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Ramgoolam se fait pédagogue
C?est un Premier ministre pédagogue, mais ferme, qui a fait face à la presse hier. Après avoir annoncé son intention de revoir la réforme sucrière dans un contexte purement politique dimanche dernier, Navin Ramgoolam est venu en expliquer les raisons, mais surtout ses intentions sur ce dossier. Faisant preuve de clarté dans ses propos, il a d?abord fait état de sa vision globale, avant de s?adresser aux sucriers en les appelant à être plus flexibles.
Et il a été on ne peut plus clair : si les acteurs de l?industrie sucrière ne jouent pas le jeu, il n?hésitera pas à changer la répartition des mesures d?accompagnement de l?Union européenne (UE) vers d?autres secteurs plus viables.
« J?ose toujours espérer que le bon sens prévaudra. Il faut agir en tant que patriote. À ce jour, les sucriers ont toujours refusé d?agir dans une logique d?équité et de partage », a-t-il déclaré.
Décision lourde de conséquences
Sinon le gouvernement n?aura pas d?autre choix que de présenter une nouvelle Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS). Une décision lourde de conséquences, car le Premier ministre reconnaît lui-même que cela équivaut à perdre plus de temps et à compromettre le décaissement des aides européennes futures.
S?adressant clairement à la population au départ, Navin Ramgoolam a expliqué que la réforme part du principe que tous ceux qui participent au développement et à la profitabilité de l?industrie doivent en bénéficier. Ainsi, selon la MAAS proposée par le gouvernement, l?ouverture de l?actionnariat de l?industrie sucrière aux travailleurs et aux petits planteurs est un des aspects essentiels dans cette stratégie de démocratisation de l?économie.
Il s?est aussi appesanti sur le rôle de la population en général qui « garantit une profitabilité exceptionnelle aux usiniers dans la production de l?énergie ». Car comme l?explique Navin Ramgoolam, sous for-mes des factures d?électricité, les contribuables contribuent tous à la réussite du programme de production d?énergie de l?industrie sucrière. C?est ainsi l?heure que la population « reçoive compensa-tion ». C?est-à-dire que les sucriers doivent contribuer plus au coût social de la réforme.
L?attitude des sucriers irrite ce dernier. « Ils refusent de faire preuve d?ouverture et refusent aussi de partager les bénéfices de la réforme équitablement, tel le diktat d?un autre âge. Ils semblent obstinés à défendre leurs privilèges », a-t-il martelé. Car à ce jour, selon Navin Ramgoolam, les sucriers ont été les principaux bénéficiaires de la réforme. Et il est temps qu?ils apportent leur contribution, d?arrêter de parler « nou » et « zot », et de faire preuve de solidarité nationale.
« Lors des premières séances de discussions, que j?ai présidées personnellement, certains chiffres n?étaient pas communiqués. La situation a perduré et j?ai mis sur pied plusieurs sous-comités pour continuer les discussions », a expliqué Navin Ramgoolam. « Mais jusqu?à aujourd?hui, nous n?avons toujours pas toutes les informations dont nous avons besoin. Cela ressemble étrangement à une stratégie dilatoire. »
Tout en appelant au « bon sens » des sucriers, le Premier ministre a insisté que l?UE ne s?opposera pas à une réorientation de la réforme, si une solution n?est pas vite arrêtée. Car selon lui, l?UE investira dans tout programme assurant les intérêts sociaux du pays. « Dire qu?on est en guerre avec l?UE est complètement faux. C?est une campagne qui consiste à se contenter d?un statu quo, que je qualifierai même d?antipatriotique. »
Concernant le volet énergétique de la réforme proposée, le chef du gouvernement a reconnu sa part de responsabilité dans les décisions antérieures, en acceptant que le premier contrat de production d?électricité a été négocié sous son mandat en 1998. « C?était une nouvelle activité, personne ne l?avait jamais faite à Maurice », faisant référence au contrat négocié avec la centrale thermique de Belle-Vue. Toutefois, les chiffres des nouveaux acteurs, et leur procédé exacerbent le Premier ministre.
« Rétablir et corriger l?injustice »
Car selon les informations qu?il a énoncées, un opérateur aurait entre 2001 et 2006, réalisé environ Rs 1 180 000 de profits, soit 226 % de son capital. « L?idée était de produire de l?électricité à partir de la bagasse mélangée au charbon, pas seulement le charbon ! », s?est-il insurgé. « Quelles que soient les conditions dans lesquelles ces contrats ont été signés, le fait brutal est que les profits demeurent énormes. Le gouvernement estime qu?il doit rétablir et corriger l?injustice. Nous gouvernons pour l?avenir, pas pour le passé. »
Tout en rappelant l?industrie sucriè-re à la table des négociations, Navin Ramgoolam a conclu en disant qu?il est persuadé qu?elle a toujours un avenir à Maurice, malgré le fait qu?il y ait une diminution continuelle dans l?importance de ce pilier économique face à d?autres, plus viables. Il a ainsi déclaré : « L?État a un devoir de veiller à ce que les intérêts de toutes les parties concernées soient assurés. Et cette réforme s?inscrit dans la réforme globale économique du pays. »
LA MSPA REPOND AU PM
Après la médiatisation du discours du Premier ministre, la Mauritius Sugar Producers?Association (MSPA) a répondu aux points soulignés par Navin Ramgoolam. L?association insiste que la MSPA « a toujours été et reste ouverte au dialogue sur les modalités de la mise en place de la réforme sucrière », et dit avoir fait preuve de bonne foi dans les négociations. Ceci a, selon elle, donné lieu à un accord écrit depuis mai 2006. La MSPA récuse ainsi toute accusation « de rigidité et de manque d?ouverture ». La réponse de l?association des producteurs sucriers réfute aussi l?argument contre l?ouverture de l?actionnariat. Car elle estime qu?elle « a toujours dit qu?elle était ouverte à un actionnariat accru de tous les partenaires, pourvu que ce nouveau partenariat soit équitable et en relation avec l?importance de la contribution de chaque partenaire ». La MSPA dit privilégier le dialogue et souhaite aussi que les discussions reprennent.
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