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La culture de la danse

3 octobre 2007, 00:00

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Emilie Deepchand, née Jacq, n?a que 27 ans et pourtant, elle a évolué comme danseuse classique dans plusieurs corps de ballet dont celui du Grand Théâtre de Genève. Tout comme elle a été dirigée par des chorégraphes contemporains célèbres tels que David Allen, Thierry Malandrin ou John Neumeier.

Mais contrairement aux autres petites filles, elle n?a jamais voulu être danseuse étoile. Ni sa jumelle Charlotte d?ailleurs. En fait, ces Normandes de naissance avaient un trop-plein d?énergie à canaliser. Leurs parents, qui étaient à l?époque négociants en vins et en spiritueux, les ont d?abord fait apprendre la natation. Discipline qu?elles ont détestée. ?Ma maman nous a arbitrairement mis à la danse. Cela ne nous plaisait pas car nous étions un peu garçons manqués. Mais à force de pratiquer, Charlotte et moi avons fini par apprécier la rigueur qui accompagne la danse classique et surtout son côté athlétique?.

Lorsqu?elles s?y mettent sous la houlette d?un professeur dont l?époux est sujet à l?Opéra de Paris, elles sont déjà adolescentes. Ce qui est assez tard pour contempler un avenir de danseuse étoile. De toutes les façons, explique Emilie, son rêve n?a jamais été de l?être, même quand elle s?est mise à aimer la danse classique. ?Je voulais certes faire une carrière comme danseuse mais je voulais surtout voyager et être guidée par des chorégraphes contemporains de renom?.

Pour mieux cerner leurs niveaux, les jumelles Jacq apprennent des variations classiques et participent aux concours de danse organisés par les théâtres de France. Les trois quarts du temps, elles sortent premières ex-aequo.

Ambitionnant d?être au top niveau, elles décident à 16 ans de s?inscrire à l?école Rosela Hightower à Cannes. Cette ville étant dans la direction opposée de leur région natale, elles sont obligées de vivre l?internat. L?école Rosela Hightower a été fondée par la danseuse étoile américaine du même nom et l?établissement jouit d?une excellente réputation.

Là, Emilie et Charlotte font six heures de danse, du classique comme du contemporain, vont à l?école à la mi-journée et reprennent la danse à leur retour d?école et ce jusqu?au soir. ?La danse est une machine à broyer les faibles physiquement et psychologiquement. Pour réussir, il faut être forte et s?accrocher?. Malgré cet emploi du temps quasi-militaire et éreintant, Emilie et sa jumelle réussissent leur baccalauréat. La direction de l?école leur propose d?intégrer le ballet de l?école, à savoir le Jeune Ballet International.

Ce type de proposition ne se refusant pas, Emilie et sa s?ur rejoignent ce corps de ballet où elles travaillent sous la direction de chorégraphes de renom tels que ceux susmentionnés, de même que Lionel Hoche et Angelin Preljocaj. Ces derniers remontent des spectacles déjà joués et le Jeune Ballet International donne une série de représentations.

Pour pouvoir intégrer les meilleurs corps de ballet, Emilie multiplie les auditions en France et dans les pays riverains. ?Il faut être très fort pour passer les auditions car on a généralement plus d?échecs que de réussites. On peut faire 1 000 kilomètres en train, arriver à l?audition exténuée, se retrouver parmi 300 autres candidats à passer devant le chorégraphe qui est là pour écrémer. Les chorégraphes ont une image de la danseuse qu?ils recherchent dans leur tête et si ça ne correspond pas, on est viré. Ils cherchent généralement une locomotive qui apprend vite et tire les autres et pas un wagon?.

C?est après un tel exercice qu?elle est acceptée au Heinz Bosl-Stiftung de Munich. Mais Emilie ne supporte pas la direction dictatoriale du corps de ballet et claque la porte pour passer une audition en Suisse. C?est ainsi qu?elle intègre le théâtre de Genève où elle danse sous la supervision du chorégraphe italien Georgio Mancini. Comme Emilie veut briller, elle prend en parallèle des cours avec le chorégraphe David Allen du ballet de New York qu?elle qualifie de ?maître à danser?.

Pendant trois ans, elle cumule leçons et représentations. ?C?était très physique. Avec Allen, j?ai appris à aller plus loin au niveau physique. C?est tellement physique que l?on pouvait s?évanouir pendant le cours?. Elle a aussi l?occasion d?apprendre avec le chorégraphe allemand John Neumeier qui remonte Le Sacre du Printemps sur une musique de Stravinsky. Emilie apprécie également de pouvoir danser sur des opéras en complément des chanteurs lyriques et de l?orchestre philharmonique.

A force de repousser ses limites toujours plus loin, Emilie se blesse mais ne s?arrête pas pour se soigner tant la compétition est féroce. ?C?est un univers plus que compétitif. On sait que 200 filles attendent pour prendre la place de celle qui se blessera?. A un moment, Emilie n?en peut plus. Elle se sent usée et décide de raccrocher en tant que danseuse. Dorénavant, elle veut transmettre le savoir qu?elle a accumulé.

Pour cela, elle prend un cours pour être professeur au Conservatoire National de Danse de Paris et à l?examen, elle sort deuxième de sa promotion. Elle est recrutée au Conservatoire d?Annecy où elle enseigne la danse classique aux adolescentes de 14 ans. Elle ouvre aussi son cours aux élèves du primaire pour que les garçons découvrent les bienfaits de la danse classique et anime un autre cours pour les handicapés. ?C?était dur mais en même temps super car très relationnel?.

A la fin, Emilie, sa jumelle et leurs parents émigrent sur Toulouse ?où il fait plus chaud qu?en Normandie? et ouvrent une école de danse. Elles recrutent cinq autres professeurs de danse et démarrent des cours de danse classique et contemporaine pour les trois à 50 ans. Leur école fait le plein de monde. Cette histoire aurait pu continuer à se conjuguer en famille s?il n?y avait eu la rencontre d?Emilie avec le Mauricien Murveen Deepchand, qui étudie l?informatique à Toulouse.

L?idylle du départ mue en amour d?une telle intensité qu?ils décident de sceller leurs destins en juillet dernier. C?est ainsi qu?Emilie se retrouve à Maurice. Son désir de transmettre étant tout aussi fort, elle se renseigne ça et là sur ce qui se fait. Sa rencontre avec Michèle Dulthummun, propriétaire des gymnases Body Tic et Fitzone est déterminante. ?Michèle et moi sommes tombées d?accord que je démarre des classes de danses classique et contemporaine. Pour les enfants de six ans, ce sera une initiation à la danse. Pour ceux de huit ans à monter, ce sera du ballet classique. Pour les 12 ans et plus, j?animerai des classes de jazz moderne?. Pour les adultes, ce sera des classes de pilâte, technique de remise en forme qui fait travailler les muscles profonds.

Emilie qui a assisté à un spectacle de danse récemment, a été choquée de voir la maigre assistance. ?J?ai l?impression que tout ce qui est classique et contemporain est confidentiel à Maurice. Cela ne touche pas un public large et c?est dommage. Dans la danse, il n?y a pas que l?aspect athlétique. C?est un art qui est chargé d?histoire. Il y a toute une culture de la danse que j?aimerai faire connaître. Je n?ai pas la prétention de vouloir vulgariser mais de contribuer un petit peu?. La voilà prête à se lancer?

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