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Trois policiers trop zélés en ligne de mire

13 octobre 2007, 20:00

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Trois policiers trop zélés en ligne de mire

La Major Crime Investigation Team (MCIT) est de nouveau sur la sellette. Un de ses membres est cette fois accusé d?avoir outrepassé ses droits en procédant, lundi, à la fouille corporelle d?une vingtaine d?employés d?un centre d?appels à la cybertour d?Ébène. La policière en question se serait fait aider par deux officiers de la Criminal Investigation Division (CID). L?objet recherché : le portable qu?aurait perdu la s?ur d?une policière affectée à cette unité.

Choqués par l?attitude des policiers, les employés ont rapporté l?affaire au Police Complaints Bureau et en ont fait part au commissaire de police dans un courrier. Ils ont, par ailleurs, retenu les services de Me Jean-Claude Bibi, avocat.

Cette affaire vient remettre en lumière les agissements de certains policiers de cette unité qui a, par le passé, plusieurs fois défrayé la chronique. Il est aux alentours de 16 heures lundi. Une télé-opératrice employée à la cybertour se rend compte que son téléphone portable a disparu. Une rapi-de recherche dans ses affaires ne donne aucun résultat. Elle en fait part à quel-ques-uns de ses collègues qui expliquent n?avoir rien vu.

Persuadée de s?être fait voler son portable, elle finit par accuser deux de ses collègues avec qui elle ne s?entend guère et menace même d?appeler la police. « On n?a pas tout de suite compris ce qui se passait. Elle s?est mise à insulter une des filles qui travaillait sur une autre table en l?accusant d?avoir volé son portable », explique Christopher, télé-opérateur depuis quelques mois.

L?affaire prend rapidement une tour-nure désagréable. Quelques collègues tentent en vain de raisonner la propriétaire du portable, lui expliquant qu?elle aurait pu l?égarer n?importe où. La propriétaire de téléphone mobile s?énerve et se met à insulter ses collègues de travail. « On aurait dit qu?elle était complètement hystérique. Il était im-possible de lui faire entendre raison », raconte un témoin de la scène. La jeune femme se serait, selon ses dires, calmée quelques minutes plus tard, avant de regagner son poste de travail.

« Je me suis mise à pleurer »

Moins d?une heure plus tard, trois personnes, affirmant être de la police, font irruption dans la société pour procéder à une fouille. Les employés comprendront bien plus tard que leur collègue, ne retrouvant pas son portable, aurait téléphoné à sa s?ur, qui se trouve être membre de la MCIT. Cette dernière, accompagnée de deux autres officiers de cette même unité, s?est rendue à la cybertour pour y effectuer des fouilles.

Après s?être identifiés et avoir expliqué le motif de leur intervention, ces policiers en civil réunissent la vingtaine d?employés qui s?y trouvent et les introduisent un à un dans une piè-ce adjacente. « La policière était dans la salle pendant que les deux hommes qui l?accompagnaient notaient les noms des employés sur des morceaux de papier. Cer-tains ont essayé de protester, mais ils se sont rapidement calmés lorsque les policiers ont menacé de les arrêter », relate une em-ployée encore sous le choc. Et de poursuivre : « Je ne savais pas très bien ce qui nous attendait à l?intérieur, mais quand j?ai réalisé que je devais complètement me déshabiller pour qu?elle fasse une fouille, je me suis mise à pleurer. »

« Agressivité » de la policière

Une fois dans la pièce, les employés ont été forcés d?enlever tous leurs vêtements avant de se soumettre à une fouille « in-time ». Une fois cet exercice terminé, ils ont été autorisés à reprendre leur travail. Mais le portable en question n?a pas été retrouvé. « On pouvait entendre des cris qui provenaient des bureaux en face. C?était comme si quelqu?un hurlait des ordres. Ce n?est que bien plus tard qu?on a su que la police était venue faire une fouille », explique une employée qui travaille au même étage pour le compte d?une autre société.

Selon les dires de la jeune femme, au départ des policiers, les employés, qui ont expliqué ce qui s?était passé, semblaient choqués. « Les filles pleuraient et voulaient seulement rentrer chez elles », raconte-t-elle.

