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« La France ne laissera pas tomber Maurice »

13 octobre 2007, 20:00

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De Paris à Port-Louis, êtes-vous un ambassadeur heureux ?

Très heureux ! Je souhaitais venir dans un pays d?Afrique avec qui la France a une relation forte, pas uniquement « diplomatique ». Être un observateur ne m?intéressait pas. Je voulais pouvoir participer au développement du pays. À Maurice, je suis comblé. D?autant que j?ai reçu ici un accueil extraordinaire. Ce n?est pas dans tous les pays que les ambassadeurs sont accueillis, le jour de leur arrivée, par le président de la République, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères.

Quels enseignements tirez-vous de ce premier mois à Maurice ?

Je suis impressionné par le dynamisme du pays. Il y a cependant beaucoup de choses à développer, notamment en matière de protection de l?environnement et d?aménagement du territoire.

Quels sont les contours de votre plan d?action ?

La France a été aux côtés de Maurice depuis l?indépendance, et elle l?est aujourd?hui plus que jamais. Voilà pour le cadre général. Concrètement, priorité à l?éducation et à la formation. C?est à la fois un besoin de Maurice et une priorité de la France. Je souhaite, par exemple, augmenter le nombre de bénéficiaires de bourses d?études.

Le deuxième point concerne l?environnement et les énergies renouvelables. Là encore, nos deux pays ont beaucoup de choses à faire ensemble. Un autre chantier important est celui des infrastructures. Je pense en particulier à la modernisation du port, où des entreprises françaises travaillent déjà. Il y a aussi l?extension de l?aéroport et les transports terrestres. On parle de métro léger depuis des années, or des entreprises françaises ont atteint un niveau d?excellence dans ce domaine. L?AFD (Agence française de développement, NdlR) est prête à financer ces projets.

La nouvelle politique d?immigration prônée par Nicolas Sarkozy aura-t-elle un impact sur l?octroi des visas aux Mauriciens ?

Non. La France a toujours été un pays d?accueil et elle le restera. Le problème, c?est l?immigration clandestine. Or, il n?y a pas de menace importante en provenance de Maurice. Nous délivrons 14 000 visas par an. Sur dix demandes, neuf sont satisfaites ; il n?y a aucune raison que ça change. Je suis même prêt à réexaminer, personnellement, des cas de refus. Je l?ai déjà fait depuis mon arrivée, et je continuerai à le faire.

Il était question de supprimer les visas pour les Mauriciens effectuant un court séjour en France et dans les pays Shengen. Ce dossier avance ?

Au niveau européen, la décision est prise. Reste maintenant à signer un accord avec Maurice. Je pense que c?est une affaire de quelques mois. La négociation n?a pas encore commencé, c?est difficile d?être plus précis.

« Priorité à l?éducation : je souhaite augmenter le nombre de bénéficiaires de bourses d?études »

De lourdes menaces pè-sent actuellement sur les exportations mau-riciennes de sucre et de thon. L?ami français semble bien discret sur ces sujets?

Si vous voulez dire que nous n?avons pas fait de diplomatie déclarative, vous avez sans doute raison. Mais si nous ne l?avons pas fait, c?est que nous n?avions pas le sentiment que de grandes déclarations auraient servi les intérêts de Maurice et ceux des autres pays ACP. Moi qui travaille sur ces sujets, je peux vous dire que nous sommes très actifs.

La France ne laissera pas tomber Maurice. Je vous rappelle que nous avons été un des rares pays européens à nous opposer à la dénonciation du Pro-tocole sucre. Pour le thon, c?est pareil, nous ne restons pas les bras croisés. J?insiste : il faut distinguer la diplomatie déclarative ? qui est parfois utile ? de la diplomatie de négociation. Celle-ci ne se mène pas forcément devant les micros.

Qu?est-ce que vous inspire le climat politique délétère de ces dernières semaines ?

Vous avez une presse extrêmement vivante. Elle amplifie beaucoup les petites phrases?

Vous semblez les aimer, ces « petites phrases ». N?est-ce pas « Le Canard enchaîné » sur votre bureau ?

