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Les parents sous pression

20 octobre 2007, 20:00

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Au départ, c?est un père, c?est une mère. Mais dès que leur enfant entre en cinquième, ils se transforment en parents d?élèves. Ils se mettent à consulter les profs régulièrement, à accompagner leurs enfants dans leurs devoirs, à suivre de près les résultats scolaires, à fermer un peu le robinet des activités parascolaires?

Avec le CPE, c?est toute une « guérilla familiale » qui se met en place. Tiraillés entre la peur de l?avenir et la volonté de bien faire, ils sont sous pression? quand ils ne se mettent pas eux-mêmes la pression. Dans une société qui valorise la performance, difficile de faire autrement. Le spectre de ne pas intégrer une star school vient nourrir encore plus l?angoisse de certains. On a discuté avec beaucoup d?entre eux. Ce qui resort, c?est que c?est une race à part, les parents de CPE.

<B>Les différentes attitudes : </B>

● Il y a ceux qui se sentent coupables, qui voient bien que leurs enfants sont harassés. Mais « c?est une course, on n?y peut rien. C?est la dernière ligne droite, encore un peu de sacrifices, et ce sera bientôt fini », se rassurent-ils.

● Il y a ceux qui doutent. Ils se demandent s?ils ont fait tout ce qu?il fallait, s?ils s?y sont pris à temps, s?ils ont trop forcé, s?ils n?ont pas été assez rigides. « Ai-je bien fait de ne pas lui faire prendre deux leçons en sus de celle qu?il prend à l?école ? »

● Il y a ceux qui ont choisi les enseignants comme alliés. Leur demandant des conseils régulièrement, téléphonant pour qu?ils leur expliquent tel ou tel devoir de mathématiques. « Ou sinon, qui font transférer ceux qu?ils ne jugent pas à la hauteur », lâche une enseignante.

● Il y a le café philo. Ils auraient pu, eux, créer le café des parents CPE. Dans la cour de l?école, au travail entre collègues, ils se parlent, s?entraident, partagent les bouquins? « J?aimerais bien être enseignante », lâche une mère, qui s?est découvert une vocation.

● Disons-le aussi. Certains ont des hidden agendas, parfois inconsciemment. Ils ont tout planifié, veulent des enfants qui sont brillants pour faire comme eux, ou pour compenser ce qu?eux-mêmes ont raté. Et si leurs enfants ne réussissent pas, ils prennent cela comme leur propre échec.

● Il y a ceux qui exagèrent, qui font de leurs enfants des robots. Pas le droit de s?amuser, le mot d?ordre est d?étudier, encore et toujours. Ils veulent qu?ils soient les meilleurs. Ils les comparent même avec les enfants des voisins.

● Il y a, de l?autre côté, des parents qui ne font pas un cas du CPE. Ils ne réalisent pas l?importance de ces examens, car ils sont, de toute façon, pessimistes.

Ou alors, ils ont d?autres soucis, comme de nourrir leurs enfants. « On ne les voit jamais dans les réunions parents-professeurs. Et parfois, leurs enfants ne viennent pas à l?école pendant un mois parce qu?ils les emmènent avec eux dans leur business de ferraille », avance une enseignante.

● Et puis il y a les cool qui n?ont rien changé à leurs habitudes. Leurs enfants ont continué à étudier, à regarder la télé, à jouer. Ils refusent toute psychose autour du CPE.

PS : Il y aura aussi bientôt des désemparés qui ne sauront plus trop comment réorganiser leur vie dans quelques jours, puisqu?il n?y aura plus de devoirs à contrôler, plus besoin d?aller cher-cher les enfants aux leçons particulières. « Est-ce que mon mari va continuer à pré-parer le dîner maintenant que je serai plus libre ? », s?interroge une mère.

Qui a trouvé la meilleure formule dans tout ce beau monde ? Ce n?est pas le plus important, finalement. Ce qui compte, c?est d?encourager l?enfant, de le valoriser à la veille de ces examens. Et puis, le monde ne s?écroulera pas à cause d?un CPE.

