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Steak

5 octobre 2007, 00:00

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Une fois admis le principe que toute blague est destinée à faire rire ou sourire, on reconnaîtra également que la réussite d?une blague dépend autant, sinon encore plus, de son destinataire que de son auteur. Encore faut-il pour cela que le destinataire reconnaisse et accepte d?une manière ou d?un autre, les codes utilisés par l?auteur de la blague. Ce qui sous-entend que les deux soient sur une même longueur d?onde dans leur manière de voir les choses, au moins dans le contexte de la blague en question.

Rien par exemple, n?aurait empêché que Steak, film de Quentin Dupieux, soit perçu comme un mauvais ?thriller ado? ou comme un mauvais mélodrame, si ce n?était la toute première séquence. On y voit un militaire au volant d?une jeep qui, en voulant rattraper sa perruque emportée par le vent, finit par faire un accident. L?ironie fait sourire, pour peu que l?on soit accoutumé à ce genre d?humour et, autre élément venant confirmer l?idée qu?il s?agit bien d?une comédie : l?apparition de Ramzy Bedia accoutré comme un collégien, malgré son âge. Il est rejoint par son complice Éric Judor quelques séquences plus tard et les deux nous refont plus ou moins leur numéro habituel. Leur humour bête qui avait prêté à sourire et même à rire dans leurs films précédents se révèle ici nettement moins efficace, peut-être parce que, cette fois, le duo n?a pris aucune part dans le scénario. Steak étant un film entièrement écrit par Quentin Dupieux. Au fil des renseignements glanés ça et là, il apparaît que ce dernier est très connu en tant que réalisateur de ?clips? de ce qu?on appelle ?musique électronique?. Sous le pseudonyme de ?Monsieur Oizo?, il aurait également été l?auteur d?un tube au succès mondial utilisé pour une publicité (celle d?une célèbre marque de jeans) dans laquelle il mettait en scène une marionnette qu?il avait lui-même créée.

C?est dire que Quentin Dupieux est susceptible de passer sinon pour un génie, du moins pour un homme de talent, dans certains milieux à prétention artistique. De fait, une certaine presse dite ?intellectuelle? ayant un peu tendance à sacrifier aux goûts du moment (sous prétexte d?ouverture) a trouvé certains mérites à Steak : celui d?avoir un titre sans aucun rapport avec l?histoire racontée, d?être ?décharné?, de ne ressembler à rien et de risquer un bide complet au box-office, entre autres. Rien n?est plus vrai. Il n?est effectivement jamais question de tranche de viande dans cette histoire. Le film ressemble vaguement à une parodie de thriller ado dans laquelle, en l?an 2016, des adolescents vêtus et coiffés comme dans les années 1950, se livrent à d?impitoyables concours de frime où celui qui n?a pas le gadget, l?accessoire de mode ou le lifting le plus tendance est considéré comme n?étant absolument pas fréquentable. Dire qu?on pourra y voir une critique des mentalités de notre époque laisserait supposer qu?il y aurait quelque chose à y voir et justement, rien n?est moins certain. Steak est une comédie, cela on peut plus ou moins l?affirmer après avoir reconnu les codes utilisés ; mais en dehors de cela, on n?est sûr de rien, même pas des moments qui sont censés faire rire. Pas de scénario, pas un seul gag efficace et pas de comédiens non plus, puisque l?humour degré zéro d?Éric et Ramzy se perd dans toute cette soupasse sans saveur, mais avec beaucoup de prétention. Tout porte même à croire que cette démarche de Quentin Dupieux serait délibérée, à en juger par la laideur des images. Nihilisme ? Humour pour un cercle restreint d?initiés ? Ou tout simplement incompétence? ?

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