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Dix ans de campagne pour rien ?

3 novembre 2007, 20:00

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«Roul vite mot brite », « Ki oulé pédale are lipié ou pédale are lamé ? » Ce sont quelques slogans marquants des années 80 à fin 90. Depuis les années 1980, des campagnes sur la sécurité routière sont consacrées au port de la ceinture, à l?alcool au volant et aux règles principales pour une meilleure sécurité routière. À cette époque, on évite des images susceptibles de choquer les sensibilités et les mises en scène dramatiques ne sont pas utilisées. L?objectif premier est d?informer, de sensibiliser et d?inculquer les règles de base pour une conduite responsable.

Lorsqu?on évalue les campagnes, on note que le message passe, mais pas pour longtemps. « Les Mauriciens mémorisaient peu ces slogans alors », se souvient le Principal Engineer à la Traffic Management & Road Safety Unit, Dev Nathoo. Ces campagnes renvoient plus à ce qui ne peut être évité qu?à la prévention. Les gens ne se sentent pas concernés et se disent que cela n?arrive qu?aux autres. Donc s?ils admettent que l?alcool au volant est déconseillé, il est difficile de leur faire comprendre qu?avec deux chopines de bière et un verre de whisky on dépasse la limite du taux légal d?alcoolémie alors autorisé.

Virage à 180 degrés les années suivantes. Afin de modifier les comportements, les campagnes jouent sur la solidarité et l?attention portée à autrui. « Il s?agissait de faire comprendre aux automobilistes et aux piétons que s?ils collaborent, la route sera plus sûre », souligne Dev Nathoo. Le message passe. Les campagnes sont informatives tout en conjuguant émotion et rationalité pour parvenir à faire prendre conscience des risques encourus au quotidien.

Septembre 2007, une campagne visant les motocyclistes et les cyclistes est enclenchée. Plusieurs messages sont diffusés à la radio avec un message en fonction des cibles visées. À la télé, un spot avec le slogan « Pa fer kuma moi » est diffusé durant les heures de grande audience. On y voit un jeune motocycliste slalomant entre des véhicules se dirigeant vers la capitale. L?inévitable se produit et il meurt dans un accident. « Cette campagne a été pensée pour sensibiliser les motocyclistes. Les statistiques démontraient en effet une hausse dans le nombre d?accidents fatals impliquant les deux-roues durant les premiers six mois de 2007? »

La communication visait alors à responsabiliser ces usagers particuliers en leur conseillant d?allumer les phares de jour comme de nuit, de porter des vêtements clairs le soir ou avec des bandes réfléchissantes, afin d?être bien vus par les automobilistes. Résultat : un mois après cette campagne, le nombre de blessés a baissé.

Mais en général, les statistiques démontrent que les chiffres n?ont pas réellement baissé. Du 1er janvier au 30 octobre, 113 personnes ont déjà trouvé la mort sur nos routes, ce qui représente une hausse de 17 décès par rapport à l?année dernière. « C?est une indication claire que pendant la période festive qui s?étend du 20 décembre au 10 janvier 2008, nous allons enregistrer plusieurs accidents fatals. Toutes les statistiques démontrent que nous allons traverser la barre des 134 tués cette année, mais nous ferons tout ce qui est possible pour que cela n?arrive pas », souligne le sergent Barlen Munusami affecté à la sécurité routière de la force policière.

Retour des mauvaises habitudes

L?an dernier 134 personnes ont trouvé la mort sur nos routes. Et en moyenne pendant la période festive on compte 16 personnes tuées chaque année, malgré les campagnes de prévention.

Comment expliquer ceci ? Le sergent Barlen Munusami souligne que les automobilistes ne se sentent pas assez concernés par les accidents. « C?est vécu comme une fatalité. Ils se disent que c?est le destin. » D?où le changement d?attitude temporaire pendant une campagne et le retour des mauvaises habitudes à la fin de la campagne. Ce n?est pas la seule explication pour signaler le nombre croissant d?accidents fatals. Le parc automobile a augmenté et atteint au 30 juin 2007, 326 501 véhicules pour 2 020 kilomètres de route. « Plus nous avons de véhicules sur nos routes, plus les risques d?accidents augmentent. »

D?où la nécessité de changer profondément la communication comme l?an dernier avec le slogan « Aret rapé ena disan innocent ladan ». Désormais la réalité de l?accident et le drame des vies qu?il brise sont passés au premier plan. En septembre, à la radio, un homme a livré un témoignage poignant sur son fils tué lors d?un accident de la route. Il s?agit de confronter les usagers aux conséquences de leurs erreurs pour qu?émerge un constat social de l?insécurité routière.

En décembre, il s?agira de poursuivre sur la même voie : susciter la réprobation collective pour transformer les conduites individuelles. « Nous allons aussi responsabiliser les proches. Trop souvent, ils incitent ceux qui viennent leur rendre visite à boire, à terminer la bouteille de whisky sans se soucier qu?il mettra sa vie et la vie de sa femme et de ses enfants en danger lorsqu?il prendra le volant. Les parents devront aussi veiller à ce que leurs enfants ne conduisent pas lorsqu?ils ont bu », ajoute le sergent Barlen Munusami.

Le concept Bob, le conducteur qui accompagne ses amis à une fête et qui ne boit pas, sera remis sur le tapis avec des récompenses à la clé. « Nous sommes en train de voir avec les boîtes de nuit et les autorités concernées comment récompenser Bob pour sa bonne action. Histoire d?encourager cette idée qui nous permettra de réduire le nombre de morts parmi les jeunes. »

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