Si, j?aime bien la presse qui amplifie ! Mais j?ai tout de même l?impression que la classe politique mauricienne est beaucoup plus soudée qu?elle n?en donne l?impression. Je crois qu?il y a à Maurice un consensus sur le modèle de développement et sur les grands choix.

Un malaise semble s?être installé parmi certains Mauriciens d?origine européenne, lesquels s?offusquent des propos du Premier ministre?

Le Premier ministre a dit que ce n?était pas les Blancs qu?il visait, et il l?a dit assez clairement.

Le « noubanisme » est un concept absent des amphithéâtres de l?ENA?

On parle peu créole à l?ENA, c?est le problème.

L?autre problème, c?est Tromelin. Comment ôter cette épine dans le pied de nos deux pays ?

Tromelin n?est pas une épine. L?idée de cogestion reste d?actualité, nous travaillons en ce sens. La France fera des propositions, et nous examinerons celles de Maurice. Mais je ne souhaite pas entrer davantage dans les détails. Nous réservons la primeur de nos propositions aux autorités mauriciennes.

La petite île Maurice est-elle trop gourmande aux yeux de la France ?

Non, chacun joue sa partition, c?est normal. Mais il n?y a aucune raison que Tromelin soit un abcès, ni même un contentieux entre nos deux pays.

Le vôtre vit au ryth-me du rugby. À quel-ques heures d?une demi-finale contre l?Angleterre (l?interview a été réalisée jeudi NdlR), faites mentir l?adage qui veut qu?un diplomate ne se mouille pas : osez un pronostic !

Un collègue britannique m?avait confié qu?il pariait sur une finale France-Argentine. De mon côté, j?avais misé sur un Angleterre-Afrique du Sud. C?est de la diplomatie ovale?

En passant, la franchise est-elle la meilleure des diplomaties ?

De façon générale, oui. En diplomatie on ne peut pas mentir. La diplomatie, c?est interagir les uns avec les autres. À partir du moment où on ment, tout se détraque, ça me paraît évident.

Ne détraquons rien, d?autant que nous arrivons au bout. Puisque vous découvrez Maurice, allons-y pour un questionnaire « Première fois ». Premier mot de créole ?

Bann dimounn.

Première satisfaction ?

Mes collaborateurs de l?ambassade : ils sont assez top !

Première déception ?

Je n?ai pas trouvé de club d?escrime.

Premier cadeau de bienvenue ?

Le jour de mon arrivée, un livre d?histoire de Maurice que j?ai trouvé passionnant.

Première soirée arrosée ?

La semaine prochaine.

Premier coup de gueule

Je le garde pour mon retour en France.

Première décision ?

Améliorer le site Internet de l?ambassade.

Premier dossier sensible ?

Les dossiers économiques européens.

Premier SMS ?

Trop vieux pour ça.

Première langue de bois ?

C?est quoi la langue de bois ?

Premier mensonge au nom des intérêts de la France ?

J?allais dire jamais? mais c?est dangereux !

Premier péché ?

Ah, je suis un grand pécheur. Surtout en matière de gourmandise.

Premier « rougaille-saucisses » ?

Le jour de mon arrivée.

Dernière volonté avant le point final ?

Remercier tous les Mauriciens pour la chaleur de leur accueil.

BIO EXPRESS

● Né le 17 juillet 1952 à Auxerre (France).

● Marié, père de deux enfants.

● Diplomate de carrière depuis 1981.

● Précédents postes : Hong-Kong, Tokyo et Paris.

● Ancien élève de l?ENA (l?École nationale d?administration, où est notamment passé un certain? Nicolas Sarkozy).

● Parle le japonais et le chinois.

● Signe particulier : un certain goût pour les sommets (alpinisme) et les profondeurs (plongée sous-marine).

SES 5 DATES

■ 1963 Discours de Martin Luther King, « I have a dream ».

■ 1969 Rencontre Marina, sa « companera », d?origine espagnole.

■ 1975 Voyage en Inde.

« Une découverte des richesses du monde. »

■ 1989 Chute du mur de Berlin.

■ 1991 Devient papa (de Kenji, puis Jun). « Un job merveilleux. »

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