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Douze ans de perdus à Belle Vue Farm, Albion
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Douze ans de perdus à Belle Vue Farm, Albion
Début août 1982, l?express tire des conclusions négatives des douze premières années de la mission agricole chinoise à Belle-Vue Farm, Albion. Les chercheurs et agronomes chinois sont, bien sûr, hors de cause. Ils sont irréprochables à tous les niveaux : diversité de leurs recherches expérimentales, résultats positifs et prometteurs, volonté incontestable de se mettre au service de l?agriculture mauricienne et de partager leur savoir, expériences et connaissances avec qui le veut. Ils ne peuvent malheureusement le faire avec ceux qui ignorent superbement leurs activités pourtant méritoires, à commencer par le ministère de l?Agriculture, paraissant considérer a priori que rien de bon ne peut venir de Chine et empêchant, d?autre part, les établissements sucriers d?exploiter sur une base commerciale les découvertes culturales des techniciens postés à Belle-Vue Farm, Albion.
La consigne gouvernementale avant le 11 juin 1982 semble être de ne rien faire, de ne rien entreprendre, qui pourrait menacer d?une façon ou d?une autre, nos planteurs et vendeurs de légumes traditionnels. Autrement dit, pas question que les fructueuses recherches et expériences des agronomes chinois n?aillent tire manzé dans l?assiette nous banne ti-plantère.
La mission agricole en provenance de la Chine Populaire vient remplacer, le 12 novembre 1974, une précédente mission agricole mais de provenance taïwanaise, en place en vertu d?un accord entre Taipeh et Port-Louis, en date du 25 juillet 1969. De novembre 1974 à juillet 1982, les agronomes communistes chinois entreprennent des recherches à Belle-Vue Farm sur 25 variétés de riz, 31 variétés de légumes, neuf variétés de patates douces, une variété de champignon, une variété de papaye, tous originaires de Chine Populaire, bien entendu. Cette mission agricole se penche également sur la culture de riz en interlignes de cannes à sucre. Elle étudie aussi et avec succès les moyens d?éradiquer la maladie, dite greening, affectant nos agrumes. Tout cela en pure perte, constate-t-on, non seulement en août 1982 mais également un quart de siècle plus tard, soit en 2007.
Des agronomes chinois sont toujours à l??uvre à Belle-Vue Farm. Leur exploitation agricole constitue toujours un oasis de fraîcheur et de verdeur dans la savane desséchée de cette région, une des plus arides de l?île. Mais globalement parlant, la population semble ignorer totalement ce qui s?y fait et si elle en profite directement ou indirectement. Est-ce dû au mépris de nos autorités agricoles ? Est-ce un inqualifiable déficit de communication voulu et programmé ? Oblige-t-on les agronomes chinois à garder profil bas et de donner l?impression qu?ils existent sans exister ? Bien malin qui osera expliquer les raisons officielles derrière l?ostracisme dont semble être victime la mission agricole chinoise depuis 1970. Vous verrez que même nos réminiscences ne susciteront, pour ne pas changer, aucune réaction, surtout pas de Belle-Rose. L?arrogance administrative de nos autorités gouvernementales dispose un épiderme encore plus impénétrable que celui du plus léthargique des hippopotames. Elles sont tellement amorphes qu?elles n?ont pas la force d?ouvrir béante leur grande gueule même pour bailler ou pour bayer.
Déjà avant août 1982, des agronomes chinois ont prouvé qu?on peut planter à Maurice, en entrelignes de cannes à sucre, certaines variétés de riz, pouvant produire jusqu?à deux tonnes de paddy par arpent et sans affecter la production cannière. Pas même à Rodrigues sous prétexte que la canne à sucre y fait défaut. De tels résultats n?intéressent, bien sûr, personne à Maurice. Il est plus facile d?importer du riz de l?étranger. Pourquoi produire localement quand on peut importer ? Le manque d?intérêt des planteurs canniers et de nos autorités agricoles fait que les expériences rizicoles chinoises n?ont qu?une valeur platonique. Ça fait bien dans des rapports que personne n?a lu avec profit ni ne lira désormais.
Il en va de même pour les cultures de plantes filantes sur treillis comme la margoze, la calebasse chinoise, les pipengailles géantes. Une seule exception et de taille : la pomme d?amour taiwanaise, précieuse quand la variété locale disparaît de nos marchés. Trente-sept ans d?expériences agronomiques chinoises, pour que les ménagères mauriciennes se rabattent sur la pomme d?amour taiwanaise quand la variété locale affiche pénurie, à l?instar des fers de construction, des grains secs et du lait en poudre. Vive la classe politique mauricienne ! Vive notre bourgeoisie d?Etat !
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