Publicité

SOS jeunesse en danger !

28 septembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La violence est présente dans toute l?île pratiquement sous toutes ses formes et quels que soient les milieux sociaux, au domicile, à l?école, au sein de la famille, dans la rue, etc. Mais pourquoi tant de ?haine? à l?égard des enfants ?

La violence physique (les châtiments corporels) et les abus sexuels se retrouvent dans le cercle familial, scolaire et les institutions de placement. La famille est une notion essentielle pour le bon développement de l?enfant : elle implique une relation de solidarité et de soutien mutuel qui permet à ce dernier de s?ancrer dans un sentiment d?appartenance assez fort basé sur des valeurs et des traditions communes. Cependant, une grave crise affecte la famille mauricienne élargie et nucléaire (père, mère, enfants) et remet en cause la protection accordée au sein du noyau familial.

La violence physique et les agressions verbales sont une pratique courante dans l?exercice de l?autorité parentale. Elle est considérée comme nécessaire et légitime tant par les parents que par les enfants. Les ?corrections? vont des coups de bâton ou de rotin, gifles, brimades ou insultes à des pratiques humiliantes et dégradantes, qui s?accompagnent parfois de violences psychologiques. On les retrouve dans toutes les classes sociales et à tous les niveaux d?instruction.

On admet communément ?qu?une violence légère, modérée et non nuisible est acceptable, voire normale et parfois même nécessaire dans le processus de socialisation?, reconnaissent unanimement les sociologues locaux. Ainsi présentée, la frontière entre ?correction? et maltraitance devient floue et difficile à déterminer.

Notre société condamne rarement les pratiques, quand elle ne les encourage pas explicitement à travers des adages ou la façon dont on définit un ?bon? parent ou une ?bonne éducation?. Ainsi, ?dresser son enfant? est considéré comme un devoir de père et de mère ?digne de ce nom? et ceux-ci se justifient souvent en expliquant qu?ils ont eux-mêmes subi ce genre de violence et que c?est ce qui a permis à leurs parents de les ?éduquer?.

Dans son rapport de 2006, l?Ombudsperson pour les enfants à Maurice rapportait que les enfants interrogés trouvaient ?normal? qu?un parent, (un grand frère notamment dans le cas des filles) frappe un enfant pour le ?corriger?. Cette forme de punition toutefois admise au sein de la famille ne saurait être tolérée de la part d?un enseignant ou de tout autre adulte étranger à la famille.

Les groupes de réflexion qui relayent l?Ombudsperson ont révélé par ailleurs des niveaux élevés de violence verbale et physique entre frères et s?urs ou d?autres enfants dans la sphère familiale. Les filles sont aussi victimes de brutalités de la part de leurs jeunes frères.

Les perceptions diffèrent selon les générations : les aînés considèrent que les m?urs se détériorent et condamnent l?approche moderne jugée trop ?douce?, trop laxiste en matière d?éducation. La violence sexuelle dans la cellule familiale, elle, n?est pas toujours le fait de personnes ayant un lien de sang direct avec l?enfant, mais des proches (beaux-parents, voisins et amis de la famille, connaissances, etc.).

Elle a un caractère tabou et reste ?protégée? par un profond silence. Ainsi personne n?ose dénoncer les abus de notoriété publique par peur de représailles, pour ?préserver l?honneur familial? ou pour ?ne pas se mêler des affaires d?autrui?. Certaines femmes qui ne jouissent d?aucune indépendance financière se taisent pour ne pas remettre en cause leur sécurité matérielle.

La Child Development Unit (CDU) a dénombré 106 cas d?inceste pour l?année 2006, soit 16 % des cas d?abus sexuels. L?écrasante majorité des cas d?inceste concerne bien évidemment les filles. Cette situation ne s?aggrave du fait des dénonciations encouragées par les campagnes de sensibilisation. La CDU mentionne également la vente et le prêt de vidéos pornographiques aux enfants de moins de 12 ans que les parents laissent sans surveillance. Le phénomène n?est pas anodin.

L?abandon (et son corollaire, la violence institutionnelle) est certainement la forme de violence la plus insidieuse envers les enfants : un parent ou un tuteur légal crée délibérément et en toute légalité une rupture du lien familial entre son enfant et lui (ou elle).

L?alibi invoqué est la perte de maîtrise de l?enfant devenu ?hors de contrôle?. Le parent se présente devant le magistrat qui en fait le constat et l?enfant se retrouve en placement pour une durée minimale de deux années ! Comme le fait remarquer une psychologue mauricienne : ?Si certains parents prenaient le temps de discuter de s dernière fugue avec leur adolescent au lieu de se poser en parents démissionnaires et s?en remettre aussi radicalement à la justice, cela épargnerait à l?enfant bien des souffrances liées au placement en milieu institutionnel, où s?amalgament fugueurs, délinquants de tous acabits et criminels en herbe? car la Constitution mauricienne ne reconnaît pas l?enfermement des mineurs en conflit avec la loi?.

Les enfants ?institutionnalisés? ont souvent vécu, avant d?atterrir dans un orphelinat ou centre de réhabilitation, une situation familiale difficile où les parents ne peuvent ou ne veulent plus s?occuper d?eux. Ils sont fragilisés et se remettent difficilement de leur ?institutionnalisation?. Le phénomène d?abandon est intimement lié aux grossesses prématurées, aux viols, à la prostitution et à la pauvreté. La CDU a recensé 84 cas d?abandon pour l?année 2006.

