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Comment elles vont changer notre vie
M3 : non ce n?est pas la fiche technique d?un moteur d?avion, encore moins le code d?un quelconque agent secret. Que l?on ne s?y trompe pas, il s?agit là du sigle que va arborer une nouvelle génération d?autoroutes qui permettra de fluidifier le trafic routier de la capitale et qui transformera, par la même occasion, le visage de Maurice en favorisant le développement foncier dans l?arrière-pays.
Ce n?est un secret pour personne que l?autoroute M 1 qui relie Ph?nix au rond-point du Caudan et la M 2, qui va du centre de la capitale jusqu?à Pamplemousses, se transforment en un parcours de combattant pour les dizaines de milliers d?automobilistes qui les empruntent quotidiennement. D?ailleurs, ces derniers déplorent fréquemment les longues heures pendant lesquelles ils restent bloqués dans les files de véhicules avançant à une allure de tortue centenaire. Sans parler des autres inconvénients des embouteillages : retards au travail, stress et fatigue, dépense en carburant.
Un centre névralgique
Le projet de l?autoroute M 3 Terre-Rouge-Trianon, en passant par Verdun, viendra changer la donne. Il permettra, à l?horizon 2010, pour ceux qui veulent se rendre à Rose-Hill ou encore à l?aéroport, de relier directement le Nord au centre de l?île sans passer par Port-Louis. Ce qui réduira, dans une certaine mesure, la congestion dans la capitale.
La M 3 contournera ainsi Port-Louis et il faudra, en roulant à 60 km/h, seulement 20 minutes pour relier Terre-Rouge à Trianon. Cependant, ce nouvel axe routier ne va pas seulement soulager le calvaire quotidien des automobilistes, mais il représentera un centre névralgique autour duquel s?articulera la vie des nouvelles zones industrielles telles que Tianli à Riche-Terre et les « villes nouvelles » d?Ébène et de Highlands.
Ce projet de route a été conçu en tenant compte de nouvelles avenues de développement dans le pays, et il facilitera l?émergence et la desserte des villes nouvelles et le développement d?espaces commerciaux dans des régions périurbaines telles que Riche-Terre, Saint-Pierre et Highlands.
« Avec cette route qui passera à l?intérieur du pays, il y aura une plus grande intégration de la population et de nouvelles opportunités économiques », soutient, quant à lui, Azad Jeetun, de la Mauritius Emplo-yers?Federation (MEF). Cette vision cadre avec celle des concepteurs de la RDA, qui ont aligné la nouvelle autoroute de sorte qu?elle desserve les zones industrielles de Tianli à Riche-Terre, la cybercité d?Ébène et la cité administrative qui sera développée à Highlands. Ainsi, un fonctionnaire basé au centre administratif de Highlands et habitant Fond-du-Sac devra pouvoir effectuer le trajet en moins d?une demi-heure. « C?est un projet qui vient à point nommé pour le développement économique et social. Il va ouvrir l?accès aux quatre coins de l?île et faciliter la mobilité des personnes et des produits vers d?autres régions du pays », poursuit Azad Jeetun.
La M 3 aura également un impact bénéfique sur l?industrie du tourisme. « De l?aéroport en direction de mon hôtel, la première image que j?ai gardée de Maurice était son trafic d?une grande lenteur », se souvient une touriste bruxelloise. Avec ce nouvel axe routier, les tour-opérateurs transportant les touristes de l?aéroport emprunteront une des zones géographiques les plus belles du pays, avec vue panoramique sur le Nord et le Nord-Est à partir de la crête qui donne sur le village de Crève-C?ur. Un panorama verdoyant qui vaut le détour et permettra aux touristes et aux automobilistes de savourer le bonheur de profiter d?un patrimoine longtemps ignoré.
La sonnette d?alarme
Mais au-delà de la desserte des villes nouvelles, la nouvelle route aidera à soulager le problème d?embouteillages sur nos routes. Comme tout pays en développement, Maurice se heurte à des problèmes de congestion routière. Un des prix à payer pour l?avancée économique et sociale du pays est que bon nombre de familles, pour des raisons de statut social mais aussi de mobilité, se sont laissé emporter par l?euphorie d?acquérir une voiture ou un autre véhicule de service. Ce qui a entraîné, de facto, une augmentation du parc automobile.
Cependant, ladite euphorie a vite cédé la place à une frustration lancinan-te : dans le quotidien, les embouteillages ont fait leur apparition et depuis, ils étouffent les principaux axes routiers. Face à ce qui demeure une maladie des temps modernes et qui engloutirait des milliards de roupies en productivité et compétitivité amoindries, le problème des embouteillages revient constamment sur le tapis.
Pas plus tard qu?en juin, la MEF tirait la sonnette d?alarme. Ainsi, selon les estimations de cet organisme, le nombre de véhicules sur nos routes se chiffrerait à 326 501 pour un réseau routier de 2 021 km. Au cours des dix dernières années, souligne cette étude, les véhicules ont augmenté de 55 % alors que le réseau routier a connu une extension de seulement 6 %. Le nombre de véhicules par km est ainsi passé de 111 en 1997 à 133 en 2002 et à 162 en juin 2007.
