessaire ?

Publicité