Publicité

Ce lézard qui menace la faune et la flore

13 octobre 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Ce lézard qui menace la faune et la flore

Le lézard de Baie-du-Tombeau a finalement un nom. Il s?agit du gecko géant et diurne de Madagascar, le Phelsuma madagascariensis grandis, espèce introduite à Maurice. Sa belle robe verte, tachetée d?orange ne doit toutefois pas éclipser le fait que ce reptile constitue une menace pour la faune et la flore mauriciennes, prévient le Dr Nik Cole, herpétologiste. Ce dernier, qui gère le Mauritian Reptile Conservation Centre au Durrell Wild-life Conservation Trust, dont le siège est situé sur les îles Anglo-Normandes, ne cache pas son inquiétude face à la propagation vertigineuse de l?animal.

Vivant sur les côtes Nord de la Gran-de île, le lézard a débarqué à Baie-du-Tombeau au milieu des années 1990.

Il est également possible qu?il soit venu de l?île de la Réunion où ce gecko a aussi été introduit. Même si c?est un très beau lézard, son arrivée dans la nature mauricienne est potentiellement un gros problème.

« Le gecko de Madagascar a probablement été amené ici par la voie du commerce des animaux de compagnie, comme dans plusieurs autres pays, où il est en train de décimer des petits animaux invertébrés et de polliniser des plantes envahissantes. De plus, il s?est transformé en redoutable prédateur pour les autres reptiles », poursuit le Dr Cole. En pollinisant les plantes envahissantes, le gecko de Madagascar contribue en effet à la destruction de l?habitat naturel des espè-ces indigènes.

Il prend ses aises en dix ans

Avec plus de dix ans de présence chez nous, il a eu le loisir de prendre ses aises et de s?installer dans des lieux propices à sa propagation. Ainsi, on retrouve des populations à Grand-Baie, Pamplemousses, Port-Louis, Vacoas, Floréal, Flic-en-Flac, Casela, Tamarin, Rivière-Noire, Bel-Ombre et Pointe-d?Esny.

Les gens supposent, en général, que ce gros lézard se nourrit des petits geckos gris que l?on retrouve dans les maisons. Ces derniers sont souvent mal-aimés, car ils salissent les murs et font un bruit désagréable la nuit. Certains Mauriciens ont alors favorisé la propagation des geckos géants de Madagascar en les accueillant dans leur jardin.

« Ce que les gens ne réalisent pas, c?est que le gecko des maisons est plus actif la nuit et qu?il est peu probable qu?il soit dévoré par ce reptile diurne. Le gecko géant de Madagascar a plus de chances de rencontrer, de se battre avec, et de chasser le petit gecko vert de Maurice, qui est actif au même moment que lui », souligne le Dr Cole.

Il faut savoir qu?à Maurice, on compte quatre espèces de geckos endémiques sur l?île principale. Deux d?entre elles sont très rares et sont menacées d?extinction. L?introduction et la prolifération du gecko géant de Madagascar est donc une menace pour la survie des espèces mauriciennes.

« Il est peu probable que les gens qui ont le gecko géant de Madagascar dans leur jardin s?aperçoivent d?un changement quelconque dans la faune native, même après plusieurs années. Mais cela ne signifie pas que ce bouleversement n?est pas en train de se produire. »

Poussées à la disparition

Les recherches que le Dr Cole et son équipe ont menées ont démontré que l?impact des espèces introduites, tel le gecko géant de Madagascar, sur des reptiles endémiques, peut continuer à être indécelable. Et ce, pendant plusieurs années, jusqu?à ce que soudain, on s?aperçoive que les espèces endémiques ont été poussées à la disparition.

« Les gens qui aident à la propagation du gecko géant de Madagascar en l?introduisant dans leur jardin sont en train de menacer par inadvertance l?unique et magnifique nature de Maurice », se désole-t-il. Pourtant, aucune méthode pour se débarrasser des espèces introduites n?a porté ses fruits jusqu?à présent. « La seule précaution à prendre pour le moment est de cesser de les aider à se propager dans d?autres endroits de l?île. Il ne faut pas relâcher des reptiles non natifs dans la nature comme des tortues, les caméléons, les iguanes et d?autres espèces de petits lézards. »

À PROPOS DU SPECIALISTE

Le Dr Nik Cole est aussi Research Associate à la School of Biological Sciences de l?université de Bristol, au Royaume-Uni. Il est membre de l?International Union for the Conservation of Nature and Natural Resources/SSC Invasive Species Specialist Group.

Publicité