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« L?île Maurice doit être une pub de M. Propre »

28 octobre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ce grand sourire, est-ce la promesse d?une belle saison ?

Il n?y a plus une chambre d?hôtel de libre à l?île Maurice, c?est magnifique ! Certains établissements sont complets jusqu?au mois de mars, ça ne leur était jamais arrivé.

Si vous comptiez vous offrir un petit séjour pour les fêtes de fin d?année, malheureusement pour vous, je crois que c?est trop tard.

Merci de ruiner d?emblée tous mes espoirs ! De votre côté, vous en aviez placés beaucoup sur la nouvelle « Tourism Act ». Quel est le bilan après six mois ?

C?est le jour et la nuit par rapport à l?ancienne loi. Celle-ci a le mérite d?encadrer l?ensemble des activités touristiques. Bien sûr, elle n?est pas encore tout à fait rodée, il reste des lacunes et c?est pour cela qu?elle sera bientôt amendée. La loi repasse au Parlement, histoire de peaufiner quelques détails. Par ailleurs, nous allons remettre les pendules à l?heure en matière de sécurité. Ça fait longtemps qu?il n?y a pas eu un bon coup de manivelle ; il y en aura un la semaine prochaine. Je peux vous dire que certains secteurs du tourisme seront bousculés.

Le tout-réglementation, c?est ça votre bousculade ?

Écoutez, on est là pour garantir la promesse-client.

La réglementation est essentielle dans un secteur aussi sensible que le tourisme. Le moindre faux pas pourrait être catastrophique pour la destination. En vingt ans, on est passé de 50 destinations dans le monde à plus de 600. C?est-à-dire qu?on a 600 concurrents. Nous n?avons pas le droit à l?erreur.

« Le tourisme, c?est la poule aux ?ufs d?or. Elle va grossir et les ?ufs vont éclore »

C?est tout de même ahurissant la manière dont l?industrie touristique parvient parfois à tout aplanir, à transformer le chaos ambiant en quelque chose de charmant, d?inoffensif et finalement d?aseptisé.

Je comprends cette réticence. Mais nous sommes une carte postale, nous vendons du rêve. Les gens font des milliers de kilomètres pour venir à Maurice. Parfois, ils dépensent une vie d?économies. Notre but, c?est zéro défaut. L?île Maurice, dans l?esprit des gens, doit être une pub de M. Propre.

Alors mettons de la moquette au bazar de Port-Louis. Et puis vidons la mer aussi. Après tout, une telle quantité d?eau frise le ridicule.

Je ne pense pas que nous irons jusque-là.

Quelques-uns de nos 300 000 chiens errants adorent le goût des touristes. Que fait-on ? On appelle M. Propre ?

Le Tourism Fund a débloqué Rs 1,5 million pour leur capture et leur stérilisation. La MSPCA met les bouchées doubles, nous ferons un premier bilan bientôt. Espérons que l?on arrivera à une situation acceptable.

C?est quoi une situation acceptable ? Qu?un touriste errant mor-de un chien en lu-ne de miel ?

Je laisse ça à la Thaïlande !

On évoque souvent le problème des chiens errants, plus rarement celui des urbanistes errants?

La Tourism Authority a un portefeuille large, mais n?intervient pas en matière d?urbanisme. Ceci dit, le développement touristique est plus ordonné qu?il y a dix ans. Il reste massif, mais il n?est plus sauvage.

Vous trouvez ? C?est une bonne chose de construire des bâtiments les uns sur les autres ?

Non, je n?ai pas envie que le littoral ressemble à un bunker. Mais il y a un manque de place évident. On arrivera bientôt à deux millions de touristes et il faudra bien les loger.

Comment ?

On ne peut pas continuer à construire des bâtiments d?un seul niveau sur le littoral. Il faut commencer à monter, dans les deux sens du terme : monter la hauteur des constructions et bâtir aussi à l?intérieur des terres.

Vive les cages à poules !

Certainement pas. Les touristes qui viennent à Maurice n?iront jamais dans des cages à poules. Nous ne sommes pas les Baléares et ses 50 millions de visiteurs, inutile d?investir là-dedans.

