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Eleveurs de porcs pour qui sonne le glas ?
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Eleveurs de porcs pour qui sonne le glas ?
Soudain un grand cri. Une jubilation. Là, au milieu de la rue, entre champ de canne et porcherie. C?est Paul Raya qui manifeste sa joie. Son téléphone portable collé à l?oreille, le président de la Mauritius Pig Marketing Federation Cooperative Society vient d?avoir confirmation de la rencontre demandée avec le ministre de l?Agro-industrie.
Dès qu?il raccroche, Paul Raya s?engouffre dans un 4x4. Tous accourent. C?est qu?une trentaine d?éleveurs sont sur le pied de guerre depuis cinq heures à Saint-Martin. Avec des pancartes fabriquées à la va-vite. Les yeux tristes mais l?air décidé. Ils attendent «les autorités». Ils ont été prévenus que des bêtes seront abattues dans la matinée. «San lager, san narien, nou ti pou fer protestasyon pasifik», affirme Paul Raya.
C?est l?effervescence dans la paisible localité de Saint-Martin ce jeudi. Il est 9 h 30. On s?indigne, on se lamente. On déplore les lourdes pertes. Là, les pieds dans la terre rougeâtre, la tête chauffée par le soleil. Nullement incommodés par les mouches et l?odeur de porcherie qui nous arrive par vagues successives.
Ces éleveurs rassemblés racontent leur quotidien. Leurs petites misères. Leur vie à Saint-Martin. Tous y vont de leur couplet. Il y a Michel Nankoo qui a perdu 130 bêtes. Il a toujours dans les yeux le spectacle horrible des 90 porcs abattus à l?arme blanche. De la première douzaine de cadavres brûlés dans un grand brasier, «parski oblize».
Des symptômes peu ragoûtants de la maladie telle que «bav disan». D?ailleurs, il sort une feuille de papier soigneusement pliée de sa poche. Dessus, une description détaillée de la fièvre porcine. L?éleveur tente de nous rassurer : la maladie ne se transmet pas aux autres animaux, ni à l?homme.
Precarite
A ses côtés se tient Danielle Lavigilante, qui est entrée dans la porcherie il y a 22 ans, quand elle a épousé un éleveur. Depuis, cette habitante d?Albion dit ne connaître ni jours féries, ni «lane, ni Noël. Nou pena enn lavi familial vreman». Tout est secondaire aux besoins des porcs.
Ce qu?elle a trouvé le plus difficile, ce n?est pas la puanteur mais «tapaz koson la fer». Elle l?entendait même la nuit dans son sommeil. Danielle se souvient de son sentiment de panique quand elle a dû aider deux truies à mettre bas pour la première fois. A eux deux, les Lavigilante s?occupent de 240 têtes. Elle en a déjà perdu 132.
«Seki fatig nou se ki pa finn inform nou ki ti ena malad la dan Madagascar ek dan lafrik. Kan ena tsunami loin laba, fini met ou lor alert. Si ti dir nou ena maladi la pre lamem, nou ti ava pran prekosyon.»
Danielle n?en finit pas de s?interroger. «Et on s?étonne que les jeunes ne veuillent pas faire ce métier. Ils ont raison, il n?y a aucune garantie. Seki plis agas moi seki parfoi pou bann zafer bet ou trouv gouvernma depans enn fortinn.»
D?autres joignent leurs soupirs à la litanie de Danielle. La gorge nouée, la rage au c?ur, une autre éleveuse témoigne : «Mo papa dan sa travay la, mo frer dan sa travay la, moi mo dan sa travay la. Se troi fami ki somer la. Ki sann la pou soutenir so kamarad ?»
L?atmosphère s?alourdit à chaque minute qui passe dans cette partie de Saint-Martin. Il est temps d?aller respirer du côté des autres quartiers de la localité. Nous suivons la route. Longeons le cimetière, connu pour sa section historique, celle qui abrite les juifs détenus à la prison de Beau-Bassin durant la Seconde guerre mondiale.
Se ressourcer
Voisins des morts, les champs d?oignons où la récolte est en cours. Ellengen Moonsamy, lui, est un petit planteur d?épices depuis 1970. La culture de thym, de cotomili, de persil, d?ail, de piment n?a plus de secret pour lui. Sa fierté : savoir que tous ses efforts servent à nourrir «la population et même les touristes».
Faire un tour à Saint-Martin, c?est se reposer les sens. Humer cette odeur de fumier si éloignée de nos autoroutes polluées. C?est retrouver le rythme des saisons. Celui des b?ufs que l?on charge dans les camions direction l?abattoir. Des poules, des moutons, des légumes. Avec, au milieu, un cheval. Coulant des jours heureux. Une région qui permet de prendre de la hauteur. En suivant la route qui serpente le Corps de Garde.
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