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Le feu ?

5 août 2007, 00:00

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Si l?on cherche à définir la nature du feu, on découvre que ce phénomène n?a jamais été analysé avec précision. On constate le fait de la combustion, découvert par hasard par l?homme primitif. Mais qu?est-ce au fond que cette combustion ? Si vous posez la question à un chimiste, vous n?obtiendrez aucune réponse convaincante. On décrit le feu, on ne l?explique pas. D?où probablement cette fascination pour le feu, cette crainte aussi et jadis l?idolâtrie du feu. L?ancestrale terreur de la foudre, du volcan, crachant la colère de Vulcain, (dieu antique qui donna son nom au « volcan »).

Chargé de multiples symboles, le feu renvoie au c?ur, à l?amour, à la force impulsive du sexe. Mais également à l?éveil de l?esprit, puissance jupitérienne. Dans un livre admirable, « La psychanalyse du feu », le philosophe Gaston Bachelard écrit : « Le feu est un phénomène privilégié qui peut tout expliquer. Si tout ce qui change lentement s?explique par la vie, tout ce qui change vite s?explique par le feu. » Et encore : « Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l?homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos? Le feu réchauffe et réconforte? On ne reçoit le bien-être du feu que si l?on met les coudes aux genoux et la tête dans les mains. Cette attitude vient de loin. L?enfant près du feu la prend naturellement. »

C?est de ces cheminées d?antan que l?on « pendait la crémaillère », inaugurant une nouvelle demeure dans le festin du premier feu. L?expression a perduré pour inviter ses amis dans son nouveau logis. Car le thème du feu réunit une foule d?images, d?expressions utilisées quotidiennement. Pas de feu sans fumée, surtout si la flamme « fait long feu ». Avoir le feu sacré, jouer avec le feu, faire feu des quatre fers, avoir deux fers au feu, jeter de l?huile sur le feu, c?est l?heure du coup de feu. Le baptême de feu pour le soldat « montant au front » pour la première fois ; ou n?avoir ni feu ni lieu pour le sans-abri?

Le langage sillonné par tant de traces du feu s?explique par le rôle essentiel qu?il a joué dans l?humanisation de notre Terre. L?animal qui ne sait pas « faire du feu » redoute celui de l?homme ; recette appliquée par tout homme isolé la nuit au milieu des forêts hostiles.

À Rome, des jeunes servantes, les vestales, dans chaque maison patricienne, étaient les gardiennes du feu, veillant à l?alimenter pour qu?il ne s?éteigne pas : le feu mort était menace de mort. Ce feu sacré était signe de vie. La maîtrise du feu, dès les premiers âges, a donné aux hommes son empire sur le monde. Toute l?industrie en procède.

Il purifie : de là le bûcher destiné aux « sorcières », la mise à feu des locaux et des espaces infestés par une épidémie.

On trouve ici, les deux aspects du feu : feu destructeur des incendies, des guerres, des pyromaniaques ; feu joyaux des fêtes, des célébrations, tels les « feux de la Saint-Jean » annonçant les moissons de l?été. Les deux figures de Lucifer « Lux fero », porteur de lumière). À la fois le Prince des anges, étoile du matin annonçant le Christ ; puis à partir du Moyen-Âge, révolté orgueilleux identifié à Satan, véritable créateur du monde selon des Cathares?

Au plan humain, c?est le feu des passions, le feu de l?alcool.

Et l?on rejoint là le feu sexualisé qu?évoque Bachelard. On se souvient que l?une des premières manières, (l?autre étant la percussion des silex) qui révéla le feu à l?homme fut le frottement de deux bâtonnets, méthode toujours efficace d?ailleurs. « Perdre le feu, le feu séminal, voilà le grand sacrifice. Seul ce sacrifice peut engendrer la vie », de là cette « valorisation indiscutée du feu ». Et notre philosophe poursuit : « Toute l?alchimie était traversée par une immense rêverie sexuelle, par une rêverie de puissance?, une rêverie du foyer? Elle est une tentative d?inscription de l?amour humain au c?ur des choses. »

Cette intuition de notre ancêtre lointain d?obtenir une flamme par frottement est riche d?introspection : consciemment ou non, l?homme s?est inspiré du réflexe de l?union des sexes pour induire une chaleur constatée dans son accouplement. D?où la connotation démoniaque donnée par l?Église Janséniste. Et le rappel de certains rites de la sorcellerie?

La longue histoire du feu est faite de cette ambiguïté : d?une part illuminateur, purificateur, il préside aux rites d?exorcisme et de célébration divine. D?autre part, il est le feu luciférien, l?ardeur amoureuse incontrôlée, la destruction.

Cependant, tel le phénix légendaire, renaissant de ses cendres l?homme qui a dompté le feu est comme cet « oiseau de cinabre » du Tao, ou « l??uvre au rouge » des alchimistes : il se régénère à sa chaleur, comme à la chaleur du soleil, feu rayonnant?

Mais malgré tout l?âme du feu garde son mystère.

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