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?Nous pouvons trouver des niches à développer dans le ?Legal Outsourcing?
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?Nous pouvons trouver des niches à développer dans le ?Legal Outsourcing?
● <B> Les avis sont très partagés concernant les possibilités autour du ?Legal process outsourcing? (LPO). Qu?en pensez-vous ? Qu?entendez-vous par LPO ? </B>
On fait déjà du Business process outsourcing (BPO), du Knowledge process outsourcing (KPO). Le LPO est une extension logique de tout cela. Le système n?est pas différent. Trois raisons expliquent la volonté de se lancer dans le LPO. Elles sont les mêmes que pour l?externalisation des services financiers, de la comptabilité ou la gestion des dossiers du BPO. Il y a d?abord le facteur coût car nous sommes évidemment à meilleur marché que les Etats-Unis et l?Europe, les principaux marchés.
Ensuite, il y a le facteur temps. Nous avons un fuseau horaire avantageux si bien qu?une commande, faite aux Etats-Unis le soir, peut-être traitée à Maurice directement et rendue le lendemain matin. Il s?agit surtout de dossiers simples, contract review, suivi de dossier, recherches juridiques? C?est exactement ce qu?on fait dans le BPO ou le KPO.
Enfin, il y a ce que j?appelle l?efficiency gains, c?est-à-dire la spécialisation dans des niches pour soulager les avocats des travaux routiniers, ce qui les aidera à se concentrer sur leurs core activities. Il faut que nous commencions par les travaux simples avant de move up. C?est ce que nous avons fait dans le textile et l?offshore. Nous ne disposons pas de LPO actuellement mais il faut nous organiser pour nous assurer un segment du marché. Les conditions doivent être réunies, comme cela s?est fait en Inde.
● <B> Certains parlent d?un manque d?expertise dans le domaine, d?où des réticences. Quels sont les avantages de Maurice pour se lancer dans le LPO, outre les trois raisons que vous avez mentionnées ? </B>
L?expertise s?acquiert à mesure que l?activité se développe. Par ailleurs nous avons l?avantage du bilinguisme et d?un système judiciaire hybride. L?environnement est propice, c?est indéniable. Je ne comprends pas pourquoi il y a polémique. On parle bien d?externalisation et aucun avocat étranger ne sera appelé à venir travailler à Maurice pour y dispenser des avis légaux. C?est un business qui va ailleurs et qui nous manque. Pour que l?environnement soit totalement propice, nos avocats doivent se regrouper car les entreprises américaines ne confieront pas des dossiers à un légiste isolé. Ils s?attendent à ce que des équipes de 25, 40 ou 80 légistes se constituent pour mener à bien des commandes. Une masse critique est nécessaire pour être compétitif. Par ailleurs et en termes de facilités pour les affaires et fiscales, Maurice a un climat attractif.
● <B> Y a-t-il une main-d??uvre qualifiée suffisante à Maurice actuellement, ou la formation doit-elle être revue dans cette perspective ? </B>
Cela peut se faire rapidement. Ce ne seront pas des cas complexes qui devront être traités dans l?immédiat. Il faut voir dans la chaîne des services ce que nous pouvons faire. Des formations de trois à six mois peuvent être dispensées par les entreprises elles-mêmes comme cela se fait dans le BPO. De la même manière, des options à l?université en droit américain peuvent être proposées.
Tout dépend de la complexité des tâches. Il existe trois niveaux. Les tâches basiques comme par exemple les recherches juridiques, les tâches intermédiaires comme la rédaction et le suivi de contrat, avant de traiter des cas plus complexes. Tout comme lorsque nous nous sommes lancés dans l?offshore pour le global business sector, nous n?avions que des comptables, des avocats et pas de spécialistes. Mais avec le temps, la formation et l?expertise étrangère, nous avons toute une catégorie de spécialistes qui a émergé.
De la même manière pour les Tic, nous avons commencé par les call centres, autrement dit les activités basiques. Ensuite nous avons évolué vers le BPO, le back-office work et la création de logiciels. Aujourd?hui, les call centres représentent moins de 40 % de cette activité. Nous avons les compétences. Beaucoup de jeunes qui ont terminé leurs études de droit ont du mal à trouver un emploi à la hauteur de leurs espérances. Le LPO est une opportunité pour eux d?autant qu?il s?agit de la possibilité d?intégrer de grandes entreprises. Nous ne devons pas attendre d?avoir des compétences spécifiques dans ce secteur, sinon il sera trop tard.