Pas 50, mais deux millions espérés en 2 015?

C?est rien du tout par rapport à Dubayy ou Singapour.

On a envie d?être Dubayy ou Singapour ?

Pas pour l?instant. Le premier souci reste le logement : il faut qu?on cons-truise beaucoup. Cela veut dire attirer des investisseurs. C?est intéressant d?observer les incitations proposées dans d?autres pays. Les incitations fiscales, par exemple. Je pense que nous ne jouons pas suffisamment dessus. Il faudrait se lancer dans des plans de marketing fiscaux pour attirer davantage d?investisseurs, étrangers ou mauriciens d?ailleurs.

En clair, leur offrir des allégements fiscaux. Le tourisme, c?est la poule aux ?ufs d?or. Misons dessus, car les ?ufs vont éclore et les poussins vont grandir.

Sauf s?ils se font croquer tout cru avant par les grands groupes hôteliers?

Un chiffre va vous étonner : l?activité Dolphin watching génère à lui seul Rs 120 millions par an. Vous imaginez ? C?est énorme ! Il y a beaucoup d?argent à tous les niveaux, pas seulement dans les hôtels.

Rs 120 millions, c?est presque sept fois plus que les 18 millions de budget de la « Tourism Authority ». Comparés aux 300 millions de la MTPA, vous n?avez pas l?impression qu?on se moque un peu de vous ?

On ne peut que regretter le niveau de notre budget. C?est sûr, nous aurions mieux fonctionné avec plus d?argent. Mais on est quand même passé de 13 à 18 millions en un an. Je suis confiant pour l?année prochaine. Je pense que notre budget annuel sera aug-menté considérablement. En tout cas, nous ferons tout pour convaincre le ministère des Finances que nous avons besoin de plus d?argent pour atteindre nos objectifs.

Vous me parliez tout à l?heure de pays carte postale. À l?intérieur des terres, la carte postale n?a pas le moral. Vous n?a-vez pas l?impression que Maurice est coupée en deux ?

Il y a un gros effort à faire, c?est indéniable. Le mauvais côté de ça, c?est qu?effectivement, celui qui est à l?intérieur des terres ne profitera pas du tourisme. Mais il y a des contre-exemples. Si Chamarel a réussi à se développer d?une façon « touristiquement intelligente », c?est que d?autres peuvent le faire. Pour cela, il faut de la volonté et de l?audace. Je ne peux qu?apprécier la demande que j?ai reçue la semaine dernière pour une guesthouse à Mare-Longue. Cette personne a osé, je trouve ça formidable.

Osez à votre tour vous projeter dans l?avenir. Vous la voyez où, l?industrie touristique dans cinq jours ?

Les hébergements seront pleins à craquer, on n?arrêtera pas de se remplir jusqu?au mois de décembre.

Dans cinq mois ?

La fin de la saison chaude : tout le monde mettra le paquet pour finir en beauté.

Dans cinq ans ?

Je vois l?île Maurice se démarquant encore plus comme étant une destination de qualité.

Dans cinquante ans ?

En 2057 ? Un tourisme vert très développé.

Dans cinq siècles ?

La destination sera vendue comme le dernier paradis sur terre.

Dans cinq millénaires, vous la voyez où l?industrie touristique ?

On sera le tremplin pour la lune.

BIO EXPRESS

● Né le 14 novembre 1974, à Saint-Denis (Réunion).

● Marié, un enfant.

● Dirige la Tourism Authority depuis le 3 avril 2006.

● « Fou de droit », il est professeur d?université en France et possède un cabinet fiscal à la Réunion.

● Signes particuliers : issu d?une famille de juristes, il est le petit-neveu de l?ancien chef juge, Maurice Rault.

● Auteur de deux thèses. L?une en droit fiscal international, l?autre consacrée aux systèmes d?informations.

SES 5 DATES

■ 384 av. J.-C. Naissance du philosophe Aristote, sa « conception politique ».

■ 1854. Naissance du poète Arthur Rimbaud, son « guide spirituel ».

■ 1958. La France adopte la ve république.

■ 1993. Devient papa d?un petit Julien.

■ 2001. Donne son premier cours de droit en amphithéâtre.

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