<B>D?où vient la pression en fait ? </B>

Elle peut provenir d?une menace, réelle ou imaginée : sur ce qui va arriver si la performance de l?enfant n?est pas à la hauteur des attentes, si l?enfant réussit en dessous de ses capacités réelles et de sa préparation, alors qu?il a investi beaucoup d?efforts. Puis, il y a les conséquences objectives : aura-t-il le collège de son choix ? Aura-t-il à voyager beaucoup pour y aller ? Se retrouvera-t-il avec un « no school » ? Devra-t-il redoubler sa classe ? D?autres craintes sont de l?ordre des appréhensions : le parent, influencé par son histoire personnelle (son manque d?estime de soi, par exemple), mêle pensées réalistes et irréalistes sur les enjeux liés à sa performance. Comment gérer tout cela ? En diminuant ses appréhensions. Est-il vraiment indispensable d?être parmi les premiers pour être heureux ? Est-ce que votre enfant n?a pas de valeur s?il n?a pas bien réussi à un examen ? Est-ce l?école qui fait l?enfant ?

On peut aussi, utiliser ses craintes et trouver une réponse adéquate aux éventuels problèmes. Votre enfant risque-t-il de paniquer ? Vous pouvez peut-être veiller à ce qu?il soit dans les meilleures dispositions pour donner un rendement optimal : être en bonne santé, reposé, en confiance?

<B>Les parents vus par les maitres d?école</B>

<B>Jeeha Sooroojrall, de Hugh Otter Barry de Curepipe

À l?approche des examens, les signes ne trompent pas. Cet établissement qui a eu le meilleur taux de réussite au CPE l?année dernière est témoin du stress palpable des parents d?élèves : « On constate que les élèves sont plus calmes. Certains nous disent que le climat à la maison a changé brutalement. Plus de télévision, plus de sorties. Certains vomissent en classe et enchaînent les maux de tête. Ce que nous faisons, c?est qu?en général nous appelons les parents des élèves concernés pour essayer de dédramatiser la situation et de leur conseiller de continuer à agir comme tous les jours. » L?école a pourtant l?habitude de préparer les élèves à l?enjeu du CPE toute l?année. Mais pendant cette période, le personnel s?est rendu compte que les parents deviennent très exigeants, et cela peut aller à l?encontre des capacités de l?enfant. « Un enfant qui arrive stressé à l?examen risque de passer à côté de ce qui lui est demandé, et ce serait dommage. Donc, j?encourage les parents à adopter la même attitude qu?ils avaient avant que l?examen ne se rapproche. »

<B>Thérèse Laroche, de Marcel Cabon, à Cité-La-Cure

Pour la responsable de cette école située en zone d?éducation prioritaire, la pression est palpable. « Même si les enfants vivent dans une région difficile où la plupart des parents sont pauvres, ce n?est pas pour autant que lesdits parents ne se sentent pas concernés par un examen tel que le CPE. En revanche, à la différence des autres établissements scolaires, nous sommes beaucoup plus luci-des vis-à-vis des résultats et nous devons faire face à la réalité. » S?ils ne s?attendent pas à un taux im-portant de réussite, la directrice dit toujours à ses élèves que ce n?est pas forcément l?obtention d?un certificat qui va leur ouvrir les portes de l?emploi. Elle leur précise toutefois que plusieurs personnes sont arrivées au gouvernement en étant issues de familles défavorisées. « Ainsi, les parents de mon établissement ne sont ni pessimistes, ni optimistes, ils font juste ce qu?ils peuvent avec ce qu?ils ont. »

<B>Mahesh Pramind de Mon-Désert-Mon-Trésor, à Plaine-Magnien

Dans cette école, l?équipe éducative a décidé de relativiser l?événement, en disant tout simplement aux parents que le CPE est une épreuve à considérer certes, mais que ce ne sera pas la dernière que leur enfant rencontrera dans sa vie. Le mieux, c?est donc de ne pas prendre tout cela au premier degré. « Le programme de révision a été mis en place depuis longtemps, et je ne vois pas pourquoi il faudrait que les parents soient inquiets outre mesure. Nous conseillons justement aux parents pendant cette période où nous sommes tous un peu stressés de faire comme ci c?était une évaluation comme une autre », affirme Mahesh.