Une dizaine de régions se trouvent dans le sillage de cette nouvelle route. Longue de 21 km, celle-ci débute à partir de l?autoroute M 2 entre Bois-Mar-chand et Calebasses, en passant par Khoyratty, Bois-Pignolet, Notre-Dame, Valton, Ripailles et Verdun pour aboutir à l?autoroute M 1, à Trianon.
Pas une mince affaire
La première phase du projet consistera à construire une route à quatre voies entre Terre-Rouge et Verdun. Un nouveau pont au-dessus de la rivière Labourdonnais, la construction de voies pour véhicules lents entre Valton et Ripailles sur une longueur de 3 km et un échangeur sur l?autoroute M 2 à Calebasses feront également partie de cette première phase. De plus, cinq ronds-points à Ripailles, Montagne-Longue, Crève-C?ur, l?Avenir et sur l?autoroute A2 entre Port-Louis et Pamplemousses verront le jour.
La deuxième étape comprendra, quant à elle, la construction d?une route reliant Verdun et un échangeur à Verdun.
Des ronds-points seront aménagés à Minissy, Côte-d?Or et Trianon.
La volonté de trouver une solution au problème de congestion est plus qu?évidente, puisque le gouvernement souhaite que les premiers coups de pelle soient donnés dès avril 2008.
Si la volonté d?agir est acquise, le financement de ce projet colossal n?est toutefois pas une mince affaire.
C?est vers la Chine que le pays s?est tourné. Ce pays se propose, en effet, de financer le coût du projet estimé à Rs 1, 6 milliard à hauteur de 70 %. Le gouvernement se chargera du reste.
Ce financement va confirmer le rôle que la Chine a joué dans le développement des infrastructures du pays, et il viendra s?ajouter à la longue liste de projets parmi lesquels figurent le stade Anjalay et l?aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam.
UN TRAFIC ROUTIER ALLEGE SUR PORT LOUIS
Après avoir envisagé de multiples solutions au problème de congestion routière, la Road Development Authority (RDA) semble enfin avoir trouvé la bonne formule pour éliminer le casse-tête des automobilistes. « Cette nouvelle route réduira le trafic sur la M 1 et la M 2 d?environ 15 à 20 % », soutient Cadressen Dorsamy, responsable actuel de la RDA.
Avec la possibilité pour les automobilistes se dirigeant vers le Sud de bifurquer sur la M 3, il faudra compter un maximum de 30 minutes pour entrer dans la capitale. « Actuellement, le moindre accident sur la M 1 crée une paralysie conséquente de la circulation routière dans le sens Nord-Sud, et ce, en l?absence d?une route alternative.
Le nouvel axe routier résoudra ce problème. » Pour l?architecte Jean-François Adam, qui a remporté un concours portant sur le réaménagement de la capitale, « la fluidité dans le trafic aidera la productivité nationale et à une diminution de la pollution et de la consommation de carburant ».
ET QUID DU BUSINESS ?
Outre les automobilistes, le secteur de l?économie et du business attend avec impatience l?arrivée de la M3. En effet, une étude effectuée par la MEF auprès des entreprises mauriciennes, et publiée en octobre 2007, atteste que 97 % de celles-ci sont affectées par la congestion routière, et près de 40 % d?entre elles disent subir un impact néfaste sur leurs activités. De plus, 76,8 % des entreprises sondées doivent subir des coûts d?opération et des dépenses de carburant plus élevées. Dans 64 % des cas, les activités économiques sont sujettes à des perturbations en raison des retards et de l?absentéisme dus aux embouteillages. Sans parler des retards dans les livraisons, de l?augmentation du coût des transports et des distributions, de la perte en termes de productivité et de compétitivité. Enfin, l?augmentation du coût de la main-d??uvre et des heures supplémentaires, la baisse de qualité des services et la réduction dans les ventes figurent aussi comme points noirs.
Si bien que pour 62,3 % des entreprises, la congestion routière demeure un important obstacle dans les investissements futurs.
Bruno Lee Ping Ching, superviseur des opérations chez IBL Distri-bution, ne contredirait pas les principales conclusions de l?étude de la MEF. Son centre d?opération est basé à Riche-Terre, et son équipe s?occupe de la livraison des produits dans les grandes surfaces et autres enseignes dans la région des Plaines-Wilhems.
« On perd une heure dans les embouteillages à Port-Louis et on est obligé de faire un seul voyage. Quand il y a un accident, c?est pire », explique-t-il. « Cela nous fatigue, et c?est stressant de rester au volant, bloqué dans le trafic. Avec la nouvelle route, les choses vont nettement s?améliorer et on va pouvoir faire deux allers-retours jusqu?aux Plaines-Wilhems », soutient-il.
Ahmed Parkar, directeur adjoint du Star Knitwear Group, basé à Rivière-du-Rempart, et dont les produits manufacturés sont exportés vers l?Europe, estime que le problème n?a que trop duré. « Il arrive que nos marchandises se trouvent bloquées dans les embouteillages. C?est très embarrassant, et il nous faut constamment avoir un planning logistique rigoureux », déclare-t-il. « L?arrivée de la nouvelle route sera un grand avantage. D?autant qu?avec la venue de Tianli, la situation sur nos routes risque d?empirer. Cette route n?est pas une panacée, et il faudra créer plus d?infrastructures routières et augmenter leurs capacités. »
Azhagan CHENGANNA
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