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À propos des « nou/zot »
Face à la portée polémique d?arguments de type « nou/zot » qui ont marqué l?actualité de ces dernières semaines à Maurice, la question qui se pose n?est peut-être pas de savoir s?ils sont justifiés ou pas, s?ils sont rationnels ou pas.
Peu importe également de savoir si les individus porteurs de ces arguments « pensent ce qu?ils disent », s?ils sont de « véritables racistes » ou pas. Le fond du problème ne se situe pas là.
Le fond du problème est sans doute davantage de comprendre ce qui favorise la récurrence des discours à vocation communautariste (ou, en termes péjoratifs : « racistes », « communalistes », ou « noubanistes ») dans les fonctions politiques. Ces discours s?inscrivent dans un cadre précis, et tirent tout leur sens et toute leur force émotionnelle de ce cadre. Quel est-il ?
Il est significatif que les arguments de nature communautariste, même lorsqu?ils ne désignent pas explicitement une communauté, font allusion à la part de ladite communauté et à sa contribution dans le système mauricien. L?idée étant de signifier que cette part ne serait pas légitime au regard de la contribution apportée, que la communauté en question prendrait plus que ce à quoi elle devrait pouvoir prétendre. Ainsi, « dinosaures » sous-entendra que le groupe désigné disposerait de privilèges hérités d?un autre âge et qui ne sont plus en accord avec la distribution des ressources qui « devrait » prévaloir.
Le présupposé de tels discours est que chaque communauté, en fonction de sa contribution à la démographie, à l?économie, à la politique, et même à l?histoire, aurait une part légitime (ni plus, ni moins) d?un « gâteau national ». Le deuxième présupposé qui accompagne le premier, est donc que si une communauté prend plus que sa part, cela se fait au détriment d?une autre. Généralement, la tendance est de considérer que les « Zot » prennent une part disproportionnée au détriment des « Nou », ou que les « Zot » veulent empêcher les « Nou » de prendre la part qui devrait leur revenir.
À la racine de cette conception, un modèle national dont l?élément de base est, non pas l?individu, mais la communauté. Dans un tel système, l?individu reste subordonné à la communauté ? aussi bien l?électeur dont on va supposer qu?il votera de préférence pour un candidat de la même appartenance ethnique que lui ; que le best loser désigné pour équilibrer des représentations communautaires au Parlement ; que le dirigeant politique appelé à être alternativement représentant de nation et représentant de communauté en fonction des situations.
Outre le fait que les arguments de type noubaniste sont réducteurs (fonctionnant sur le principe du « tous les ? sont ? ») et ne reflètent pas toute la réalité sociale mauricienne, ils sont l?expression d?un système fondé sur la compétition inter-ethnique. On est alors en droit de se demander si la représentation égalitariste des communautés permet réellement d?assurer l?égalité de tous les individus-citoyens ?
Catherine BOUDET
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