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Connaissons-nous assez le Jharkhand ?

5 août 2007, 00:00

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Connaissons-nous suffisamment le Jharkhand ? Malheur à nous si nous devons confesser notre ignorance totale au sujet d?un État de la République fédérale de l?Inde, faisant 79 714 km2, soit le 15e en superficie de l?Inde, comptant 21 800 000 habitants et devant tenir compte d?une densité démographique de 274 personnes par kilomètre carré.

Nous parviendrons peut-être à une plus juste appréciation si nous apprenions que la superficie du Jharkhand correspond à celle de la République tchèque. Ce nouvel État indien est donc plus grand que l?Irlande (environ 70 000 km2). Que dirions-nous en apprenant que ses 21 millions d?habitants situent cet État juste au-dessous de l?Australie devant compter aujourd?hui 23 millions d?habitants ?

Jusqu?où les limites de nos connaissances générales peuvent-elles justifier notre méconnaissance d?un nouvel État indien où se trouvent pourtant les racines ancestrales d?un pourcentage appréciable de nos frères et s?urs d?origine indienne ?

Mention est faite plus haut d?un « nouvel » État de l?Inde. Cela mérite plus d?informations. La réalité s?éclairera peut-être, si nous apprenons que le Jharkhand faisait partie, avant novembre 2000, de l?État du Bihar, qui nous est mieux connu, mais pas au point que l?excision de sa moitié sud, à cette date, ait pu ne pas nous émouvoir d?une façon plus tangible. Cette division réduit la superficie de l?ancien Bihar, la faisant passer de 173 877 km2 (plus grand que la Tunisie) à seulement 94 163 km2 (la Hongrie ou le Portugal) et sa population de plus de 86 millions d?habitants (plus que l?Allemagne mais moins que l?Égypte) à 64 millions soit l?équivalent des peuples formant le Royaume-Uni.

Sanctuaires et réserves naturelles

Le nouveau Jharkhand est donc entouré au nord par le Bihar, à l?est par le Bengale de? l?Ouest, au sud par l?Orissa et à l?ouest par l?État de Chhattisgarh. L?altitude varie entre 600 et 1 000 m. La couleur du sol varie de l?ocre au rouge. La mousson exerce une influence climatique importante. La pluviosité est de l?ordre de 1 500 mm par an. La végétation est de type tropical. Les forêts indigènes ont dans l?ensemble disparu ainsi que leur faune et flore. Demeurent quelques sanctuaires et réserves naturelles où l?on peut admirer tigres, éléphants et cerfs. Le district de Palamu, à l?ouest, fabrique du papier à partir du bambou. L?on y parle l?hindi, l?ourdou et le bihari.

La capitale, Ranchi, n?est pas la ville la plus populeuse (614 795 habitants). Elle cède cette primauté à Jamshedpur au sud-est (829 171 habitants) ou encore à Dhanbad au nord-est (815 005 habitants).

L?agriculture est peu développée au Jharkhand en raison d?une topographie ne facilitant guère une irrigation adéquate et régulière. La sécheresse constitue donc une menace constante. Les principales cultures concernent le riz, le maïs, le blé, l?orge, les plantes légumineuses. Le charbon est une des principales ressources du Jharkhand. L?État possède, par conséquent, un nombre appréciable de centrales thermiques utilisant ce combustible.

Sur le plan des minerais, le Jharkhand est l?un des États indiens les plus riches. On y trouve ainsi du mica, de l?uranium, du chrome, du cuivre, du manganèse, du minerai de fer, de l?argent etc. Le Jharkhand compte ainsi d?importantes aciéries. Il dispose d?un bon réseau routier et ferroviaire reliant ses principales villes aux grands centres comme Calcutta et Delhi. Ranchi et Jamshedpur disposent d?aéroports internationaux. L?État compte trois universités et plusieurs instituts de recherches.

