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L?université de Maurice à l?ère de la politicaille

1 octobre 2007, 00:00

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Ils ne lésinent ni sur les moyens ni sur les discours stéréotypés. Outre la structuration de la campagne, les mêmes moyens sont déployés. Affiches, banderoles, tracts, mise à disposition le jour du scrutin de la nourriture destinée aux agents? Bref, tout y est. L?élection de la Students Union est l?occasion pour nos jeunes universitaires candidats et électeurs de prétendre aux sensations de la politicaillerie nationale.

Les choses se présentent mal et sont beaucoup plus graves qu?on puisse le croire. Car c?est aussi une affaire de sectarisme, de lobbies et de financements occultes. Enfin, il ne faut pas trop s?en étonner. Lorsqu?il est question de pouvoir, tous les moyens sont bons et surtout ceux où on exprime le mépris de ses pairs.

?Les rumeurs, les colportages et les diffamations sont courants. On va même jusqu?à dénigrer des étudiantes, accuser de vol d?autres personnes et menacer de persécution ceux qui ne votent pas pour vous?, affirme un étudiant qui, sous le couvert de l?anonymat, explique qu?il aurait bien aimé participer à cette élection mais que son caractère rébarbatif l?a complètement refroidi. Pour ceux qui participent ou qui ont participé, les choses ne sont pas aussi obscures que cela.

C?est l?avis de Soobeersingh Dhunoo, président sortant de l?union, et qui après obtention de son diplôme, a pris de l?emploi. Toujours présent sur le campus néanmoins pour assurer les dernières activités de l?union, il précise que les équipes qui se présentent ?ne sont pas supposées avoir des affinités avec des groupes ou des partis politiques?. Mais le bruit court et il ne serait pas sans fondement. Le témoignage de quelques anciens universitaires confirme que l?élection de l?union est souvent le prétexte pour quelques partis de tenter une entrée sur le campus.

Même que certains partis politiques proposeraient leur financement. ?Néanmoins, les équipes sont supposées s?autofinancer avec le soutien des membres et supporters. Chacun selon ses moyens apporte sa contribution?, ajoute Soobeersingh Dhunoo qui confie que lors de l?élection de l?année dernière, son équipe avait réuni Rs 16 000. Une somme consacrée à la réalisation des affiches et banderoles et à assurer la nourriture de ceux qui devaient ?al tir dimoun dan klas pou vote? pendant les deux jours du scrutin.

Cependant, notre interlocuteur confirme que pour l?exercice de l?année, un parti politique avait approché son équipe pour l?aider financièrement. ?Dans ce cas, c?est à nous de préserver notre intégrité. Si on est élu avec le soutien d?un groupe externe, on ne sera plus indépendant et neutre dans notre action. Ce serait comme en Inde où les partis interviennent lors de l?élection de la Students Union.?

<B>?Rien ne se fait ouvertement?

Rizwan Chumroo, étudiant en quatrième année de physiothérapie, qui participe à l?élection du Students Council (voir encadré), soutient que ?rien ne se fait ouvertement?. Comprenez par là que, comme pour les élections nationales, le discours officiel est souvent en décalage avec le discours tenu en groupes spécifiques. ?On dira toujours que le sectarisme n?existe pas mais la réalité peut être différente. Je n?arrive pas à comprendre cela. Je ne peux non plus comprendre que lorsqu?on va voter, on puisse réfléchir en termes de religion, de communauté ou de caste alors que tout est une question d?intérêt collectif des étudiants et des compétences des candidats. Pour ma part, je fonde mon action sur mes réalisations et mon programme car je trouve cela bête de demander de voter pour soi parce qu?on est de la même communauté?, soutient Rizwan Chumroo.

En fait, l?élection de la Students Union reprend les mêmes poncifs que les élections nationales et régionales. On retrouve des partis avec une même effervescence électorale. ?Je ne peux pas dire s?il y a des équipes qui sont soutenues par des partis politiques ou non mais je peux comprendre qu?un vivier de quelque 8 000 étudiants, sans compter les autres institutions tertiaires avec lesquelles l?université de Maurice a des liens, peut représenter une tentation pour les partis politiques, commente Jonathan Ravat, président de l?union en 2003-2004, qui prépare actuellement son MPhil. C?est un large réseau composé de jeunes électeurs et de potentiels politiciens et ce n?est pas négligeable. Bien au contraire.?

C?est à mots voilés que ces jeunes évoquent la présence des thématiques sectaires et populistes sur le campus. Cela se comprend, mais il y a aussi le fait que l?élément communal n?est pas aussi systématique et prépondérant que lors des consultations nationales. La preuve : la présidence de Jonathan Ravat et d?autres candidats qui ne sont pas issus de la communauté majoritaire et qui ont occupé ce poste. ?Cela prouve qu?on ne doit pas être fataliste. On peut briser le tabou. On peut ne pas se laisser faire par la tendance générale. Il y a des bonnes volontés à l?université qui ne sont pas prises au piège du racisme ambiant. L?important est de les en préserver. A l?université, il y a la possibilité de vivre un véritable cosmopolitisme intellectuel et spirituel?, fait ressortir Jonathan Ravat.

?Dans l?ensemble, il y a des propositions très raisonnables et valables. Cela prouve que des équipes tiennent vraiment à c?ur l?amélioration de la vie sur le campus. Mais il est aussi vrai que l?année dernière, certains n?ont pas hésité à faire venir la Voice of Hindu sur le campus. Ouvertement, ils n?oseront jamais faire valoir l?argument sectaire mais??, conclut Soobeersingh Dhunoo.

