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Steppin?
Depuis l?époque du cinéma muet et jusque dans les années 1960, les Noirs au cinéma étaient presque toujours montrés comme étant des simples d?esprit tout justes bons à se contorsionner le visage de manière comique tout en roulant de gros yeux pour déclamer des lignes du genre : ? Yassah missy Scarlett, I is a comin? ! ?. Tout en ne perdant jamais leur sens inné du rythme, cela va sans dire. D?autre part, l?image de James Dean en adolescent rebelle n?a depuis bientôt un demi-siècle, jamais cessé d?être cyniquement exploitée afin de conforter même les plus moutonneux des adolescents dans leur fantasme qu?eux aussi peuvent être des rebelles, rien qu?en suivant la mode du moment. Ce sont les réflexions qu?évoquent Steppin?.
Pour ceux qui ne savent pas, le stepping est une danse afro-américaine adaptée du boot dance des mineurs sud-africains. On devine que le réalisateur, un franco-américain nommé Sylvain White, a voulu partager son engouement sincère pour cette forme d?expression artistique ainsi que pour le break dance américain. Steppin? est un film parsemé de chorégraphies sur lesquelles il aurait préférable de se voir fournir un minimum d?explications. On y voit des danseurs se lancer des défis dont on a du mal à saisir l?enjeu et leurs mouvements semblent constituer un langage qui reste assez abscons pour le néophyte. Ils ont une grande maîtrise et les chorégraphies dégagent une formidable énergie, mais les scènes de danse ne sont réellement impressionnantes que quand le réalisateur a la bonne idée de ne pas trop s?en mêler. C?est-à-dire, lorsqu?il se contente de les filmer correctement, au lieu de vouloir faire de l??art? non seulement avec des ralentis inopportuns dans l?image, mais aussi avec des ralentis dans la bande sonore.
Les scènes de danse sont celles qui surnagent. Les autres sombrent complètement à cause de l?effrayante lourdeur de leur interprétation, des dialogues et de la réalisation. On peut évidemment prendre le parti d?en rire, surtout devant les sempiternelles séquences d?entraînement / jogging filmées au ralenti.
Steppin? a tout du produit ciblant un certain public : les jeunes Afro-américains et ceux qui sous d?autres cieux s?identifient à cette population. Autrement dit, ceux que le parler branché appelle un public Black. Voulant donc toucher ce public, les scénaristes lui servent ce à quoi il est censé s?identifier. Un jeune Noir de 18 ans répondant au nom de DJ / Colombus Short, champion de break dance au passé chargé (gangs, bagarres de rues, mort du frère, etc) fuit Los Angeles et intègre une université d?Atlanta réservée uniquement aux Noirs. La demoiselle dont il tombe amoureux est Noire, ses amis sont tous Noirs, le rival est Noir, les amis du rival sont tous Noirs, etc. L?absence de diversité raciale et l?accumulation de clichés (rival sournois et prêt à toutes les bassesses, père de la jeune fille maladivement protecteur) fait penser à une version sucrée d?un de ces Blaxploitation movies des années 1970. On a aussi droit aux comportements censés caractériser cette culture Black : baratin, grandes gueules, sexisme, notamment. Aspects qui pour être caricaturaux, ont leur part de réel, comme les vêtements trop amples, le blouson avec capuchon porté en plein été et la casquette de travers. Depuis plusieurs décennies qu?il est ciblé de toutes les manières ce public a dû apprendre à ne pas trop se poser des questions. Autrement, il se demanderait si cette fameuse culture Black n?aurait pas été créée de toutes pièces avant de devenir la réalité d?aujourd?hui. Il se demanderait aussi si cette image de lui est beaucoup plus valorisante que celle qu?offrait le cinéma d?autrefois.
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