Clarel, télé-opérateur pour le compte d?une autre société, confie avoir assisté à la scène, à l?intérieur de la salle de formation, par l?intermédiaire de la baie vitrée. « Pendant que les employées ôtaient leurs vêtements, la policière vérifiait qu?il n?y avait rien dedans. On a tout d?abord cru qu?il s?agissait d?une blague, mais on s?est vite ravisé quand on a vu pleurer les filles qui se succédaient dans la pièce. La policière les a ensuite obligées à écarter les jambes, les bras, et à se pencher en avant. C?était un moment très humiliant pour elles », explique-t-il.

Une version que confirme un autre employé du centre d?appels, qui ex-plique, quant à lui, avoir été frappé par l?« agressivité » de la policière à l?égard des employées.

Un groupe d?employés s?est rendu, deux jours plus tard, au Police Complaints Bureau, à Port-Louis, pour, dit-il, « dénoncer » l?attitude des policiers. Ils ont également fait parvenir une lettre au commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, pour l?informer des événements de lundi. « C?est tout simplement inadmissible que des policiers se comportent de la sorte. Ils ont humilié ceux qui travaillaient cet après-midi-là », lâche, en colère, un employé qui explique avoir été forcé à se prêter à la fouille corporelle.

L?homme de loi des employés, Me Jean-Claude Bibi, fait ressortir, de son côté, que les officiers du Com-plaints Bureau ont, dans un premier temps, refusé de recueillir les dépositions des employés, affirmant qu?une seule personne serait nécessaire pour cet exercice. « Il a fallu que j?intervienne pour que mes clients puissent finalement consigner leurs dépositions. Il y a un réel problème au sein de la MCIT et cette affaire en est un exemple flagrant », décla-re Jean-Claude Bibi.

Ce groupe d?employés est revenu en détail sur les événements de cette soirée. Ils se sont, par ailleurs, exprimés sur les ondes de Radio One vendredi et ont suscité l?indignation dans l?opinion publique. « Ces femmes ont été humiliées et parmi elles, il y avait une femme enceinte de cinq mois. Cette attitude, surtout de la part de policiers, est inacceptable », fait ressortir Me Bibi.

Encore sous le choc

Du côté des Casernes centrales, l?on explique qu?il ne pouvait s?agir d?une opération de police, puisque rien n?a été consigné officiellement à cet effet. D?au-cuns affirment que les trois policiers n?étaient pas en service au moment où ils auraient fait irruption à la cybertour.

Dépassés par les proportions prises par cette affaire, une enquête sera initiée sur les événements de lundi à la suite des plaintes déposées par les employés. Ces derniers, qui ne comptent pas en rester là, envisagent de référer le cas à la Commission des droits de l?homme. En attendant, certaines des employées du centre d?appels, encore sous le choc, confient ne plus vouloir se rendre sur leur lieu de travail.

FOUILLES CORPORELLES : LES REGLES A RESPECTER

Les policiers montrés du doigt par les employés du centre d?appels n?ont clairement pas suivi les procédures. Non seulement ils n?ont pas consigné cette opération dans le registre comme le stipule le règlement, mais ils n?étaient, par ailleurs, pas de service au moment des faits. Ils n?étaient donc pas autorisés à effectuer une descente et encore moins à procéder à une fouille dans les locaux du centre d?appels. De plus, ils n?étaient munis d?aucun mandat de recherche à cet effet.

Une fouille corporelle, expliquent des hommes de loi, peut être effectuée en deux occasions : lorsque des policiers ont de bonnes raisons de croire qu?un individu est impliqué dans un acte illégal ? comme dissimuler sur lui de la drogue ? et lorsque le consentement de la personne en question est obtenu.

Mais en cas de refus, les policiers sont autorisés à placer le suspect en détention jusqu?à ce que le mandat soit obtenu pour procéder à une fouille corporelle. « Dans le cas qui nous occupe, outre les abus de pouvoir qu?ont commis ces policiers, le vol d?un simple téléphone portable ne peut justifier le fait de forcer 18 personnes à se dénuder sur leur lieu de travail », explique un homme de loi au fait de ces procédures. Et d?ajouter : « Il ne fait aucun doute que ces policiers n?ont pas respecté les droits qu?ils sont censés défendre. »

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