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Shooter
<B>Tireur d?élite</B>
Signe que les temps changent par rapport aux décennies précédentes, aucun thriller américain à succès ne se fait de nos jours sans qu?il ne soit question de scandale étouffé par le pouvoir, l?abus, la trahison et d?une manière générale, la félonie du gouvernement U.S. Dans cette époque résolument moderne, où la paranoïa et la méfiance envers tout gouvernement sont comme une seconde nature chez tout citoyen du monde, un film comme Shooter? fait résonner une corde sensible. Ce thriller de série B, post-11/9, peint un tableau vitriol du pouvoir politique américain. Cela, sans pouvoir dépasser les limites du genre, évidemment. Il y a à la clé le propos qu?il vaut mieux être paranoïaque, car ?Ils? vous manipulent. Propos qui passe d?autant mieux que le réalisateur Antoine Fuqua (Training Days, Arthur) est assez habile pour maintenir la tension et le suspense d?un bout à l?autre du film.
Inspiré de Point of Impact, roman de Stephen Hunter (critique de cinéma devenu romancier) paru en 1993, Shooter pourrait faire penser à une saison de 24h ramenée à un film de deux heures. Comme la série, le film fonctionne principalement à l?adrénaline. La différence étant que le film, lui, ne dispose pas de vingt-quatre épisodes pour développer une intrigue complexe et quelques intrigues secondaires. Le film ne perd pas une seule minute, l?intrigue allant en une seule ligne droite ? le chemin le plus court ? de l?exposition à la conclusion. Moins de temps à donner de la substance aux personnages qui sont de toutes les façons, facilement identifiables et donc plus de temps pour d?action.
Le sergent Bob Lee Swagger (dont la démarche ne justifie aucunement le nom) / Mark Wahlberg, tireur d?élite dans les forces spéciales, est un héros victime d?une machination qui le fait passer pour l?auteur d?une tentative d?assassiner le président des Etats-Unis. Pourchassé par toutes les polices et toutes les agences des U.S.A, il ne trouve que deux personnes pour l?aider : Sarah Fenn / Kate Mara, la compagne de son camarade mort au combat et Nick Memphis / Michael Peña, un jeune agent du FBI en délicatesse avec sa hiérarchie. L?intrigue se résume en deux phrases, mais l?intervention de ces personnages si peu originaux au bon moment permet néanmoins de la développer de manière palpitante, avec quelques surprises, et de justifier des scènes d?action qui n?arrêtent pratiquement pas, une fois passée la première demi-heure. Une des limitations majeures de la série B devient ici un avantage, ce qui est le signe manifeste d?un bon scénario.
Mark Wahlberg s?amuse à rendre son personnage noble, monolithique. Mais en même temps, Swagger a été trahi et manipulé, il est intelligent et il est du côté des honnêtes gens et donc du public. Le personnage est à mi-chemin entre Jack Bauer et MacGyver et Wahlberg sait le rendre non pas surhumain, mais tout simplement humain. Michael Peña joue très sobrement son personnage de coéquipier habile, laissant la vedette au héros. Kate Mara est une ancienne de la série 24h, mais elle ne fait ici rien d?autre que d?être la potiche de service. Jouant les affreux, Danny Glover, Elias Koteas, Rade Sherbedjia (vu également dans 24 h) et Ned Beatty sont assez convaincants pour que le spectateur sente leur scélératesse à vingt pas.
Shooter? réussit ce que tout bon thriller devrait réussir : c?est un film qui procure des émotions vives. Et, malgré son contexte très contemporain, c?est un thriller à l?ancienne dans sa réalisation. Il y a même certaines séquences qui ne sont pas sans évoquer John Frankenheimer.
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