TÉMOIGNAGES

<B>Une mère qui a voulu garder l?anonymat

« Je dors et je me lève avec cette même pensée dans ma tête. Je me demande ce que mon fils fera lors de ces examens, et s?il aura un bon collège. Je ne le lui dis pas mes angoisses, et c?est pour cela que je préfère témoigner dans l?anonymat. Mais ma grande frayeur, c?est qu?il ait un black out devant son questionnaire. J?ai peur qu?il panique, qu?il oublie tout. Le CPE est trop compétitif. C?est comme une barrière dans l?éducation.

En tant que parent, j?essaye d?être un guide pour mon enfant. Je m?intéresse à ses devoirs, je le fais pratiquer, je lui donne des idées pour ses compositions, je lui fais réciter sa géographie, je fais du map reading. De plus, je vais régulièrement dans les librairies pour acheter des livres et je consulte son enseignant qui me donne des conseils sur la façon dont je peux aider. Quand on sort, on continue à lui expliquer des choses. On lui donne les noms des montagnes, on lui fait réaliser qu?on est, par exemple, dans Grand-Port. ça n?arrête pas. Je crois que l?école seule ne suffit pas. L?enfant ne peut pas tout assimiler en classe. Les parents doivent faire le suivi. Depuis un mois, je dis à mon fils de faire enn ti sakrifis, enn ti presion. Mon mari aide aussi et parfois, on se fâche même. Si je suis à la cuisine et qu?il est avec les enfants et leurs devoirs, j?entends la plupart du temps plus de rires qu?autre chose. Finalement, je crois qu?on a trouvé le bon équilibre pour notre enfant. Mais je ne serai pas tranquille tant qu?on n?aura pas eu les résultats. »

Valérie Labour et sa fille, Carole-Anne

« Je suis de ceux qui pensent qu?un enfant bien dans sa peau peut aller plus loin qu?un autre qu?on a forcé à faire dix mille choses contre sa volonté. C?est pour cela que je ne mets pas trop de pression sur ma fille Carole-Anne. Je ne tiens pas à ce qu?elle devienne un dictionnaire, ni à avoir des rêves à sa place.

Elle me dit toujours qu?elle voudrait aller au BPS, le collège où est sa cousine.

Elle voudrait plus tard devenir vétérinaire. Alors je lui montre que si elle veut avoir ?x ? fruit, il faut planter ?x? arbre. Le reste, c?est elle qui décide. Il m?est arrivé, en entendant parler des performances d?autres enfants, de pousser ma fille. Mais j?ai vite réalisé que cela ne donnait que des résultats négatifs. Depuis, j?essaye de ne pas trop savoir ce que les autres parents font, pour ne pas avoir tendance à faire la même chose. Ma fille est très sensible, je ne veux pas la bousculer. Et je trouve que les choses sont bien comme ça. Ma fille est suffisamment studieuse, elle prend des leçons tous les jours de la semaine, mais le week-end, on ralentit le rythme. Je me dis parfois, quand j?entends parler d?indiscipline dans les collèges, que quand on met la pression sur les enfants en cinquième et sixième, ils relâchent quand ils arrivent au collège et c?est là que ressort toute la révolte. Je me suis arrangée pour prendre mes congés les jours où Carole-Anne va composer. Je tiens à l?accompagner à l?école et à la ramener à la maison après. Je n?ai pas trop envie qu?à la sortie des examens, elle discute encore des papiers avec ses amies et que cela fragilise son moral si elle sent qu?elle a fait une erreur. Cet examen est important, l?avenir de ma fille au collège en dépend, mais qu?elle ait la satisfaction de donner le meilleur d?elle-même, c?est ce qui m?importe. »

