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Une police orpheline
La délinquance pose un défi que l'Etat a de plus en plus de mal à relever. Les chiffres officiels révèlent l?étendue du fléau. Dans la rue, le sentiment d'insécurité se renforce. La seule riposte des pouvoirs publics jusqu?ici a été de proposer un durcissement de la loi contre les actes de banditisme. Cela n?a pas eu l?effet escompté sur les malfrats. Au contraire, leurs agissements deviennent plus audacieux.
On ne compte plus le nombre d?agressions dans les espaces publics. Mais c?est le cas de l?enseignante menacée et volée en plein jour dans le parking d?un grand centre commercial à Curepipe qui illustre la nette aggravation du phénomène. En regagnant sa voiture après ses courses, cette femme de 45 ans s?est retrouvée face à deux hommes encagoulés et armés. Terrifiée, elle leur a remis ses clefs avant de s?enfuir. Personne n?est venu à son secours. Durant la même semaine, une douzaine de vols avec violence a été rapportée à travers le pays. A chaque fois, les délinquants ont agi avec la même facilité et la réaction des passants et des autorités a été faible.
Du reste, le constat du Bureau Central des Statistiques (BCS) est implacable. Il établit une progression globale de la délinquance dans le pays. Le nombre de délits sexuels rapportés l?an dernier est en hausse de 34 %. Le nombre de délits rapportés à la police est passé à 190 168 contre 159 208 l?année précédente. Le nombre d?homicides et de délits associés a augmenté de plus de 13 %. Entretemps, note le rapport du BCS, le budget alloué à la police a subi une légère baisse en termes de pourcentage du budget de l?Etat.
La situation sur le terrain sécuritaire peut faire du tort à l?image du pays. Déjà, cette semaine le magazine Economist a attiré l?attention sur le fait que Maurice figure sur une liste de huit pays africains où la bonne gouvernance est en recul. ?There were partial reversals of earlier gains?, écrit le prestigieux journal britannique se basant lui-même sur un classement établi par Freedom House, une ONG américaine. Celle-ci attribue la mauvaise performance de Maurice essentiellement à la dégradation de l?ordre et la paix publics : ?Mauritius?s civil liberties rating declined from 1 to 2 because of an increase in crime and the government?s failure to address it.? Ils ont bien raison les rédacteurs du rapport. L'insécurité sape les libertés civiles.
Cette crise sécuritaire, et ses répercussions dans les médias étrangers, devraient conduire les dirigeants à prendre conscience de l?enjeu et de réfléchir sur les mesures à prendre pour combattre plus efficacement la délinquance. Par exemple, le Premier ministre pourrait, à l?occasion d?un éventuel remaniement créer un poste à plein temps pour un ministre de l?Intérieur. Alors, la police ne se sentira plus orpheline.
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