● <B> Y a-t-il des amendements qui seront apportés au ?Law Pratictionners Act? pour le développement du LPO ? </B>
L?un des objectifs est de permettre aux avocats et autres légistes de s?unir pour offrir un service dans le LPO. Je le répète, les clients potentiels veulent avoir affaire à des équipes de légistes d?au moins 30 personnes, recouvrant plusieurs spécialités pour être compétitive. Il faut aussi que nous autorisions l?implantation de grands cabinets étrangers. Aucun juriste ou avocat étranger ne sera habilité à plaider ici ou à dispenser des avis légaux concernant le droit mauricien. Je vous cite l?exemple d?un grand avocat indien qui disait à ce sujet : ?Anyway if they came, we know the result, they will lose all the cases in court? parce qu?ils ne maîtrisent pas le droit local. Ils seront invités à s?implanter pour les activités liées au global business sector.
● <B> Pourquoi est-ce fondamental que des cabinets étrangers s?implantent à Maurice ? </B>
Il s?agit offrir une visibilité à Maurice par l?implantation de grands noms du domaine. Cela nous apportera aussi une reconnaissance à l?étranger. Il y a quelques rares avocats qui ont actuellement des parties infimes de ce marché. Mais le marché est énorme ! Il faut créer une synergie entre ce qu?on souhaite faire à travers les amendements et attirer les cabinets car les grandes sociétés ne vont pas travailler avec une seule personne ou une équipe de cinq personnes d?autant qu?à l?étranger, en Inde surtout, ce sont des équipes de 300 avocats qui se mettent en place. La synergie, dont je parle, concerne le BPO, le KPO, les services financiers et l?ouverture du pays.
● <B> N?est-ce pas réducteur de ne penser le LPO qu?à travers le prisme du marché international ? Le LPO ne devrait-il pas d?abord être testé localement ? </B>
Le marché est très restreint. Il n?y a que quelques grandes boîtes à Maurice qui peuvent outsource une partie de ce travail. Rien ne les empêche de le faire localement. Mais soyons clair : it?s a huge market ! C?est le marché qui déterminera la niche et le segment dans lequel nous aurons un avantage comparatif. Je le répète : la même chose s?est passée dans le textile, dans l?offshore ou les Tic. Va-t-on se spécialiser dans le legal research, le suivi de dossier, la rédaction de contrats ou autres ? Les forces du marché nous le diront.
● <B> La volonté de développer le LPO s?inscrit dans la tradition économique mauricienne de la diversification. N?est ce pas une manière d?affirmer la volonté de faire de Maurice un ?Knowledge hub?, d?autant que le LPO est une variante du ?Knowledge process outsourcing? ? </B>
La logique de notre développement économique est, comme vous le dites, celle de la diversification. L?économie est appelée à devenir une économie de services et le LPO s?inscrit dans cette logique. Evidemment, on ne peut pas tout faire dans l?immédiat mais il y a une chaîne de services tellement vaste dans le domaine. Nous pouvons trouver des niches à développer dans le Legal Outsourcing. La contribution de ce type de travail en terme de valeur ajoutée est élevée. Maurice a la capacité de devenir un pôle de services financiers ou autres. C?est dans l?intérêt du pays que nous souhaitons développer le LPO, come on ! Il existe un marché et le but est de capter une partie de ce marché. Les perspectives de croissance dans le domaine sont considérables.
● <B> Maurice peut-elle être compétitive face à l?Inde, le leader du secteur ? </B>
Les clients souhaitent diversifier leur externalisation. La perception qu?on a d?un pays est aussi importante. Tout le monde ne veut pas forcément aller en Inde. La question des coûts reste importante certes, mais il faut tenir compte aussi des niches spécifiques qu?on va développer. Peut-être a-t-on mal expliqué? Pour l?instant, nous avons quelques personnes qui connaissent le domaine, mais ils ne représentent qu?une goutte d?eau dans un océan d?opportunités. Les autres pays sont en retard et nous devons le faire maintenant d?une manière intelligente afin que nous ayons de réelles chances. Je prends l?exemple du marché français qui aurait pu se tourner vers les traditionnels pays d?externalisation de services, le Maroc ou la Tunisie, mais aucun de ces pays ne s?est encore lancé dans le domaine. N?attendons pas que les fenêtres d?opportunités se ferment.
Propos recueillis par <B> Gilles RIBOUET</B>
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