L?Organisation non-gouvernementale Terre de Paix tente de retrouver les mères qui sont souvent impliquées dans des réseaux de prostitution, droguées ou alcooliques, avec un niveau d?alphabétisation très limité et les accompagne pour qu?elles reprennent leurs enfants. ?Les filles mères, totalement démunies, souvent abandonnées par leur partenaire et leurs parents vivent leur situation comme une fatalité et finissent par abandonner leurs bébés. Il s?agit de rompre avec ce cercle vicieux !? Petite note d?espoir dans ce constat triste et consternant de la situation des mal-aimés de Maurice à qui on vole leur enfance.

VIOLENCE JUVÉNILE

<B>Un phénomène qui prend de l?ampleur</B>

L?auto violence juvénile n?est pas de la violence au sens stricte mais le phénomène devient préoccupant parce qu?il prend de l?ampleur : la forme la plus flagrante en est le suicide. Il est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 19 ans après les accidents de la route !

L?auto violence peut aussi prendre la forme de grossesse précoce qui résulte d?abus sexuels sur des adolescentes ou les grossesses voulues par elles. Les grossesses précoces sont une forme de violence des adolescentes envers elles-mêmes dans la mesure où elles se retrouvent soudainement et prématurément confrontées à des responsabilités auxquelles elles ne sont pas préparées. Ces filles ont rarement les moyens financiers et moraux de s?assumer seules.

Elles sont dans une situation de détresse telle que certaines en viennent à attenter à leur vie et à celle de leur progéniture. ?Derrière les grossesses précoces se tapissent bien souvent le spectre de la vulnérabilité sociale et économique, l?absence d?éducation sexuelle, d?information sur la contraception et une certaine banalisation des relations sexuelles précoces.? Et pour compléter ce tableau déjà assez sombre, les jeunes filles concernées sont également contraintes d?interrompre leur scolarité. La proportion de grossesse précoce à Maurice est de 2 à 3 % chez les adolescentes de 15 à 17 ans. Chez les filles de 10 à 14 ans qui n?ont pas atteint la majorité sexuelle, ce taux est de 1 % et résulte dans la majorité des cas de viols ou de cas d?inceste.

MILIEU SCOLAIRE

<B>Agressions psychologiques et physiques</B>

Dans les écoles privées ou publiques, la violence s?exprime au travers des châtiments corporels, humiliations et pratiques dégradantes, intimidations, violences sexuelles, brimades, rackets, bizutage, etc. Elle est exercée par des enseignants contre des élèves, des élèves vis-à-vis des enseignants, et des élèves entre eux.

Le Mauritius Research Council souligne dans son rapport sur ?l?indiscipline et les violences dans les collèges? les violences perpétrées par les enseignants contre les élèves (harcèlement moral, mise à l?écart, racisme dissimulé, harcèlement sexuel, etc.). Moins visibles, plus feutrées et rarement dénoncées, elles passent pour une ?volonté éducative? (punitions).

Une mère enseignante témoigne : ?Certains enfants subissent des violences psychologiques à l?école primaire : les cahiers sont jetés à la poubelle, les enseignants déchirent systématiquement les livres des élèves. Une fillette a eu la diarrhée en classe, à la suite de quoi l?instituteur l?a surnommée pendant des mois ?kaka dan kalson??.

Cette année, la Child Development Unit (CDU) a relevé 17 cas d?abus physiques. Pour leur défense, les enseignants incriminés expliquent leurs gifles, langage insultant, retenus et renvois des ?punitions d?antan pour domestiquer les élèves indisciplinés (coups de bâton, ?rotin bazar?, etc.)?.

La CDU note que le harcèlement moral des élèves est surtout du fait de leurs pairs. ?Ce phénomène est dû notamment à la consommation d?alcool et de drogue en hausse dans les écoles ou à l?extérieur.? La consommation d?alcool est interdite au moins de 18 ans. Néanmoins les élèves s?en procurent auprès de commerçants peu scrupuleux, font l?école buissonnière pour les consommer sur les plages ou dans les bungalows et sous leur emprise, violentent les plus jeunes.

Une mère raconte : ?Mon enfant de 10 ans faisait des cauchemars et ne voulait plus aller à l?école. Il a fallu intervenir pour faire cesser son calvaire et lui faire reprendre confiance en lui et en l?école.?

S?agissant du harcèlement sexuel, un tribunal a condamné en mars 2006 les parents d?un garçon à des dommages moraux pour harcèlement infligé par leur fils à un autre garçon. En février 2006, un réseau de vidéos clips pornographiques impliquant des jeunes scolarisés a été découvert. Les élèves utilisaient leurs téléphones portables pour filmer, puis les images circulaient librement sur Internet ou portables.

Les directeurs d?écoles se plaignent régulièrement des livres et supports pornographiques qui circulent dans leur établissement. Les enfants s?en défendent en déplorant le manque de communication au sein de la famille. Selon eux, des psychologues et sexologues devraient les sensibiliser sur les relations affectives, le respect d?autrui et d?eux-mêmes.

Enfin, la violence à l?école se manifeste également par la pression psychologique exercée sur les enfants, notamment pour l?examen de fin de cycle en vue de l?obtention du certificat d?études primaire. On accuse depuis longtemps ce concours imposé aux enfants de 11 ans d?être une source de stress énorme. Pour eux comme pour les parents qui, soucieux d?assurer à leurs enfants une place dans les meilleures écoles secondaires, les obligent à prendre des leçons particulières qui sont devenues une véritable institution dans l?île. A l?âge de 10 ans, un enfant peut passer jusqu?à 50 heures par semaine à l?école et en cours particuliers dispensés même le week-end ou pendant les vacances scolaires. Sans compter les devoirs et les leçons.

R.S

Publicité