Des véhicules qui roulent sans freins

Ces renseignements nous proviennent en d?un petit livret intitulé Yatra, a Journey from Rose Belle to Bundu (une petite ville à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Ranchi). Son auteur est Goorooduth Chuttoo, plus connu sous son nom de magicien, Ustad Rajha. Il est de ceux, ayant voulu connaître ses racines généalogiques et qui, pensant faire route pour le Bihar des aïeux, se retrouve dans un Jharkhand tout autant accroché à leur c?ur.

Le livret de Goorooduth Chuttoo est petit par la taille et le nombre de pages, mais grand par l?amour filial manifesté à la terre des ancêtres. Cet amour filial se transforme au contact de la réalité géographique et socio-économique. Il devient un ardent désir de servir ses frères et s?urs retrouvés au Jharkhand afin de partager avec eux le développement et la prospérité qui sont les nôtres à Maurice, heureux fruits d?un siècle et demi de travail harassant et incessant, effectué par un demi-million de travailleurs agricoles engagés en Inde.

Goorooduth Chuttoo raconte. Tout d?abord l?épopée de ce demi-million de travailleurs agricoles déracinés de l?Inde millénaire pour s?enraciner en terre mauricienne et y créer une Inde en miniature. Il raconte les tristes trouvailles de grossières erreurs administratives dans les registres conservés aux Archives (Jayshree qui devient Joy Sorry, Jagdish et Jacques Dish, Pateeraj et pâturage, Jaykissoon et Jackson et même un John Milton venant du bhojpuri jaunmilitaune signifiant écris ce que tu veux).

Il découvre que son ancêtre, Choto, arrive à Maurice, le 5 février 1855, à bord du Prince Albert, venant de Calcutta. Il vient de Bundu, du district de Ranchi de l?État du Bihar, mais aujourd?hui la capitale d?un nouvel État, le Jharkhand. L?aïeule maternelle, Luckhee Devi, rejoint son époux, cinq ans plus tard, et s?installe avec lui, d?abord à Sans-Souci, puis à Saint-Félix dans le Sud.

Ses recherches généalogiques lui donnent droit à la carte PIO (personnes d?origine indienne). Le voilà en route pour Ranchi qu?il atteint après quinze heures de train, venant de Delhi. De Ranchi, un camion le conduit à Bundu. En route, il constate que les véhicules peuvent rouler sans frein et sur des pneus au canevas apparent, à condition d?avoir un klaxon en parfait état de marche et capable de se faire entendre dans un rayon de 100 mètres.

Dans son Bundu ancestral, il découvre avant tout une grande famille humaine au sein de laquelle chacun, en commençant par les plus pauvres, se mettra en quatre, pour le servir, rendre plus plaisant son pèlerinage. Bundu l?adopte. Il se laisse adopté. Il adopte Bundu. Bundu devient son village, sa famille, la meilleure part de lui-même. Il est reçu mieux encore que le Fils Prodigue, car Bundu le croyait perdu et Bundu le retrouve et il découvre le Bundu de ses ancêtres. Bundu et Marisiah (Mauritius) sont désormais en communion de pensée et de prières. Désormais, il partagera tout ce qu?il possède avec ses frères et s?urs retrouvés à Bundu.

De nouvelles dimensions à notre vie

Ce faisant, Goorooduth Chuttoo devient un exemple pour chacun d?entre nous. Nous tous devons retrouver nos racines généalogiques, la terre de nos ancêtres. Nous tous devons raconter notre quête, nos retrouvailles et les mettre à la disposition de ceux qui s?y intéressent. Une telle démarche ne peut qu?ajouter de nouvelles dimensions à notre vie.

Un seul reproche à adresser à Gooroo-duth Chuttoo. Il doit mettre en vente son livre si intéressant, si instructif et pouvant inspirer les meilleurs d?entre nous. Et s?il ne veut pas s?enrichir matériellement des bienfaits spirituels d?un tel pèlerinage, il pourra toujours diriger, vers ses frères et s?urs les plus démunis de Bundu, les recettes de la vente de son livret qui a au moins le mérite de nous faire découvrir le Jharkhand.

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