On est à Maurice. L?île arc-en-ciel. On est à l?université de Maurice. Le havre du savoir. On n?en est pas moins dans une certaine forme de médiocrité intellectuelle et civique.

<B>Technicités</B>

L?élection de la ?Students Union? se tient chaque année. Dix élus composent ensuite le conseil. Quatre assurent la permanence parmi lesquels sont désignés le président, le vice-président, le trésorier et le secrétaire. Ils sont épaulés par quatre représentants des différentes facultés et par un autre représentant de la ?School of Advanced Computing?. Le financement de la ?Students Union? est assuré par une cotisation des étudiants. Le montant de la somme a évolué ces dernières années, passant de Rs 150 pour atteindre Rs 250 en cette année universitaire. Ce qui fait que le budget actuel avoisinerait quelque Rs 1.6 million. Cet argent sert, entre autres, à financer les activités de la quarantaine de clubs qui sont affiliés à l?union et à faciliter la vie des étudiants sur le campus? Le budget de l?union est contrôlé par l?administration de l?université. Pour l?élection de cette année, quatre équipes se présentent dont ?United Students?, ?Campus Student Force?, ?Students Voice? et ?Voice of University?. Le scrutin est prévu les 9 et 10 octobre prochains. Les étudiants auront l?occasion de faire leur choix entre 10 et 17 heures et les résultats seront connus le 11 octobre. Pour l?élection du ?Student Council?, l?élection aura lieu le huit octobre entre 9 heures et midi. Pour cette élection, le dépouillement se fait à huis clos par l?administration de l?université. C?est une élection qui se tient chaque deux ans.

QUESTIONS À ...

<B>Roukaya Kasenally

Chargée de cours en média à l?université de Maurice</B>

?JE SUIS CHOQUÉE...?

● <B>A quoi sert l?élection de la ?Students Union? ? </B>

C?est dans les structures de toutes les universités. On a besoin d?une union qui représente les intérêts et reprend les préoccupations des étudiants. Il s?agit, entre autres, de définir des concepts d?action et des orientations générales pour faciliter la vie des étudiants tant au niveau académique que la vie sur le campus. C?est une structure qu?à celui de se fait le porte-voix des étudiants vis-à-vis de l?administration et des académiques.

● <B> C?est une structure utile mais, à la vue des moyens déployés pour remporter cette élection, on se demande d?où provient l?argent qui assure la campagne de certaines équipes qui se présentent. </B>

C?est, en effet, quelque chose qui m?a toujours frappé. Des équipes disposent effectivement des moyens de bord extraordinaires lorsqu?on regarde l?ampleur des campagnes d?affichage, des banderoles et autres tracts qui sont utilisés. Il y a une réelle sophistication de la campagne en termes de moyens financiers qui laisse perplexe. Certaines équipes s?autofinancent. D?autres pourraient avoir l?appui de sponsors. Tous les moyens sont utilisés pour mettre en exergue le visuel. Les affiches, par exemple, mettent l?accent sur l?image des candidats. On note même une agressivité à ce niveau. Une réelle surenchère, une escalade au plan des moyens pour atteindre une grande visibilité. C?est le même réflexe dépensier et le même souci de l?image qu?on enregistre lors de nos campagnes électorales.

● <B> Il semblerait que le réflexe ne se limite pas aux seuls moyens financiers mais que le discours aussi serait très sectaire?</B>

Je suis, à ce chapitre, choquée par un certain type de discours et de messages. Des termes et expressions comme ?shakti? ou ?voice of university? qui ne sont pas innocents. C?est très ethnicisé. On emprunte des codes du mainstream politique. La contradiction et le paradoxe viennent du fait qu?on est supposé, à l?université, être dans un environnement qui ne subit pas de cloisonnement ethnique. A l?inverse, on se retrouve avec un campus qui est devenu le microcosme de la politique mauricienne reflétant une vision sectaire et une approche binaire des choses.

● <B>Vous n?interpellez pas les étudiants lorsque vous constatez cela ? </B>

Le phénomène du regroupement ethnique est perceptible dans des salles de cours ou à la cantine également. Lorsqu?on interpelle ces étudiants, ils commencent à prendre conscience que la reproduction des modèles de vie et des schémas figés indique une incapacité à s?inventer de la jeunesse. Ils réalisent qu?il n?est pas sain d?évoluer au sein d?une société fragmentée, que ces banderoles avec des messages ethniques traduisent une prise réductrice de la réalité sociale, que derrière le sectarisme, il y a un vide intellectuel? Ces jeunes ont, en ce sens, besoin de notre support et d?un sens de direction car autrement, ils vont finir par croire que l?absurde, tel qu?ils le pratiquent, est la norme. C?est pour cela aussi qu?il faut dire aujourd?hui que la majorité des étudiants de l?université sont divisés sur le plan communal. Même les sociétés culturelles ou politiques et autres clubs composés des étudiants sont marqués ethniquement. Il y a une tentation à reproduire la culture politique des aînés. On copie, on émule ce que font les politiques. Je ne serais, par conséquent, pas surprise, si des équipes à cette élection de la ?Students Union? font appel au financement des partis politiques et qu?elles font campagne sur des thèmes comme ?nou bann? et ?zot bann??

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