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François Randabel et l?asphaltage nouveau
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François Randabel et l?asphaltage nouveau
François Randabel, directeur de Randabel and Sons, présente à la presse à la fin de septembre 1982, un asphaltage routier d?une longévité supérieure à dix ans. Il s?agit du procédé d?enrobés à chaud. Il diffère de celui utilisé par le ministère des Travaux. Généreux, comme à l?accoutumée, il estime que ce dernier s?en tient à l?ancien procédé, en dépit de sa durabilité douteuse (à peine un été dans le pire des cas) en raison du coût supérieur de la méthode d?enrobés à chaud. Par pure bonté d?âme, il omet d?insinuer que le réasphaltage des mêmes routes, après toute saison cyclonique particulièrement chaude et pluvieuse, arrange considérablement les affaires des contracteurs véreux comme celles de ceux qu?ils doivent préalablement arroser, pour ne rien dire des autres adeptes de la lubrification des phalanges, pour reprendre l?expression choisie de Volcy.
Nos routes et autoroutes asphaltées d?enrobés à chaud, lisses et veloutés comme des tapis de billard, nous font heureusement oublier les années maudites d?avant 1982, quand les nids-de-poule parsemaient nos chaussées goudronnées à l?ancienne. Un balai de bambou faisait alors ruisseler, sur une poignée de macadams, un goudron chauffé à même le drum, à l?aide d?un feu de bois et de pneus usagés, dégageant la plus polluante des fumées. Ephémère est alors ce soulagement car le prochain ensoleillement fait fondre ce goudron douteux, éparpillant les macadams et remettant à nu le nid-de-poule que la prochaine averse approfondira davantage. Il n?y a plus qu?à recommencer, après de nouvelles lubrifications des phalanges.
La réfection totale d?une route est encore plus problématique. Tout d?abord, elle doit se justifier irréfutablement. Avant les travaux, on lance le mot d?ordre interdisant toute réfection partielle. Les nids-de-poule s?accumulent jusqu?à atteindre le nombre requis au mètre carré. Quand le slalom des véhicules, tentant vainement d?échapper à ceux-ci ? sappe dans caraille tombe dan di fé ? atteint un stade suffisamment dangereux (poids lourds embourbés, collision due à des réflexes identiques au même moment, etc.), l?ordre est enfin donné d?ouvrir le chantier et donc de fermer la route à la circulation. La chose devient même amusante, à Curepipe par exemple, quand de simples cantonniers bloquent la route Royale entre Sainte-Hélène et Sainte-Thérèse ou encore la rue Jerningham entre Curepipe-Road et Ian-Palach. La police locale ose une timide contestation qui s?évanouit devant le péremptoire : ?Ministère ine dire fermé !? Les automobilistes, moins nombreux qu?aujourd?hui, il est vrai, n?ont plus qu?à se débrouiller comme ils le peuvent. Et les ministres et leur escorte policière ? me direz-vous. Ils font comme tout le monde car l?escorte motorisée est alors réservée au gouverneur général, à Gaëtan Duval (qu?il soit ou non vice-Premier ministre) et à Chacha Ramgoolam, dans ses seuls déplacements ultra-protocolaires (le 12 mars au Champ de Mars, par exemple). Autre temps, autres m?urs !
La réfection routière se fait alors à grands renforts de camions, déchargeant des monticules de macadams de différents grades, servant également de base de ravitaillement à des petits malins, opérant selon le principe du pas-capave-empesse-dimoune-coquin. Dans des nuages de poussière, les cantonniers, entre deux parties de domino ou de roumi, étalent le reliquat de macadams de différents grades sur la chaussée. Une chaudière mobile, remorquée par un dumper ou un tracteur, permet à deux ou trois man?uvres d?arroser, de bitume brûlant, les couches de macadam, sous le regard émerveillé du reste de la troupe. Après plusieurs jours d?attente et de refroidissement du bitume nouveau, un rouleau compresseur assure interminablement le va-et-vient pour tasser le tout, toujours sous le regard attendri de la troupe, plus médusée que jamais. Quelques jours d?attente encore, pour donner le temps au ministre de se préparer psychologiquement à l?opération coupe-ruban et, au bout de plusieurs semaines, la route est solennellement rendue aux automobilistes, en attendant les prochaines grandes averses, devant forer les futurs nids-de-poule et les travaux à venir, d?abord partiels puis complets.
Randabel and Sons met fin à ce rituel de réfection routière. Depuis 1975 déjà, cette firme, spécialisée en travaux publics ? ayant mis volontairement fin à ses opérations en raison de la corruption envahissante et gangrenante à Maurice ?, sèche et chauffe les macadams de différents calibres dans l?appareil d?enrobage. Ils en sortent à 140°C et sont dûment criblés en quatre catégories. Un extracteur aspire la poussière superfine pour en faire un filler. Les macadams sont dûment pesés et déchargés dans un malaxeur spécial pour être mélangés avec le bitume chaud. Ce dernier enrobe les macadams pour en faire un béton bitumeux qui est répandu sur la chaussée, après l?épandage d?une émulsion de bitume pour assurer l?adhérence. Refroidi le mélange est d?une grande stabilité, cohésif et étanche. Le procédé est utilisé avec succès pour la piste d?atterrissage des Boeing à Plaisance, le tronçon d?autoroute Port-Louis?T-Rouge et le test par excellence : la rue Chasteauneuf à Curepipe.
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