Publicité
Le parc marin menacé
Les machines sont à l??uvre depuis mercredi. Pelleteuses et marteaux-piqueurs s?activent à refaire le portrait de la plage de Balaclava située en face de l?hôtel Sagar, actuellement en construction. La plage est nettoyée, les roches sont brisées, avant d?être enlevées. Rien d?étonnant qu?un hôtel veuille offrir une plage de rêve à sa clientèle. Le hic, c?est que le lieu se situe en bordure du parc marin de Balaclava, une zone hautement protégée.
Les riverains et les amoureux de la mer ont vite fait de crier au scandale.
« Nous avons alerté la Police de l?environnement? », disent-ils. Interrogé, le ministère de l?Environnement tente de noyer le poisson. « Nous ne pouvons vous répondre, car les techniciens sont pris dans un comité », nous fait-on comprendre vendredi. Lorsqu?on revient à l?assaut quelques heures plus tard, même réponse, mais avec une variante. « Normalement, avant d?entrer dans un parc marin, il faut obtenir l?autorisation du ministère de l?Agro-industrie qui nous informe de la demande à son tour. »
Il faut accéder aux lieux par la mer pour avoir une idée de l?avancée des travaux pour la création d?une plage artificielle.
De là, on peut constater, affirme l?océanographe et ingénieur en environnement, Vassen Kauppaymuthoo, que des roches ont été enlevées. « Un parc marin est censé être un site protégé. Pour pouvoir y faire des plongées, il faut un permis délivré par les autorités compétentes. Comment se fait-il alors qu?on ait pu permettre à un promoteur hôtelier d?entrer dans la mer, d?enlever les coraux et de nettoyer la plage ? », tempête-t-il.
Des sites riches, mais fragiles
Pire, les édifices ont été érigés à deux mètres de la plage, alors que la loi préconise une distance minimum de 15 mètres à partir du high water mark. Le promoteur, Blue Ocean Ltd, n?était pas disponible pour une déclaration.
Seuls Balaclava et Blue-Bay sont déclarés parcs marins. Avec l?entrée en vigueur des Marine Reserves Protection Areas Regulations, les parcs marins décrétés comme tels en 1997 sont officiellement protégés. La protection du lagon est censée interdire la pêche au casier, à la ligne et à la senne. Les bateaux de pêche ne peuvent s?en approcher à moins d?un kilomètre.
Les sites de Balaclava et de Blue-Bay ont été choisis pour leur faune et leur étonnante richesse corallienne. Les coraux sont endémiques. On retrouve près de 135 espèces de poissons et 25 types de coraux sur ces deux sites exceptionnels. Avec une superficie de 485 hectares à Balaclava entre la Batterie des Mortiers et la Petite-Pointe-aux-Piments, le fond marin laisse un bel héritage entièrement naturel.
Avoir de beaux fonds marins à montrer, c?est bon pour l?écotourisme. Seulement aussi riches que puissent être ces sites, ils sont aussi très fragiles. D?où l?importance de les préserver et d?éduquer la population à l?utilité de l?écosystème marin. Mais il semblerait qu?on ait oublié le caractère écologique du site à défaut d?un projet purement lucratif.
LE PROJET HOTELIER EN TROIS DATES
■ Le 27 mars 2006 : La compagnie Scene-Ries Consult Ltd est retenue par le groupe Sagar Hotels and Resorts Ltd pour la réalisation du rapport d?étude d?impact environnemental. L?étude portait sur la construction d?un hôtel de 195 chambres sur un terrain d?une superficie de 67 023 m2.
■ Le 12 avril 2006 : Le rapport EIA a été soumis au ministère de l?Environnement.
■ Le 29 juin 2006 : Le ministère accorde l?EIA licence. Celle-ci stipule que les roches existantes, le long de la plage, ne doivent en aucun cas être retirées et que toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour préserver le parc marin. Par ailleurs, une lettre du ministère de l?Environnement, adressée au promoteur le 9 décembre 2005, atteste que « the implementation of the hotel project should not jeopardise the existence of the marine park ». Mais du côté de la direction de l?établissement hôtelier, personne n?a souhaité s?exprimer.
Publicité
Publicité
Les plus récents