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Un choc de cultures

26 octobre 2007, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Ce n?est pas une bataille d?égo, ni de personnalités. C?est une confrontation entre deux approches divergentes, deux méthodes de travail. Voilà la raison fondamentale de l?incompatibilité entre le président d?Enterprise Mauritius (EM), Amédée Darga, et son directeur général, Prakash Beeharry. Toute tentative de faire cohabiter ces deux styles opposés est forcément vouée à l?échec.

Depuis que Prakash Beeharry a pris ses fonctions à EM, en mars dernier, les sujets de désaccord n?ont pas manqué entre les deux hommes. La mésentente entre eux est presque naturelle. L?un est un décideur, issu du privé, qui veut installer un système efficace débarrassé des rigidités bureaucratiques. Il a une culture de résultats. L?autre est un commis de l?Etat pour qui le couronnement de sa carrière a été sa nomination à la tête d?EM. Il a une culture de fonctionnaire. L?intrigue du drame qui paralyse EM depuis plusieurs mois s?axe autour du choc entre ces deux conduites.

Pour sortir de cette situation paralysante, le conseil d?administration d?EM a demandé, mardi, à son directeur de se retirer, avec effet immédiat. Le ?board? comptait instituer une enquête sur les allégations faites contre ce dernier et aurait pris une décision finale sur son sort le 15 novembre prochain. Le président a offert, de son côté, de céder son poste provisoirement à un autre administrateur, Jean Suzanne. Puis, le lendemain, c?est le coup de théâtre. Les leviers politiques sont activés. Du coup, la décision du conseil d?administration est gelée. Concrètement, cela signifie qu?on reprendra les mêmes et on recommencera, quitte à tourner dans un cercle vicieux. Amédée Darga et Prakash Beeharry vont feindre de travailler ensemble jusqu?à l?éclatement d?une nouvelle crise dans quelques mois. Le scénario est répétitif.

Ce conflit persistant à EM symbolise la domination du facteur politique sur les principes de gouvernance dans la gestion des institutions parapubliques. On peut en trouver un autre exemple à Airports of Mauritius (AML). Une pagaille a régné avant que le gouvernement se décide à renvoyer à la fois le président et le directeur général de la compagnie. Il est vraiment temps de revoir le fonctionnement des organismes parapublics ainsi que le mode de nomination.

Si les autorités envisagent une réforme des structures des parapublics, ils devraient s?inspirer des commentaires faits par l?économiste Percy Mistry dans une interview accordée à l?hebdomadaire ?Mauritius Times? : ?We created parastatals supposedly for the public good and in the public interest. They turned out to serve the political interest of those in power and disregard any public interest... When the public owns enterprises, no one actually feels responsible for them. They become political footballs for exercising patronage.?

L?affaire Darga-Beeharry n?est pas un problème isolé. Elle met en lumière la difficulté des dirigeants à choisir entre la République des connivences et la République des compétences.

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