<B>Manda et Teckanand Babajee, et leur fille, Manishka

« On dit que les examens seront plus difficiles cette année parce qu?il y a eu trop de A + l?année dernière. Évidemment, ce sont des choses qui vous stressent. Notre fille veut devenir médecin et on considère que notre rôle est de l?encourager et de la guider pour qu?elle atteigne son but. Tous les soirs, à 19 h 30, on s?assoit avec elle et on la suit dans ses devoirs.

Une fois qu?elle a fini, on peut vous dire qu?il ne reste pas beaucoup de temps pour réviser. On voit bien qu?elle est fatiguée et que c?est trop pour un enfant de cet âge.

Mais on est obligé de la pousser si on veut que l?enfant ait une star school. Depuis le troisième trimestre, notre fille prend des leçons 7 jours sur 7. Depuis quelque temps, on ne sort plus le week-end, sauf pour aller chez la grand-mère un court moment. Maintenant, on n?est plus trop ?derrière elle?. On lui dit de faire de son mieux. Ce rythme infernal va se terminer bientôt. On pourra tout le monde se reposer en attendant les résultats, enn lot gran zour. »

Questions à

<B> Om Nath Varma, « Associate professor » au MIE

<B> « Il ne faut pas transmettre d?angoisse à l?enfant »

<B>Plutôt que de dire les enfants sous pression, on vous parle de leurs parents qui sont sous pression, cela vous choque-t-il ?

L?éducation d?un enfant ne concerne pas que ce dernier, et c?est toute la famille qui est impliquée. Il est donc normal que cette dernière soit sous pression. Mais il ne faut pas non plus exagérer. Le stress peut être positif, faire avancer les gens, mais il faut veiller à ne pas transmettre d?angoisse à l?enfant.

Quand ce dernier a travaillé toute une année, que ses parents l?ont soutenu, ils ont fait ce qu?il fallait. Ce n?est pas la peine d?en rajouter. Il y a des parents pour qui la performance de leurs enfants est signe de prestige. Il y en a qui sont ambitieux pour leurs enfants, qui veulent que ces derniers fassent mieux qu?eux. Tout cela est compréhensible. Il faut juste ne pas dépasser la limite pour en faire une obsession et traumatiser ainsi l?enfant.

<B>À la veille d?un examen qu?est-ce que les parents peuvent faire pour aider eurs enfants ?

Il n?existe pas de remède miracle de dernière minute. Ce n?est pas la peine de leur faire tout réviser en deux jours, de leur donner des fortifiants maintenant. Il faut être à l?écoute de l?enfant. C?est lui qui doit choisir ce qu?il veut faire. S?il veut continuer à réviser, s?il veut se reposer pour être en forme, il est le seul

à savoir ce dont il a besoin. Le plus important, c?est que le parent soutienne l?enfant moralement et psychologiquement. Qu?il lui donne confiance et veille à ne pas lui faire faire des devoirs difficiles maintenant et lui faire perdre confiance en ce tout ce qu?il a appris pendant une année. Il faut valoriser ses capacités, et ne pas mettre l?accent sur ses faiblesses, éviter de lui crier dessus, de le comparer avec d?autres.

<B>Une fois les examens terminés, que conseillez-vous ? </B>

De se relaxer, de rester confiant. De ne pas menacer l?enfant avec des phrases du genre « rézilta pe vini mo pou gete ki tonn fer de bon ». Il faut arrêter de tout ramener encore au CPE. Finalement, c?est quoi le CPE ? C?est juste une étape dans l?éducation. Ce n?est pas un test d?intelligence. L?enfant n?a que onze ans, et s?il n?a pas réussi là, il peut encore se rattraper.

On peut échouer à un examen sans pour autant échouer dans la vie.

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