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A la poubelle, 6 000 peaux de cerf et Rs 18 m de cuir importé

7 octobre 2007, 20:00

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A quoi servait la peau du cerf avant l?heureuse initiative prise par Jean Alain Lalouette pour valoriser cette matière première particulièrement estimable ? Uniquement à garantir au consommateur qu?il est bel et bien en train d?acheter de la viande de cerf et non celle du b?uf ou encore du bouc ou du cabri. Qui ne se souvient pas de ces morceaux de viande, parvenant à la cuisine, enrobés d?une couche de poils sanguinolents et tenant davantage du hérisson que du velours. Bon ! ces poils hirsutes, pleins de sang caillé, établissaient incontestablement l?origine fauve et même faisandée de cette viande. Fallait-il encore se débarrasser de cette peau horriblement charcutée, parfois même à la machette, avant de mettre le cerf au pot, comme le recommande Henri Quatrebornes, Route Saint-Jean. Que faire alors de cette peau, payée pourtant rubis sur ongle car son poids faisait dûment partie de celui du morceau choisi, pesé et vendu ? Selon les foyers et autres âtres, elle allait directement à la poubelle ou était donnée aux chiens, à condition qu?ils ne soient pas trop difficiles ou délicats.

Mais tout cela concerne l?avant Jean Alain Lalouette. Arrive donc cet administrateur de la propriété sucrière de Bel Ombre et ce directeur de Deer Farming Ltd, compagnie spécialisée dans l?élevage du cerf en feedlot (parcs d?embouche). Il n?accepte pas que la belle robe fauve des bêtes, qu?il élève avec un soin jaloux, puisse être condamnée à la poubelle ou encore à la panse de chiens errants ou tenus en laisse.

Il creuse ses méninges. Les études, concernant l?utilisation optimale de la peau de cerf, sont pratiquement inexistantes avant lui. Il entame ses propres recherches. Il lit tout ce qui lui tombe entre les mains concernant ce sujet. Il lit même La Peau de Malaparte, Peau d?âne de Perrault, Peau noire, masques blancs de Frantz, non pas Faon, mais Fanon, comme les deux pendants de la mitre d?évêque que des cancres confondent souvent avec le bonnet d?âne de leurs souvenirs d?enfance. Il note soigneusement les mises en garde, contenues dans Peau d?ours d?Henri Calet. Mais sa désolation, devant le manque d?intérêt intellectuel pour la peau de cerf, est telle que son livre de chevet demeure, bien sûr, La Peau de chagrin d?Honoré de Balzac.

Le constat, auquel il aboutit assez vite, n?a rien pourtant de poilant ni n?invite à reprendre du poil de la bête. Il appert que, bon an mal an, au moins six mille peaux de cerf vont ainsi à la poubelle ou aux chiens. Il s?en faut d?un poil d?ailleurs qu?il laisse tout tomber. Le réconfort salvifique lui vient des tanneurs qui se révèlent au poil, en l?occurrence. M. Yousouf Beekun de la tannerie Luxor lui fait savoir qu?a priori il n?y a aucun obstacle au traitement de la peau de cerf. Celle-ci est même plus épaisse que celle du b?uf ou du cabri : entre 6 et 8 mm contre 4 ou 5 mm pour ceux-ci. Darwin dirait que c?est en prévision de l?honneur d?être une cible de choix. Il est toutefois impérieux que la peau de cerf à être tannée soit enlevée sans être abîmée afin de préserver sa beauté et sa valeur. Il rejette catégoriquement les peaux/passoires parce qu?une horde de chasseurs a déversé toute la mitraille à sa disposition sur l?infortuné cervidé, ayant commis la bêtise de faire son jogging dominical, à proximité de leurs miradors. Le tanneur Beekun conseille même l?utilisation d?un petit compresseur pour détacher la peau à l?aide d?air comprimé. Il déplore même les marques et cicatrices, causées par les égratignures et les parasites. Fort heureusement, les cerfs, élevés en feedlots, échappent souvent à ces injures de la vie dans les bois. Paradoxalement la peau de cerf, couverte de poils, fauves à souhait, a davantage de valeur marchande que la peau nue car débarrassée, onéreusement, de ses poils.

Jean Claude Fleury, directeur de l?Office national de l?Artisanat, confirme que les touristes sont friands d?articles d?artisanat, fabriqués à l?aide de peau de cerf (les poils certifiant, comme de bien entendu, qu?on ne cherche pas à leur faire prendre la peau d?un reclus de basse étable pour celle d?un roi de la forêt). La peau de cerf, dûment assouplie, convient à la production de sacs à main, de porte-clés, de bracelets de montre mais pas de cerfs-volants. En revanche la peau de cerf se prête à de superbes articles de décoration.

C?est bête ! Faute de penser, comme le fait si bien Jean Alain Lalouette, au meilleur usage à faire de 6 000 peaux de cerf inutilisées annuellement jusque-là, le pays importe, dans le même laps de temps, pour Rs 18,6 millions de peaux et d?objets en cuir. Comme l??uf de Colomb, il suffisait d?utiliser ses méninges. Par saint Hubert, ce que nous pouvions être bêtes ! Lalouette annonce donc, non pas le printemps, mais les débuts d?une belle industrie artisanale, faisant honneur à notre destination touristique.

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