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Le théâtre à la folie?
Marek Ahnee n?aime pas que l?on remonte sa généalogie et que l?on fasse référence au fait qu?il est l?arrière-petit-fils de feu Selmour Ahnee, célèbre écrivain mauricien dont le nom de plume était Stylet. Il l?exprime en ces termes : ?Si on veut que les jeunes cessent de vouloir émigrer et qu?ils aient un avenir ici, il faut leur accorder d?autres compétences que celles d?être les fils de leur père. Je serai ce que je serai, pas grâce à ma famille mais grâce à ce qu?elle m?a transmis?. Le ton est donné. On a affaire à un jeune qui sait ce qu?il veut et qui ne mâche pas ses mots.
Très éveillé depuis tout petit, Marek s?intéresse à tout ce qui l?entoure et dévore les bandes dessinées mais aussi d?autres livres. Et même lorsqu?il est en voiture, au lieu d?admirer le paysage ou les autres véhicules sur la route, il a le nez plongé dans un livre.
Son premier contact avec le théâtre a lieu à la maison. Son père lui fabrique un théâtre en carton pour qu?il y fasse jouer ses personnages Lego. Il invente aussi toutes sortes d?histoires et prend plaisir à se déguiser avec les costumes que lui confectionne sa mère. Il assiste à sa première pièce de théâtre à huit ans. Il s?agit de L?Alouette qui se joue au Plaza. Il en sort émerveillé.
La même année, cet élève studieux et très bien noté, décide de monter pour la première fois sur les planches lors d?un spectacle de fin d?année scolaire. Il en tire énormément de plaisir. Comme il adore les mythologies, qu?elles soient grecque, indienne, scandinave, babylonienne ou autre, à 11 ans, il s?essaie à l?écriture d?un sketch de huit pages sur la légende d??dipe.
Jusqu?à l?âge de 15 ans, Marek est de tous les spectacles de fin d?année scolaire, enfilant tour à tour la veste du magicien, du zombie, du plombier, d?un vieux monsieur, de concierge du paradis, d?un prince autrichien. Mais il campe aussi des rôles de personnages célèbres tels que Merlin l?Enchanteur, Cyrano de Bergerac, Harpagon et même Jules César. Il renoue avec l?écriture alors qu?il est au collège Pierre Poivre. Son enseignante de latin veut monter un spectacle. Marek lui propose d?écrire une adaptation chantée et dansée de la légende de la fondation de Rome. Celle-ci tient en 30 pages et est très appréciée.
Le théâtre n?est pas qu?un divertissement pour Marek. Il a aussi un effet thérapeutique. ?Le théâtre m?a permis de régler ma timidité. Je présentais presque des signes de phobie sociale auparavant. C?est chose du passé depuis mon contact avec les planches?. Ces participations lui permettent aussi de mieux appréhender les textes de plumes célèbres : Anouilh, Shakespeare, Camus ou Sartre. Il se découvre une passion pour les écrits de Voltaire. Cela fait un an que Marek a quitté l?Ecole du Centre pour le Lycée des Mascareignes. Très vite, Marek s?investit dans la vie scolaire et propose d?écrire une adaptation du conte philosophique et satirique Zadig de Voltaire. Ce vice-président du Conseil des délégués pour la Vie Lycéenne (CVL) - structure dont l?objectif est de proposer des projets culturels et d?améliorer le quotidien des élèves -, planche dessus pendant deux mois et présente une adaptation fidèle à 90 %.
?Si on veut que les jeunes cessent d?émigrer et qu?ils aient un avenir ici, il faut leur accorder d?autres compétences que celles d?être les fils de leur père.?
?Bien que Zadig soit un récit du Siècle des Lumières, il est toujours d?actualité sur la société car c?est un conte évoquant le pouvoir absolu, le fanatisme religieux, les abus de la justice et de la politique. Tout en gardant l?esprit de Voltaire, j?ai ajouté une scène sur la dictature qui n?apparaissait pas à l?origine pour rendre la pièce plus théâtrale, de même que deux passages dansés pour la rendre plus festive et rythmée?.
Marek ne se contente pas que d?adapter. Vu qu?il a une idée exacte de ce qu?il veut, la mise en scène est gravée dans sa tête. Tout comme il dessine tous les costumes. Lorsqu?il fait lire son adaptation aux membres du CVL, celle-ci fait mouche. Il trouve aussitôt deux complices en Hélène Duvigneau, conseillère principale d?éducation et Marie-Christine Fin, enseignante-documentaliste. Marek met aussi dans le coup deux amis, Anne-Sophie et Yohann. Tous, y compris le proviseur Michel Irrmann, s?emballent pour ce projet de pièce théâtrale et ils en parlent autour d?eux. La surprise vient des élèves qui y adhèrent totalement. Ils se portent volontaires pour y jouer.
Ledit projet prend une telle ampleur que l?institution décide de présenter la pièce au grand public dans un vrai théâtre. Ils jettent leur dévolu sur celui de Port-Louis. Qui dit pièce de cette envergure à monter, dit lourdes dépenses et recherche de parrains. Là encore, c?est Marek qui se met en quête par le biais de courriers visés par Marie-Christine Fin.
Le premier parrain à donner sa bénédiction est Air Mauritius, suivi d?Infinity BPO et de la Fondation Spectacle et Culture de Paul Olsen. Le réseau de billetterie Ôtayô se joint à eux, de même que CIM, Pizza Hut et la Art Academy d?Anna Patten et de Sanedhip Bhimjee qui prêtent quelques costumes. Certains autres costumes ont été réalisés par Anne-Sophie.
Les affiches et affichettes sont offertes par la Mauritius Stationery Manufacturers alors que la State Bank prend à son compte le coût d?impression des programmes. Un autre parrain offre des t-shirts. Comme il s?agit d?un spectacle malgré tout scolaire, la mairie de Port-Louis les exempte des frais de location.
Le Lycée ne doit encourir que les frais des techniciens et ceux du transport des comédiens, figurants et aides en coulisses, dénombrés à 70 élèves. Deux professionnels apportent bénévolement leurs conseils, en l?occurrence Maÿliss Testamarck pour la mise en scène et Stellio Grenouille pour la danse.
Le principal intéressé, qui est resté très modeste, avoue qu?il ne s?attendait pas à une telle réaction en chaîne. Il n?a pas généralement besoin de supplier les élèves-comédiens pour qu?ils viennent aux répétitions durant leur récréation et même le samedi.
Comme cette pièce s?adresse au grand public et que Marek veut attirer le plus grand nombre, les billets pour adolescents et ce, jusqu?à l?âge de 18 ans, seront vendus à Rs 50. Les adultes eux paieront Rs 100. ?Il n?y aura pas de première, ni de seconde. Les premiers arrivés seront les premiers servis?, précise Marie-Christine Fin.
Marek vous promet ?le rêve, le rire et la réflexion?. Rendez-vous est donc pris le 30 novembre et le 1er décembre prochains au théâtre de Port-Louis?
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