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Baudelaire aux Mascareignes : De la fantaisie à la réalité

29 octobre 2007, 00:00

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Alors, ? voyage disciplinaire? ou ?mesure de diversion? que le séjour de Baudelaire à Maurice et à Bourbon ? Jean Urruty a cherché le pourquoi du comment. Ce lauréat des Gens de Lettres de France, prix Jean Blaize 1949, et qui publie Le voyage de Baudelaire aux Mascareignes en 1968, a alors pour référence, les études du professeur Charles Hérisson, publiées dans le Mercure de France entre octobre 1956 et mars 1960.

L?ouvrage est réédité par les Editions Vizavi dans le cadre du cent cinquantenaire de Les Fleurs du Mal. Pour avoir lui-même collaboré aux recherches du professeur Hérisson, Jean Urruty sait à quoi s?attendre. C?est donc dans les lettres du Général Aupick, beau-père de Baudelaire, qu?il va chercher le pourquoi du séjour du poète dans les Mascareignes.

Un démarche qu?Emmanuel Richon analyse en ces termes : ?Urruty eut, le premier, le mérite d?avoir tenté de réhabiliter la mémoire du poète en rétablissant la fierté de son passage sous nos cieux, ce qu?aucun autre n?avait fait avant lui.? Du départ à l?arrivée à Maurice, du séjour au départ pour Bourbon, Urruty explique son désaccord avec les chercheurs qui l?ont devancé. Avance de nouvelles hypothèses.

Lui est tombé sur le compte rendu de la tempête qui faillit engloutir le paquebot des mers du sud, sur lequel voyagea Baudelaire. ?Le séjour de Baudelaire à Maurice et à la Réunion n?avait pas une grande importance aux yeux des critiques et des historiens littéraires de France? rappelle-t-il. Une ?tentative de critique? comme le qualifie Richon, qui a pour mérite d?avoir deviné l?importance des Mascareignes dans le souvenir de l?auteur des Fleurs du Mal. Urruty pose des questions simples. Met à plat la complexité des réponses. Restitue les protagonistes avec le réseau de leurs relations. Illustration à l?appui, Urruty donne du relief à un voyage qui souvent n?a pour les lecteurs des Fleurs du Mal, que les résonances des poèmes du recueil. Sans le contexte qui a aidé à la fabrication du chef d??uvre durable.

?Baudelaire a emporté de son séjour dans nos parages non seulement une foule d?images colorées et splendides, mais un penchant très marqué pour les femmes de couleur?. Lire les Fleurs du Mal avec une mise en perspective mauricienne donne une charge émotionnelle additionnelle à la floraison poétique déjà si fournie.

?On ne peut refuser aux îles s?urs l?honneur d?avoir façonné, en Baudelaire, tout au moins en partie, le poète des parfums, des sons et des couleurs, le poète des thèmes de la mer, le poète des évasions lointaines, le poète des paysages radieux où frémit l?éternelle chaleur?. Cette réédition remet les pendules à l?heure.

EXTRAIT

Le séjour

On n?a pas de détails précis sur le séjour de Baudelaire à l?île Maurice. Ce qu?on sait c?est qu?il fut reçu chez les Autard de Bragard et que la dame de la maison lui inspira un beau sonnet.

La version première contenait quelques faiblesses que l?auteur fit disparaître plus tard. La lettre d?envoi, est moins connue. Elle est datée de ?Bourbon, le 20 octobre 1841?. En jeune homme respectueux des convenances, il adressa sa lettre à M. Autard de Bragard (?) Ce portrait de Mme Autard de Bragard est la reproduction d?une huile dont ni l?auteur ni la date ne sont connus, mais qui est considérée comme contemporaine du passage de Baudelaire à Maurice. Cette huile appartient à la baronne La Caze, née de Lesseps, petite fille de Mme Autard de Bragard et fille de Ferdinand de Lesseps. Dans Iconographie de Charles Baudelaire (?) d?où j?ai extrait cette photo de Mme Autard de Bragard, on lit ces lignes sous la plume du prof Pichois : ?La dame créole?, (née Emmelina Carcénac) du sonnet des ?Fleurs du Mal?, première poésie publiée sous son nom par Baudelaire, fut l?une des rares personnes qui lui rendirent moins pénible sa halte sous les tropiques. M. et Mme Autard de Bragard habitaient Pamplemousses où Bernardin de Saint Pierre a situé l?action de Paul et Virginie. Baudelaire put ainsi mettre ses pas dans les traces de ces jeunes héros dont ses hôtes ne manquèrent pas de l?entretenir.

PARCOURS

Jean Urruty selon Emmanuel Richon

Jean Urruty ne fut pas le premier Mauricien à s?intéresser à l?Histoire de la littérature de son pays, d?autres l?avaient devancé, tel Edouard Fromet de Rosnay et son ?Anthologie mauricienne? (Galerie poétique de l?Isle de France, 1897). Néanmoins, il fut sans doute le premier à inaugurer une authentique critique, une esthétique locale du jugement.

Né à Rose-Hill en 1904, il est le prototype de ce que cette ville a pu produire de mieux dans le domaine des Arts et Lettres, éclipsant même la capitale durant l?entre-deux-guerres. Urruty fit ses études au Collège Royal de Curepipe, où il trouva à s?employer comme professeur de Lettres, il y fit sans doute ses premières armes.

Il fut membre, trésorier et secrétaire du célèbre Cercle Littéraire de Port-Louis. Journaliste, il officia notamment à la Revue L?Essor. Il eut l?audace d?entretenir une correspondance nourrie, durable et régulière avec des écrivains francophones à travers le monde, particulièrement avec Léopold Sedar Senghor. Il est même l?auteur de dix articles sur La Poésie franco-canadienne parus dans L?Essor en 1935-36.

Il écrivit de nombreux articles sur la poésie des Mascareignes, puisant volontairement dans ce que ses racines lui semblaient receler de plus spécifique, magnifiant même un certain régionalisme littéraire alors embryonnaire, mais bien réel si l?on en juge par l?influence capitale d?un Jules Hermann sur un Malcolm de Chazal. Cet amour du terroir devait également lui faire conserver un intérêt certain pour la langue créole (Le Parler créole mauricien, Revue de la Guadeloupe, 1950 et Trait d?Union, Saint-Denis, 1951). Il servit ainsi volontiers de passerelle ou de lien littéraire entre les îles s?urs (Auguste Lacaussade et l?Ile Maurice, Le Mauricien, 1959), (Pérégrinations à l?Ile s?ur, Le Mauricien, 1960), (Auguste Brunet, l?Homme et l??uvre, Bulletin de l?Académie de la Réunion) ?

C?est vers la fin de sa carrière que Jean Urruty publia ces deux ou trois études littéraires qui devaient prendre date dans l?Histoire littéraire locale. On lui doit ainsi d?avoir été le premier Mauricien à avoir rappelé au monde francophone les origines d?un Paul Jean Toulet (Le Mauricien Toulet) quand personne en France n?en avait cure. De même, il est le premier à avoir clamé haut et fort l?influence mascarine du voyage de Baudelaire sur son ?uvre entière.

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