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Architectes & « tireurs plan »
La croissance économique n?a de sens que si elle rime avec développement. Le processus de démocratisation de l?économie peut contribuer à les faire rimer. C?est pourquoi le débat sur la question doit être à la hauteur de l?enjeu. Inscrivons-le donc dans le contexte plus large du processus de développement socio-économique du pays.
L?idée de démocratisation de l?économie s?appuie sur une conception du développement centrée sur l?homme, avec pour finalité la satisfaction des besoins et aspirations du plus grand nombre. C?est un idéal animé par des valeurs fortes d?égalité de chances, d?espérances et d?opportunités. Aucu-ne personne possédant des valeurs humaines ne peut s?opposer à ceux qui pensent que les fruits du développement ne devraient pas profiter qu?à une minorité.
Depuis quelques années, alors même que l?idéologie du libéralisme économique veut imposer son hégémonie sur la théorie et la pratique du développement, toute une école de pensée crédible et sérieuse soutient que la démocratisation de l?économie est non seulement moralement juste et socialement nécessaire, mais aussi économiquement plus efficace. Même les institutions internationales, qui pendant longtemps avaient réduit le développement à sa seule dimension économique insistent aujourd?hui sur sa dimension sociale et environnementale. C?est dire que la problématique est réelle.
Oublier la logique de création des richesses et insister uniquement sur la logique de partage peut objectivement conduire à la destruction des richesses, avec comme résultat la démocratisation de la misère.
Pour éviter cela, la démocratisation de l?économie doit s?ancrer dans les réalités concrètes afin d?apporter à terme les changements souhaités et souhaitables.
La réalité, c?est que le pays doit réussir sa transition économique en pratiquant l?ouverture dans un environnement mondialisé avec ses logiques de financiarisation de l?économie, de nomadisation du capital, de diktat du marché mondial. Les contraintes sont réelles. Il y a aussi heureusement, des opportunités nouvelles.
Les sources d?inspiration du projet de démocratisation de l?économie de l?Alliance sociale peuvent expliquer les « contradictions » sur le sujet au sein de cette Alliance. La première source d?inspiration renvoie à tout un pan de notre histoire socio-économique et politique qui voit la mise en place de l?État providence et où se jouent des luttes politiques dérivant vers une polarisation communale opposant « majorité » et « minorités ». La deuxième source d?inspiration s?inscrit dans la critique moderne du libéralisme économique avec de grands économistes-philosophes tels Joseph Stiglitz et Amartya Sen, auxquels se réfèrent Rama Sithanen et d?autres.
Une fois au pouvoir, certains qui se sont retrouvés aux postes de responsabilité, à commencer par Rama Sithanen, ont vite compris qu?il y a un temps pour tout. Il fallait redresser l?économie pour faire repartir la croissance et mettre en place les mécanismes pour une meilleure répartition des richesses qui seraient créées. L?exercice était et reste toujours délicat avec ses inévitables « trade offs ». Certains n?ont pas ? et semblent toujours ne pas avoir ? compris les orientations retenues. Ne dit-on pas que la critique est aisée, l?art difficile ?
Aucun programme de démocratisation n?est possible si l?économie nationale ne répond pas aux exigences de l?économie de marché mondialisé. Cela veut dire des entreprises compétitives, performantes, profitables, offrant des produits, prestations et services ayant un bon rapport qualité-prix. Le budget 2006--2007 a été le point de départ pour enclencher une nouvelle dynamique de développement socio-économique dont les trois dimensions sont étroitement liées : création de conditions pour une relance de la croissan-ce et la mise en place d?un nouveau modèle de développement, création d?un environnement pour faciliter l?émergence d?une nouvelle classe d?entrepreneurs avec emphase sur les PME, et recherche d?une nouvelle articulation entre la dimension éco-nomique et sociale du développement à travers la mise sur pied de l?« Empowerment Programme » (EP).
Cette dynamique est une dynamique concrète qui porte des résultats tangibles et à laquelle de nombreux acteurs du développement sont en train d?apporter leur contribution. Pour le premier anniversaire de l?EP, le vice-Premier ministre et ministre des Finances a dit sa confiance tant sur les perspectives de croissance de l?économie nationale, que sur le fait que l?EP va atteindre la vitesse supérieure durant l?année à venir.
En somme, le pays avance, même si la tâche est difficile.
Un grand chantier de transformation socio-économique est en cours. Les fondations sont aujourd?hui posées. Maintenant le défi consiste à consolider ces fondations afin de construire la belle maison mauricienne à laquelle nous aspirons tous. Cela passe par des partenariats constructifs et durables entre les acteurs du développement. C?est ainsi que l?on parviendra à démultiplier les réussites qui seront autant de bases concrètes pour avancer dans un réel programme de démocratisation. Notre pays a besoin aujourd?hui non pas de « tireurs plan » mais d?architectes. Place donc aux architectes !
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