Publicité

Les visages de l?usure

22 août 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un petit creux ? Vite un ?dite so?. Une demi-baguette, une généreuse couche de beurre et une poignée de gâteaux piments. Sauf que la vue du terrain en friche juste à côté de Providence Hotel, à la rue Desforges, a de quoi couper l?appétit.

Si encore ce n?était que de la tôle rouillée. Mais les détritus semés dans les hautes herbes, voisinant avec l?huile de friture, ont de quoi vous retourner l?estomac.

C?est avec ce malaise que démarre notre promenade. Pour regarder les yeux dans les yeux les visages de l?usure. Celui qu?offre Port-Louis à ces milliers d?âmes qui viennent y travailler chaque jour. Se dire qu?à force de passer devant les mêmes façades mal entretenues tous les jours, les passants ont fini par ne plus les voir, n?est pas une consolation.

Direction le Marché central. En face, à l?angle des rues La Reine et de La Corderie, un contraste frappant. Accentué par la lumière crue de la mi-journée. En arrière plan, comme un décor déployé, la modernité des locaux de la State Bank et de la Mauritius Commercial Bank. Juste devant, barrant la vue, un vaste bâtiment au toit défoncé.

Le paradoxe, souvent répété dans Port-Louis : ces bâtiments sont toujours en opération. Le rez-de-chaussée accueille chaque jour son lot d?acheteurs. La caisse enregistreuse et la calculatrice sont incessamment sollicitées. Mais il ne fait pas bon aller à l?étage. De l?extérieur, on comprend par les portes et fenêtres condamnées, que l?usure est en pleine action. La négligence et le je-m?en-foutisme aussi. Sinon, comment expliquer que, dans un quartier traversé par autant de pieds (notamment ceux de touristes en quête de souvenirs photographiques de leur passage à Maurice) celui du Marché central, on tolère une telle laideur ? Qu?elle y est comme entretenue par les commerces qui ont pignon sur rue dans ces bâtiments ?

La promenade prend des allures de chasse. Elle bifurque à la rue Jemmapes, artère qui sort de la gare Victoria. Dans les parages des feux de signalisation, l?auvent de tôle ne protège plus grand-chose. Rendu friable par la pluie, tordu par le vent, il est clair qu?il ne tiendra pas longtemps. Faudra-t-il attendre qu?il s?effondre, de préférence sur un passant, pour qu?enfin, on se souvienne que la tôle, une fois posée, ne dure pas toute une vie ? Qu?elle est faite pour être changée à intervalle régulier ?

?Pas assez de moyens?

Du côté des rues Louis Pasteur et Rémy Ollier, c?est la même chanson. Surtout, ne vous y trompez pas. Nous sommes sensibles au patrimoine. A la cause des témoins de l?Histoire.

Nous sommes sensibles au charme discret de la vigne poussant sur une tonnelle dans une cour portlouisienne. Sensible aussi à l?esthétique de certaines constructions modernes, avec leurs lignes régulières et leurs couleurs prononcées. Mais que ce soit une quincaillerie de la rue Royale ou une structure abandonnée sur tout un pan de la rue David, cette laideur prononcée ne mérite pas de continuer à exister.

Mais voilà. Pour solutionner le problème il faudrait carrément ?réinventer la mairie? pour guérir les ?plaies qui défigurent la capitale?. Propos du lord-maire, Reza Issac. Les outils à sa disposition : émettre l?ordre de démolition, quand ces constructions constituent un danger. Quant aux terrains en friches, la mairie peut également ordonner qu?ils soient clôturés.

?Souvent, nous ne pouvons que constater, car les propriétaires de terrains abandonnés sont difficiles à retracer.? Le lord-maire précise : ?Tout n?appartient pas à la municipalité. Les ponts, par exemple, ne sont pas de notre ressort. Le Ruisseau du Pouce tombe sous la responsabilité des Bois et forêts. Des terrains sont au ministère des Terres et du Logement. Il y a trop de maillons dans la chaîne, pas assez d?autonomie ni de moyens.?

Publicité